La nuit ...
...habite encore la maison toute entière. L'homme s'était couché tôt mais n'avait pas trouvé le sommeil. Pourquoi ? Il l'ignore. Il est vrai que cette longue fin de semaine n'a pas été riche en actions. Un temps incertain, un vent fort, un sentiment de fatigue, Que sais-je ? Il n'avait pas beaucoup travaillé. Ah si ! l'éclairage au pied de l'olivier qui donne la nuit au jardin une touche nouvelle. Il s'était couché tôt et n'avait pas tout de suite trouvé le sommeil qui d'ordinaire venait en un instant. A peine quelques heures plus tard la nuit s'achevait pour lui. Il descendit s'asseoir dans le fauteuil à côté de sa table d'écriture. Le moment lui semblait propice à un peu de lecture qu'il trouva dans son courrier et qui déclencha immédiatement une de ses courtes prières. (On est tout juste bien. On a touvé un sens au moment. Il vient comme une envie étrange de remerciement).
En ouvrant ses écrans apparurent successivement la photo de ses enfants puis celle de ses petits-enfants et de leurs parents. Sa femme dormait à l'étage. Les personnages les plus importants de sa vie se mettaient en place dans le décor. Déjà dans sa tête s'alignaient tous les autres qu'il aime. Ils sont si nombreux qu'ils ont du mal à s'organiser et que certains parfois s'absentent trop longtemps de ses pensées. Pensées, prières, rêveries...il n'a jamais bien su faire le tri. Il sait simplement que tout ça s'organise tout seul car s'il est bien un homme de désordre dns sa vie quotidienne, une douce harmonie mystérieuse ordonne ses pensées.
La maison est dans l'ombre. Il ne la voit pas. Il sait simplement comme elle est belle, et chaude. Ils y ont mis leurs mains. Ils y ont mis leurs coeurs. Elle a été souvent au coeur de leurs rêves. Il s'y sent bien. Il a rédigé un courrier : Dire à son frère qu'on veut passer le voir, connaitre sa nouvelle maison, partager une vie qui s'installe ailleurs, aller voir l'endroit de futures vacances d'une tribu déjà bien nombreuse d'enfants et de petits enfants.
Il se rémemorise les heures et les jours qui viennent de s'écouler, à rebours. Ce dimanche d'abord. Le matin et ses bonheurs paisibles du "lever tôt". La fin d'un roman absorbée, un peu d'écriture, quelques pages d'amis à visiter, quelques commentaires à déposer. Un peu de jardinage aussi : un jardin qui se remet à vivre avec le printemps. Et puis les cloches qui sonnent. On quitte la maison, on passe les remparts du village, on traverse la rivière sur la belle passerelle de métal. La grosse roue de bois et de métal restaurée tourne dans un doux bruit de cascade. On traverse la plaine. Une belle maison d'amis, trop longtemps délaissée par manque de moyens est en train de vivre une merveilleuse restauration. Elle fait face au Ventoux qui trouve bien son nom ce matin tant le mistral agite les pommiers avoisinants.
Ils montent tous les deux sur la colline. La messe est en pleine air au pied de l'ancienne abbaye qui cette année fête ses mille ans. En ruine, abandonnée, longtemps, vidée de ses moines, elle connait depuis quelques années une nouvelle histoire.
Pas trop de monde à la messe, pourtant le décor est de rêve et il semble que les fantômes des pélerins passés nous entourent encore. Et puis cet apéritif. D'autres gens qu'on ne connaissait pas encore, des visages, des histoires qui s'inscrivent dans la mémoire. On redescend tard, toujours à pied, pour un léger repas, une courte sieste et de très bons amis qui viennent pour le cafè. Deux reviennent d'amérique, le père et la fille, et racontent ce court et beau voyage. Un jeune couple de fiancés aussi, une belle histoire en train de naître, et la maman restée seule à travailler pendant le voyage des autres se réjuit de ce bonheur partagé. On rit, on parle. Le temps passe trop vite. Il est déjà l'heure du départ.
Mais eux, ils ont encore le temps d'une promenade à deux dans la ville voisine. On pose sa voiture à l'entrée. On marche le long des rivières. On visite. On revoit les maisons d'une ville qu'on a autrefois habité. Les belles maisons se restaurent. De nombreux touristes sur les bord de ll'eau. On se laisse aller au bonheur gourmand d'une glace en cornet. On s'assied un instant au bord de la rivière canalisée qui irrigue la ville, à regarder couler l'eau claire.
C'est le temps du retour. On passe chez un frère. Il n'est pas là. On dit à l'une de ses filles qu'on aimerait le voir ce soir. Quelque chose à lui remettre. On rentre. on passe devant la mairie fermée qui a maintenant des odeurs familières et où il a trouvé une petite place. Quelques minutes après viennent le frère et sa femme. Un rapide apéritif. On se raconte la journée. Lui, il a travaillé toute une longue matinée.Il est fatigué. Ils repartent. On dîne rapidement d'un potage. Quelques pages du livre. On se couche.
Mais on est revenu au début de l'histoire. Il ne s'est rien passé ce dimanche. Et le sommeil qui ne revient pas.
Seulement un doux moment passé avec des lecteurs futurs et invisibles. Il ne s'est rien passé ce dimanche.