Présence
Quand il redescendit ce matin et qu'il se posa à sa table de travail, l'homme était plein d'un sentiment de bien-être. Le temps était froid et sec mais il savait qu'en arrivant ce soir il ferait bon dans la maison : le feu brûlerait dans la cheminée. La semaine s'achevait avec son lot de travail et de fatigue mais la maison était pleine de cette légèreté qu'il l'envahit à chaque fois que vient s'ajouter la présence d'un être cher....et tous les êtres qui hantent cette maison sont des êtres chers. Hier c'était, pour quelques heures, leur étudiant, maintenant de nouveau parisien pour cette année et une partie de l'année prochaine. Il descendait vers sa chère école et ses amis. Il prenait le temps sur sa route pour venir retrouver ses parents et partager sa vie. Les enfants grands et loin restent une source de grands bonheurs. Même dans le silence, l'évocation de leur seule existence est sentiment de plénitude. S'il arrive qu'ils soient dans les difficultés ou dans le doute ou dans l'incertitude, la préoccupation fait renaître ces sentiments et émotions qui ont parsemé le temps de leur enfance. Et lorsque c'est le bonheur qu'ils partagent, on se retrouve alors dans une spirale de joie ascendante.
Les heures s'étaient écoulées douces, courtes et le sommeil avait quand même très tôt réclamé ses quelques heures nécessaires. Mais on avait eu le temps, de parler, de réfléchir, de rire. De goûter même enfin ensemble cet excellent whisky rapporté de ce stage d'été. Le temps est incertain et l'avenir semble parfois un peu difficile pour ces générations. Mais il y a cette grande force de la jeunesse et cette belle confiance des ces âges où tout est possible. "Tiens ! " se dit-il "Est-ce que tu te mettrais maintenant à croire qu'il y a des âges où tout n'est plus possible ?" Et il se ravisa. Il était lui-même en train de vivre une vie un peu à l'envers où les tâches qu'il exerçait, plus dures et plus physiques étaient le plus souvent l'apanage de la jeunesse. Certes c'était dur mais il tirait de nombreuses leçons de cette expérience nouvelle un peu avant le temps d'un autre temps de sa vie qui serait peut-être plus calme. Bien sûr qu'au final, il croyait encore plus fort que jamais que tout restait toujours possible. Parfois difficile ...mais possible.
La nuit avait été courte comme de coutume mais douce de cette maison plus remplie. Il sentait le souffle comme apaisé, plus doux encore, de sa femme qui dormait à côté de lui. Car si la présence de l'enfant est douce à l'homme, elle l'est peut-être encore plus à celle qui l'a connu quelques mois de plus dans l'intimité de son être. Lorsque la maison se remplit ainsi de présence, comme par un enchantement, s'animent alors toutes les images de tous les êtres chers et cette douce farandole redonne de la couleurs à tous les décors.
Maintenant il va partir travailler une journée encore avant la pause du week-end. Un tout petit chantier pendant que le grand qui occupe la plus grande partie de son temps est en suspens, le temps que se finissent toutes ces petites choses annexes...et apporteuses d'argent. Le temps ne le sert pas. L'humidité empêche les matériaux de sécher et rend le travail bien plus lent. Il a fallu s'arrêter quelque temps pour les caprices d'une voiture tombée en panne. Et il faut maintenant ajouter aux besoins existants et aux envies joyeuses le prix lourd d'une réparation. "Plaie d'argent n'est pas mortelle." Mais le pluriel de l'expression rend parfois la vie difficile. Et puis il y a cette impression de glisser sur une plaque de verglas sans arriver à reprendre sa route. Une impression d'inconnu. Heureusement qu'il y a ce fil qui le relie au Ciel et dans lequel il met toute sa confiance.Dans la maison qu'il aime tout dort encore en ce moment (même le chien et le chat qui font semblant de ne pas s'apercevoir de sa présence), il se sent bien. Un dernier petit mot pour ceux qui restent et il partira travailler. Ce soir on se redira à deux nos joies partagées de la présence. On secouera bien fort des émotions nouvelles, des espoirs nouveaux. On les partagera avec les émotions plus anciennes.
L'heure a avancé. C'est le temps de partir. Mais autour de lui dans ce pays qu'il aime, les fous qui gouvernent multiplient les aberrations et ce matin, dans la joie de la présence, il trouvera aussi un peu de temps pour faire revivre sur le papier ce petit homme de la révolte, ce "petit homme en rose" né des manifestations de l'année dernière. Parce que tout est toujours possible et qu'il ne veut pas laisser ainsi la plave aux ennemis de ce qu'il aime et de ceux qu'il aime.
Alors à très bientôt, ami lecteur, dans de nouvelles aventures du "petit homme en rose"; En attendant passe une très bonne journée.