1 juin 2024
Un moment…

Il est 10 h 30. Je garde l’église. Quelques très rares visites de passants qui s’arrêtent sans prier, sans regarder même, indifférents pour la plupart au mystère qui habite ce bel endroit. Je sors de temps en temps dans le narthex qui précède l’entrée. C’est l’heure où le soleil commence à l’éclairer et il y fait moins froid qu’à l’intérieur. Une asiatique photographie tous les détails de l’extérieur pendant longtemps …sans rentrer.
Et puis s’avance une petite dame. Elle s’appuie sur une béquille, non pas comme quelqu’un qui le ferait depuis longtemps mais comme si elle s’était blessée récemment. Elle rentre. Je la suis. Elle se recueille un instant devant la statue de Saint Joseph, pose un lumignon, met une pièce, prie. Elle semble attendre quelqu’un d’autre que Celui qui est là toujours présent.
Puis elle se dirige vers moi et le demande le prêtre. « Il n’est pas là aujourd’hui ? Non ! Demain matin certainement pour la messe. Venez un peu avant. »
Elle a quelque chose à lui remettre. Elle me montre un paquet rempli de quelques livres et de souvenirs. Elle doit avoir entre quarante et cinquante ans. Elle est plutôt petite, un regard lumineux.
Elle me parle de son père, de ces souvenirs qu’elle veut remettre au prêtre. Elle me montre une belle médaille de Saint Benoit. Je lui demande qui était ce monsieur. Je l’ai bien connu mais j’ignorais qu’il était mort ou peut être l’ai je su et oublié.
Je lui dis ce que je sais de cet homme, sympathique commerçant, un brin philosophe que j’aimais bien et qui nous as connu lorsque nous arrivions au village. Nous avions bien sympathisé.
Nous parlons longtemps. Je vois à ces yeux qui se remplissent de larmes que l’émotion est forte de l’évocation et que sa peine est toujours présente, un an après.
Elle me confie qu’elle pense qu’il est dans un « Ailleurs » dont je ne suis pas sûr que ce soit le Paradis mais un de ces lieux qui se construisent dans la tête de nos contemporains qui ont un peu oublié leur religion initiale. Elle sourit, essuie ses larmes. Elle reviendra demain. Elle part en s’appuyant un peu moins sur sa béquille comme si une ombre bienveillante l’accompagnait.
Qui dira qu’il ne se passe rien dans nos villages déserts un matin de printemps un peu gris ?
Merci, ami lecteur, d’être resté à mes côtés pendant cette petite insomnie qu’un chapitre de mon livre n’a pas suffit à apaiser. Il me fallait écrire cette petite page. Je t’embrasse.
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