Samedi ordinaire
La place de l'Eglise est inondée de soleil. Sur le vieux pont deux pécheurs de 10 ans. "Alors ?" demande l'homme. "Le grand père vient de faire une truite. J'ai fait une truite hier. J'ai fait une truite avant-hier". Le tout est dit avec fierté, face à face, entre hommes. Avec un bel accent de Provence, tout en nuances, tout en douceur, pas l'accent des publicités de pizza ou d'huiles d'olive, pas un accent pour "parisiens". La place du marché est remplie d'étalages. Ce marché se mourrait. Il est encore un peu faible en hiver. Mais aujourd'hui. Est-ce le soleil ? Est-ce cette joie de vivre qui semble s'emparer du village ? Il y a afflux de stands. Beaucoup de vêtements mais aussi des légumes et des plantes à planter, des légumes, mon ami le vendeur de poulet avec qui j'échange quelques mots. Quelques têtes connues rencontrées. Quelques phrases. Le marchand de fruit de mers et le poissonnier en face de lui. Les boulangers de marché qui viennent une fois par semaine concurrencer ceux du village. Le marchand d'épices et d'olives. Un marchand de thés. Un marchand de vins. Les camions à surprises des traiteurs et des bouchers-charcutiers. La marchande de miel, une habituée. Un petit traiteur qui se lance et offre ses produits. Plusieurs semaines qu'il s'obstine. Bien symptathique mais un peu cher. La vietnamienne, marchande de nems. Le marchand de légumes arabes et le marchand de fruit gitan. Les témoins de Jéhovah qui viennent vendre leurs menaces et leur solution. Un dernier distributeur de tracts politique. Une survivance. Personne n'y croit guère. La grosse attraction de la maison de la presse-vendeur de loto et de la pharmacie, les magasins phares de la place. Le bar-tabac PMU est un peu à l'écart mais il est plein aussi. On parle fort de "l'affaire". On rit beaucoup : Un autre monde !
Les gens ont le temps. Si on réduisait la scène et qu'on la regarde d'"en haut" on verrait des santons, dans une crêche. Le samedi matin, dans mon village, on est un santon dans une crêche permanente.
La rivière traverse le village et se répand en plusieurs bras. Partout des canards, de beaux cols-verts animent ce paysage. Des passerelles pour voir et donner du pain aux canards. Un monsieur aide une toute petite fille à distribuer cette manne à ces bavards insatiables. Plein de tous petits canards qui s'agitent et se poussent en avant. Beaucoup de sourires croisés.
On repasse à l'ombre de la belle église caressé par la riviére.
Un beau samedi qui commence. Et on voudrait qu'on soit malheureux ?