Bon anniversaire ma petite Maman,
Ma petite Maman,
C'est aujourd'hui ton anniversaire. Je pense que la-haut Papa doit te le souhaiter comme il ne l'a jamais trop fait sur terre. Il n'y pensait pas trop. Il n'aimait pas trop les fêtes. Mais tu lui pardonnais tout : tu l'aimais tant. C'est un mystère pour moi que l'endroit où vous êtes. J'aimerai bien savoir où c'est exactement . Est-ce que vous vous voyez ? Est-ce que vous vous parlez ? Est-ce que vous regardez sur terre ?
J'aimerais le savoir mais curieusement j'ai confiance. Je me dis que vous devez être bien.
Tu dois te demander pourquoi ici tout le monde s'agite. Les hommes dans notre pays sont devenus fous. Ils veulent changer les lois, les moeurs. Ils ne donnent plus aux choses leurs noms. Et le pire c'est que ceux qui nous gouvernent et qui devraient nous donner l'exemple de la sagesse sont devenus les plus fous.
Vous prédisiez que la suite de ces folies allait nous amener au pire. On se disait entre nous que c'était peut-être un peu l'âge. On avait confiance : Vous nous avez appris que le dernier mot reviendra toujours au Bon Dieu. On ne sait pas sous quelle forme. Vous nous avez appris aussi à croire à la Providence. Ce sont ces deux fondements qui font qu'aujourd'hui je ne tombe pas dans le désespoir.
Je me dis souvent que nous avons eu de la chance de vivre dans une vraie famille. Un père, une mére, une ribambelle d'enfants. Une dernière petite soeur partie au Ciel à peine arrivée sur la terre qui nous a certainement protégés. Je me souviens de ces temps de joie et de ces temps de misère et de ta confiance jamais prise en défaut. Je me souviens des mille gestes que tu faisais pour nous dès le matin. Je les vois refaits par ma petite femme. Je crois ne pas être un trop mauvais père, en tous cas, je l'espère. Mais j'aime cette différence des sexes, cette sorte de prédestination. Vous, les femmes faites pour la douceur, la tendresse et le pardon. Nous les hommes, je ne saurai trop dire pourquoi tant j'avais l'impression que vous portiez en vous tellement plus de grâces que nous. Peut-être pour la force, pour une autre forme de courage, pour tenir la charrue dans le sillon.
Bien sûr que tout cela ne sont que de douces caricatures. Mais ce sont elles qui font, que dès le plus tendre âge, quelque chose de fort et de merveilleux nous attire fortement vers vous. J'aime ces liens tissés par la nature qui font que les êtres un peu rustres et maladroits que nous sommes sont attirés par vos grâces et vos douceurs exquises. J'aime que vous aimiez chez nous cette rusticité et cette force peut-être, même si, habiles dissimulatrices, il vous arrive bien souvent de mentir pour nous le faire croire.
Et c'est cette évidence qu'il faut aujourd'hui s'astreindre à expliquer. Est-ce qu'on explique, le jour, la nuit, les étoiles dans le ciel, la fatigue, le repos, la joie. Est-ce qu'on explique le bonheur de l'homme qui découvre un jour que deux amours ont donné vie à une petite chose toute rouge et toute pleurante.
Est-ce qu'on explique que tout n'est pas pareil, que l'homme aime la femme et la femme l'homme, qu'un jour, en un moment magique, naît de cette union de deux cellules un petit être tout neuf, déjà homme ou déjà femme.
Mais tu vois Maman, même ça il ne veulent plus que ce soit vrai. Ils trouvent des savants, ils trouvent des docteurs, ils inventent des théories. Dans le secret de leur cabinets savants, ils se livrent à d'étranges expériences.
Les hommes comme moi sont pantois mais aussi très en colère qu'on leur caricature leurs plus sacrées croyances, leurs plus solides savoirs. Tu connais mieux que moi les gouvernants. Ils ne sont souvent que girouettes là où ils devraient représenter l'ordre et limiter les errances des hommes. Aujourd'hui ce sont en plus des ânes qui, croyant servir leur propres destins, se mettent au service de quelques factions dont ils pensent qu'ils leur doivent le pouvoir.
Je te disais que les hommes comme moi sont très en colère, mais ils n'ont que peu d'armes en ce moment à leur disposition. alors ils marchent, de plus en plus nombreux, en silence, en patience, non pas pour réclamer quelque droit ou quelque dû, mais simplement pour montrer qu'ils sont nombre. Ils se disent que d'évidence lorsque les rues seront pleines de monde, d'abord réfléchiront ceux qui n'ont pas trop vu le danger et qu'ils rejoindront leurs rangs. Puis il y a ceux qui sont persuadés que c'est par haine ou par méchanceté que l'on voudrait aux autres refuser ce qu'ils croient être un droit. Ceux là aussi, il faudra qu'ils comprennent que la société, comme un père, comme une mère doit éviter que l'enfant ne s'approche de la falaise sous prétexte de liberté...juste pour ne pas qu'il meure.
Ils verront aussi ceux-ci, lorsqu'ils sortiront du prêt à penser et des idées toutes faites, que ces gens qui marchent ne sont que gens de paix. Ils feront le tri entre les images de quelques journalistes serviles et la réalité de la rue. Ils iront voir par eux-mêmes.
Mais, ma petite Maman, tu dois te demander pourquoi, juste aujourd'hui le jour de ton anniversaire, je te fais part de ces tourments. Simplement parce que tu es et que tu seras toujours ma mère et que c'est auprès de vous, les mères, que le plus souvent on apporte d'abord ses peines et ses chagrins. Je sais que tu m'écouteras alors que Papa aura l'air occupé. Puis à la fin, tu me diras :"Pour ça, tu devrais voir avec Papa.". C'est ça la loi immuable de la complémentarité.
Je sais que tous les hommes et toutes les femmes sur terre n'ont pas eu la chance que nous avons eu. Je sais que certain se sont égarés faute de cette image solide. Je sais qu'il y a des malheureux. Mais le malheur présent ne doit pas condamner au malheur futur, ni à entraîner les autres dans ses errements.
Je te quitte. Je dois retourner au travail. En ce moment il est dur à accomplir et encore plus difficile à trouver. Mais, tu sais, on est nombreux dans ce cas. On se débrouille. On se souvient de ton courage. Ce n'est certes pas le moment idéal pour toutes ces folies. Mais choisit-on ces moments ?
J'ai envie que tu me redises comme lorsque j'étais petit :"Laisse-les dire, Jacques, Ils seront bien embêtés." pour apaiser mon angoisse.
C'est drôle comme ça manque une mère, le jour de son anniversaire, et que malgré l'âge on reste un enfant. Il vaut mieux en ces moments que seul le clavier voit les yeux qui s'mbuent et qui se troublent. "Allez reprend-toi mon vieux...et file te préparer !"
Je t'embrasse très fort.
Ton petit Jacques
Quant à vous mes lecteurs, si ce matin je vous laisse regarder par dessus mon épaule quelque chose qui m'appartient, c'est juste pour que certains d'entre vous reviennent à la raison et que ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir une mère aimante partagent avec moi un peu de la mienne.