Le coeur et le papillon
Le ciel est un peu trop gris. Le soleil semble vouloir se cacher derrière les nuages. Le réveil est trop lourd : peut être la fatigue d'un très bon dîner après une journée fatigante, peut-être autre chose qu'on n'arrive pas à identifier mais un peu plus complexe. L'homme a alors besoin de poser ses mains et son âme sur un de ces objets magiques du quotidien. Il est là l'objet, ou plutôt ils sont là. Deux trousseaux de clés : le premier, un petit coeur léger de bois peint, porte les clés de la maison : la grosse clé du portail de fer qui grince un peu quand le coeur est triste, la petite clé du volet qui depuis longtemps rythme les jours. On les ouvre le matin de l'intérieur, on part pour nos journées de vie, et le soir on ouvre dès le retour au nid, pour une soirée qui sera douce. Le second, un papillon gracile de bois peint aussi, porte les clés d'une nouvelle page de vie qui s'ouvre, un endroit, deux casiers, des papiers, des problèmes à résoudre.
Selon le jour les portes sont plus ou moins dures à ouvrir mais il y a peu de temps, dans la boîte à lettres de la maison du bout de la petite impasse, il y a un petit colis léger. Un petit mot, un dessin, des timbres aux images du bout du monde, ce liseré qui indique que c'est l'avion qui a apporté ce courrier. Et puis à l'interieur deux petits porte-clés magiques : une commande faite à deux petites princesses du bout du monde (le petit chevalier, qui est un autre ange regardait en souriant ce travail qu'il est encore trop petit pour accomplir...il parait qu'il a fait deux pas !). Une maman qui guide, qui explique, qui conseille. Deux paires de petites mains, sous l'emprise de deux petits coeurs et deux petites âmes légères s'activent : de la couleur, deux jolis dégradés aux couleurs d'arcs en ciels. au dos du petit coeur déjà une signature habile donne le nom de l'auteure, l'autre trop petite encore n'a pas mis son nom mais ce n'est pas grave : l'homme sait qu'elle l'a fait de tout son coeur. Une petite maman coordonne les deux petites artistes, une gentille helper dans l'ombre veille aussi sur ce travail d'or.
Et le courrier magique traverse les airs et vient se poser un jour dans une boîte à lettres. Ils le contemplent. Ils s'attendrissent. Il craint que la pluie ne puisse un jour altérer ce bel ouvrage et le lendemain il retrouve les deux porte-clés vernis et protégés par une autre main magique et adroite.
Depuis les clès au bout de ces porte-clés sont devenues bien légères, légéres aussi et tellement plus faciles à ouvrir les portes qui sont au bout des clés. Des clès magiques qui ouvrent aussi les portes des coeurs et qui font trouver plus légers les soucis.
Ami, toi qui me lis, sache donc qu'on peut envier l'homme qui recoit de tels présents. Dans cette maison qu'il aime tous les outils sont les bienvenus, chacun y a sa place. Deux ateliers rythment l'espace : le sien à l'image de son esprit est confus, brouillon , en désordre mais il y trouve toujours l'outil nécessaire. Le deuxième atelier est rangé, précis, prêt à l'usage et le sérieux de son ordre cache un coeur ordonné et si bien ouvert aux autres. Et mille endroits résonnent encore des bruits des bricolages des enfants qui occupèrent la maison et qui y reviennent encore.
Car si on parle beaucoup dans cette maison magique, on fabrique encore plus : on fait, on construit, on répare, on peint, on dessine. quand on regarde un bel objet dans cette famille, on ne se dit pas :"Quel est son prix ?" Mais "Comment pourrais je le refaire ?". Et c'est ainsi que dans cette maison où le nécessaire n'a jamais manqué, le superflu est souvent né des mains de ses habitants.
Aujourd'hui l'héritage qu'ils laisseront est bien maigre : une maison qui a trop de valeur dans leurs coeurs (mais qui sait ce qu'elle vaut dans le coeur des hommes ?), quelques outils, quelques cadres, quelques meubles. Mais ils laissent à leurs enfants le plus bel héritage du monde, le goût du "faire". Déjà ces deux petits porte-clés montrent que même au bout du monde cet héritage est vivace : il est déjà reçu. Il porte déjà du fruit.
Chaque fois que l'inquiétude montre le bout de son nez et porte avec elle le laid cortège de ses amies les peurs, il suffit de toucher, même seulement de regarder un de ces objets magiques.
Petits porte-clés, petits porte-âmes et petits porte-coeurs vous venez par votre seule existence de porter dans le coeur d'un homme la grosse bouffée d'espoir et de chaleur dont il avait besoin.
Et vous dont j'ai parlé et qui habitez ma vie de votre présence, répartis dans le monde entier, sachez combien je vous aime et comme la seule évocation de vous rend douce mes pensées et ma vie si riche.
Quant à toi, rare lecteur, ami par ta simple présence bienveillante, sache que peut-être sans le savoir tu habites aussi cet univers féérique.
Bonne journée à vous tous !