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et pourquoi ne pas le dire ?
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30 mai 2014

Pourquoi ?

"Pourquoi crois-tu qu'ils aient tout à coup l'air d'avoir trouvé une nouvelle énergie ?" demanda monsieur Merle à Madame Merlette lorsqu'elle vit l'homme dès l'aube mettre en oeuvre l'arrosage du jardin. C'est vrai qu'il y avait dans cette maison depuis quelque jours une étrange fièvre qui s'était emparée des habitants. Des envies de ranger, de préparer, d'organiser de prévoir, comme à l'annonce d'un évènement exceptionnel.

" Tu crois qu'ILS vont bientôt être là". Ils, pour monsieur Merle, c'étaient d'abord deux petites princesses et un petit chevalier, leurs parents, leurs oncles et tantes, et tous ceux qui, pour se retrouver cet été dans cette maison devenue tout à coup trop petite, étaient prêts à affronter mers et océans, routes et montagnes.

Ils aimaient toujours les prémisses de ces arrivées les animaux du jardin. L'herbe plus souvent tondue découvrait le sol et permettait plus facilement de trouver de quoi rafraichir le nid et découvrir aisément le ver qui patiemment travaillait en souterrain. Puis tout redevenait plus léger. Les rires apparaissaient qui accompagnent le travail. La cuisine exhalait de douces odeurs de repas qu'on préparait à l'avance. Les premiers fruits et légumes de ce printemps encore un peu frais qu'on voyait à nouveau sur les étals du marché se transformaient en délicieux plats que la maitresse de maison, avisée, préparait à l'avance pour ne pas passer son été dans la cuisine.

Le chat qu'ils redoutaient par instinct (la pauvre Ricoré, ils lui donnaient trop d'importance, elle qui avait maintenant du mal à passer le portail tant elle devenait vieille) était retenu par l'observation de ses maîtres. Le chat, animal curieux, s'il en est faisait le tour de ces petits chantiers de la maison et des moindres transformations. Le chat donc était moins présent et ils se promenaient sans crainte dans le jardin. Les lézards ne se montraient pas encore mais les insectes nombreux après cet hiver trop doux faisaient l'objet de leur convoitise.

Car il est doux le temps de l'attente.

Car si le jardin et la maison peu à peu metteient leurs habits de fête, il se passait d'étranges histoires dans les rêves des habitants. Et on entendait d'étranges conciliabulles.

" Il marchera. Tu crois qu'il sera assez grand pour que je me promène avec lui en le tenant par la main dans le village ?"

L'homme s'imaginait dèjà, en convoi, un grand sac plein de pain, quitter la maison un petit garçon par la main, précédé de sa femme tenant dans chaque main une petite fille plus rapide à la marche que ce petit débutant à deux pattes. On croiserait des habitants qu'on connaît et d'autres qu'on ne connait pas. Il y aurait échange de mots et de sourires. Parfois un monsieur plus âgé ou une vieille dame sortirait de sa poche trois bonbons cachès là pour le plaisir de la rencontre avec un enfant probable. On prendrait le temps de s'arrêter de raconter les siens, on s'échangerait des bonheurs parfois lointains.

On atteindrait le but, le bord de la rivière, et les processions de canards gourmands qui se regroupent dès le premier morceau de pain qu'ils s'arrachent jusqu'au dernier que, repus, ils se partagent plus doucement. Il y aura les petits rires, les petites peur aussi à cause de ces volatiles parfois trop agîtés.

L'homme regrette de ne pas savoir pêcher. Il va décidemment falloir qu'il s'initie pour qu'à son tour il fasse découvrir à ces petits la rivière.

On fera des détours qui n'auront d'autre intérêt que de partager la fierté de ces petits hommes avec d'autres qu'on éspère croiser.

"Tu crois qu'on pourra aller pique-niquer en vélo, le soir, avec la petite remorque et les sièges ?". Il faudra essayer en tous cas. Quelques kilomètres de terrain plat. Une petite clairière. On s'arrêtera dès que le chemin monte un peu trop. On dépliera la grande nappe verte qui ne sert quà ça. On s'assiera en rond. On jouera à cache-cache avec des enfants qu'on tardera à voir bien qu'ils dépassent largement de chaque côté des petits arbres qui les cachent sans les empêcher de voir.

On mettra une bouteille de vin rosé au frais et les bouteilles d'eau dans la rivière souvent présente dans ces endroit. Le pain sera encore frais et craquant. On reviendra juste avant la fatigue pour qu'ils s'endoment secoués d'abord sur les chemins puis berçés par le roulement silencieux sur la route.

On les portera dans leurs petits lits sans qu'ils n'aient fait d'autre prière que ce don d'eux même au sommeil et à Celui qui les a créé.

Puis les grands se retrouveront sur la terrasse de pierre devant la maison qu'on n'approche plus que le matin et le soir tant elle est chaude dans la journée. Et ce sera le temps de se parler, de se dire, d'inventer et de sourire. Ce sera le temps des jeux, des éclats de voix et des éclats de rire. Parfois, sans raison apparente,  l'un d'entre eux se vexera et chacun prendra grand soin à le ramener dans l'harmonie du moment.

"Vous prendrez bien un café, une tisane ? " dira la maîtresse de maison pendant que l'homme ira chercher dans la petite cour de derrière une bouteille de ces alcools qui réchauffent le corps et participent à la douceur du soir.

Les fumeurs s'écarteront parfois en petits groupes, fraternité de la délicatesse, pour ne pas déranger et partageront cet étrange rite ou des fumées s'envolent dans le noir éclairées par le rougoiement de leurs cigarettes.

On regardera le ciel. Il sera plein d'étoiles. Chacun dans les étoiles fera son propre voeux et se racontera sa propre histoire.

"Pourquoi ?" Pourquoi je te raconte ça, lecteur ami de passage ? Parce que je me suis levé tôt, que j'ai préparé mon sac, que je vais travailler seul dans une autre grande maison pour préparer aussi l'arrivée de ces propriétaires et la rendre à sa beauté délaissée par toute une année seule.

Je te quitte. Il faut que j'y aille. J'étais content de partager ce moment avec toi. Bonne journée.

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Commentaires
M
Oui, pourquoi? C'est une bonne question en effet. Pourquoi le silence ... Pourquoi l'inquiétude après la joie? Et toutes ces questions que l'on se pose en regardant le vent souffler...
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M
Etre ainsi attendus, aimés de loin, aimés d'avance, aimés en dépit des distances, quel trésor pour ces enfants ! Ils y puiseront de la force pour toute leur vie...
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C
Pourquoi? Sans doute parce que, parfois, la concomitance des mondes est si forte que toute différence est gommée, dans ce rêve éveillé où nous ne sommes plus que des êtres regardant le ciel et les étoiles, en attendant fébrilement l'arrivée des enfants qui sont le sel de la vie. Rien n'a autant d'importance alors que cette fièvre emplie d'amour qui nous guide dans notre quotidien pour effectuer les tâches simples.
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et pourquoi ne pas le dire ?
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