Un chien
Un chien pas ordinaire. Il s'appelle Réglisse. On l'avait cité lors de l'acquisition du jardin : "un chien qui ne ressemble à rien". Ce n'était pas gentil, en tous cas malhabile. Une silhouette pas vraiment au top : on dira petite et plutôt trop enveloppée par une absence assez constante d'activité physique.
On rêvait d'un jardin. A la promesse de ce jardin, un voisin nous persuada d'accepter un chiot de sa chienne. Une petite boule de poils noirs qui en aurait fait craquer plus d'un. Le père ? indéterminé...Il faut dire que Ficelle, la mère de Réglisse, aussi rousse que Réglisse est brune, n'est pas vraiment résistante aux avances des mâles de sa race. Et dans chaque portée on retrouve assez facilement la trace de tous les chiens errants du quartier. Elle a des maîtres qui lui laissent une assez grande liberté et qui prennent un soin jaloux à replacer les enfants de ces unions illégitimes. Ils n'ont guère de mal tant ceux-ci sont mignons lorsqu'ils sont petits. Ca se gâte à l'âge adulte. Les vrais caractèristiques de la race finissent toujours par apparaître.
Revenons à Réglisse. Elle arrivait mal (voir épisodes du jardin d'à côté). On la garda quand même. On l'avait choisi dans un moment de bonheur, on saurait la garder dans un moment d'adversité ! Il faut dire qu'elle a su en recueillir, Réglisse, de ces confidences d'enfants, qu'elle a su en guérir de ces chagrins et de ces incompréhensions. Lorsqu'elle est arrivée, petite, à la maison, c'est un chat qui faisait la loi. Plume, un chat malin comme un chat, directif comme un chat. Quelques coups de griffes pour punir maladresses et prises d'initiatives intempestives et Réglisse comprit que seuls les chats décidaient. Le chat disparut un jour pour le cimetière des chats et à son tour Réglisse accueillit un chaton. Mais comme elle avait compris que les chats commandaient elle décida de le traiter plutôt en égal qu'en esclave et les deux forment maintenant une vraie paire d'amis.
Pourtant elle le sait que c'est son rôle de chasser les chats errants; Ils peuplaient ce terrain vague qui allait devenir jardin.Les hommes de la famille avaient décidé de faire de Réglisse le plus redoutable des chasseurs de chats errants de la terre, utilisant cet instinct que possèdent tous les chiens de haine de la race féline. Les hommes sont souvent plus naïfs que les femmes qui, elles, avaient tout de suite compris qu'elles n'arriveraient à rien ! Un programme de dressage fut mené avec soin. Quelques coups de griffes de ces matous matois en vinrent à bout. Mais comme il faut sauver les apparences si vous criez "chat !" , Réglisse se précipite, fait le tour du jardin selon un parcours déterminé à l'avance en aboyant avec rage, prenant bien garde de ne pas croiser les chats qui pouraient être là. Puis elle revient, contente d'avoir accompli sa mission, réclamer une caresse à ses maîtres. Les chats le plus débonnaires font parfois semblant de fuir. Les pus blasés ne bougent pas d'un pouce et l'ignorent avec mépris.
On tenta ensuite de dresser Réglisse à l'art de trouver des truffes tant elle mettait de rage à creuser le jardin. Les uns disaient : "c'est une sorte de terrier (force de l'imagination !) entraînons la à cet exercice difficile mais tellement rentable. Inutile de dire que là aussi on connut l'échec !
Pourtant Réglisse n'est pas de sang ordinaire. Elle fut pour ainsi dire presqu'annoblie. En effet l'un de ses frères (plus probablement demi-frère) fut donné à des gens qui possédaient une chasse loin, dans le nord de la France (en Provence le nord de Montélimar). Au cours d'une chasse, un des chasseurs, qui n'était autre qu'un prince de France, un des fils du feu Comte de Paris, remarqua ses qualités et en fit l'éloge. Pour Réglisse c'est une sorte de lettres de noblesse.
Le matin, souvent très tôt, le maître de maison se lève et se livre au rituel des "maîtres de maison lèves-tôt" : ouverture des volets, petit tour du jardin, vérifications du matin. Réglisse croisée sur le parcours dort, ou fait semblant de dormir, pour éviter de rompre trop brutalement une nuit consacrée aux rêves. Ce n'est que quelques heures après qu'émergeant de son sommeil, elle vient par la demande d'une caresse signifier son existence.
Le reste de la journée est assez sédentaire et paisible. quelques aboïements à l'approche visiteurs, quelques visites hygiéniques dans le jardin en ayant soir de déposer ses crottes aux endroits les plus fréquentés par les hommes. Rien de plus.
Le dimanche matin, l'achat des croissants est l'occasion pour elle de faire avec son maître le tour prolongé du village. Ca lui suffit.
Les voisins racontent que lorsqu'elle est seule, elle pleure ses maîtres toute la journée, ce qui ne contribue pas vraiment à la paix du quartier. Heureusement, sa maîtresse,artisan, travaille à la maison, ce qui limite la nuisance.
La seule autre activité sportive consiste à des parties de cache-cache avec Ricoré, le chat de la maison. C'est le chat qui décide quand et comment. Le plus généralement au crépuscule. Le chat attaque le chien par surprise. Il la course quelques mètres puis la surprend à nouveau jusqu'à lassitude du chat.
Pourquoi vous parler ainsi de Réglisse. Peut-être parce que c'est la matin. Peut-être parce que ce blog et vos commentaires me donnent envie de partager quelques uns des moments ordinaires d'une vie ordinaire.
Bonne journée.