2014
2013 ne s'était pas exactement terminée comme prévu. Ils avaient décidé d'aller réveillonner en montagne. Quelques amis rassemblés dans une très belle maison entourée de neige et baignée de soleil. Une de ces belles et grandes maison de famille où on se sent tout de suite bien, où des générations ont peu à peu structuré un espace au gré des changements de vie. De bons moments auprès du feu, des promenades dans la neige, quelques uns de ces mets et de ces vins à la fois simple et délicieux qui vous mettent dans un doux état de béatitude. Ils se faisaient une joie de la fête. Mais juste quelques jours avant le Bon Dieu avait chosi le moment pour rappeler de la terre, le père d'amis. Le père de ses amis, lorsque les amitiés sont anciennes et solides, c'est un peu, par raccroc, un membre de la famille. On sait un peu sa vie, son parcours. On connait ses origines. On le rencontre plus souvent que beaucoup de membres de sa propre famille. On suit aussi hélas le moment plus ou moins long où la vie décide de changer d'endroit, de passer d'un monde à un autre, en laissant derrière elle des gens qui pleurent.
Il en était ainsi de le père de ces amis. Il avait cette particularité supplémentaire qu'on avait découvert que ses pas d'enfant et d'adolescent avaient croisés ceux de son père à Elle. Ils avaient fréquenté les mêmes endroits, la même école. Une raison de plus de chercher à mieux se connaitre. Dans ces cas là on ne se pose même pas la question de savoir si on sera présent au moment de son enterrement. Certes on est désolé de renoncer à cette escapade montagnarde mais on sait que nos amis comprendront. Ainsi on se retrouve le 31 janvier dans une église du Languedoc, pas très loin de la mer. On retrouve des visages parfois très connus, parfois seulement croisés à l'occasion de fêtes, de mariage, de baptêmes. On en retrouve aussi qu'on attendait pas là et qu'on retrouve là, tant le monde des gens qui s'aiment est souvent petit.
On est à la fois contents et tristes d'être là. Tristes de voir nos amis dans la peine, les yeux qui se remplissent de larmes, les tout-petits enfants inquiets de voir ainsi leurs parents pleurer. Tristes de ce départ de ce visage familier qu'on ne verra plus et de cet humour singulier d'un homme qui parlait peu, qui mesurait ses mots et dont les paroles étaient souvent pleines de sagesse. Contents aussi de se dire que se terminait pour eux cette longue période d'attente et de souffrance. Attente et souffrance pour lui et pour les siens dans ses moments où on sait que la fin se rapproche très vite sans bien savoir son échéance et où chaque jour porte son lot de souffrances, de douleurs, d'espoirs qui renaissent tant on aime la vie. Contents parce qu'on ne se pose pas trop de questions de l'après pour certains et c'est le cas de cet homme. On sait qu'il croyait à la vie éternelle. On sait qu'il s'était préparé autant qu'on peut à ce dur passage. On sait que la religion qu'il aimait l'accompagnerait. On ne sait pas les secrets de le vie des autres et c'est tant mieux mais quand la partie émergée de la vie est lisse on s'inquiété moins de la partie inconnue.
Une belle messe de funérailles. Un moment de paix dans un de ces cimétières du Languedoc, dans ces villes où on peut encore aller à pied entre l'église et le cimetière. Un caveau de famille à la fois simple et bien ancré dans la terre par des générations de terriens, de gens qui ont aimé la terre et qui ont en tiré la substance.
Quelques moments passés ensemble dans la maison familiale. Déjà la vie reprend ses droits. On parle de projets, de mariages, de bébés tout neufs et de bébés à naître. On parle de la vie ordinaire. On retrouve d'autres amis. On décide avec eux qu'on se retrouvera le soir à quatre adultes autour de trois petits enfants confiés à leur garde.
Et c'est déjà le soir. On passe un bon moment. On s'embrasse à l'heure de minuit en se souhaitant tout ce qu'on peut souhaiter à l'autre mais sans bien le préciser pour ne surtout pas limiter les directions pour les bonheurs futurs. On échange quelques messages avec ceux qui sont loin dont les minuits ne correspondent pas aux notres;
D'aucuns pourraient croire que c'est un "petit réveillon". Ils se trompent tant est douce l'amitié qui se manifeste et qui n'a jamais de mesure. Ce qu'on donne ou ce qu'on reçoit des gens qu'on aime ne se mesure à aucune aune. La seule chose que l'on sait c'est que sa mesure est toujours la bonne mesure.
Alors mes amis, dans cette année 2014 qui commence c'est ainsi que je formule mes voeux pour vous, à la mesure de vos besoins et à l'aune d'une douce bienveillance mutuelle. Et puis, comme c'est la coutume de le faire pour chacun pendant ces quelques jours, je vous embrasse.