8 octobre 2014
"Encore vivants ! "
"Encore vivants !" se dit le petit homme en rose en rangeant dans le coffre de la voiture drapeaux et affiches. Ils s'étaient consultés, lui et sa femme, pour savoir s'ils allaient monter une fois de plus à Paris. Comme pour beaucoup de français, la vie leur devenait de plus en plus difficile. Depuis quelque temps, il sacrifiait deux jours de travail par semaine pour participer à la vie de son village, ce qui n'arrangeait pas ses finances mais donnait un vrai sens au mot "politique". Ils avaient décidé d'associer cette journée avec une semaine de vacances dans le Berry où un de ses frères possédait une maison. Quelques jours s'étaient déjà passés lorsqu'il prit le temps de répondre à la dernière lettre de son jeune ami.
" Mon cher Philippe,
Je réponds un peu tard à ta dernière lettre où tu me demandais des nouvelles de notre beau pays. Tu me dis que tu doutes beaucoup de celles que tu reçois par les médias officiels et que tu me fais plus confiance qu'à eux. J'essaierai donc d'être digne de cette confiance qui m'honore.
Je commencerai donc par la fin. Dimanche dernier nous avons défilé. On pourrait se demander pourquoi : la loi que nous combattions est maintenant passée depuis deux ans. Le peu de succès qu'elle a rencontré parmi ceux à qui elle était destinée n'a pas empêché ses instigateurs de demander toujours plus, encore plus : Il s'agit maintenant d'autoriser des femmes à porter, contre de l'argent, des enfants pour d'autres couples ou à permettre à ces nouveaux couples d'accéder à des procréations médicalement assistées.
Nous étions encore très nombreux, ( un demi million de personnes) lorsque nos opposants arrivent à peine à se rassembler à quelques centaines. Mais malgré le calme qui caractérise nos mouvements et notre respect des autres, nous savions bien, qu'une fois de plus, les chiffres seraient minorés dans des proportions incroyables sans qu'aucun des bien-pensants de notre beau pays ne trouve à y redire.
Nous étions un demi- million : ils disent que nous étions 80 000. Nous pourrions en être étonnés si celui qui annonçait les premiers chiffres il y a deux ans comme ministre de l'intérieur n'avait été récompensé en devenant premier ministre.
Notre pays est aux abois. Ceux qui nous gouvernent ne nous déçoivent pas....car nous n'attendions d'eux rien de bon et l'homme falot qui les dirige ne trouve un peu d'énergie que pour s'acharner contre les familles. Ce "petit homme en bleu" et sa doublure encore plus misérable se donnent des allures de matamores et vont se pavaner a l'étranger et donner des leçons. Des outres gonflées de vent. Chaque jour une nouvelle banderille est plantée pour affaiblir les familles : les impôts, les bourses des enfants étudiants, les allocations familiales. Les misérables ont décidé de s'acharner sur ce qu'ils haïssent le plus : la famille, les familles.
La nouveauté c'est que ceux qui l'ont élu l'abandonnent les uns après les autres, les plus sincères par déception, les autres par pure spéculation. Mais doit-on se réjouir de ce type d'abandon ?
Que te dire d'autre ? Si je termine mon inventaire tu me croiras triste ou déprimé, ce qui , rassure-toi, n'est aucunement le cas.
" Pourquoi ?" Me diras-tu.
Tout simplement parce que j'ai vu ,une fois de plus dimanche dernier, la force que nous représentons avec nos familles qui se tiennent, qui s'entraident, qui s'aiment, qui conservent leurs valeurs ancestrales qu'aucune répression ne pourra détruire parce que c'est la nature même qui les a définies.
Ce sont des gens comme eux, comme toi, comme nous qui chaque jour ajoutons de la force à notre pays. Il y a eu plusieurs fois dans notre histoire de ces périodes obscures où on pouvait à juste titre douter du lendemain. Nous en sommes sortis ....et souvent plus forts. Et puis nous savons rire, chanter, pleurer,vivre...et ça on ne peut pas nous le voler. Le sourire d'un seul de nos enfants vaut plus que mille de leurs promesses.
Je croise chaque jour dans ceux que je rencontre l'image vraie de mon pays. Et si nos partis politiques ne sont pas à la hauteur ils finiront par disparaître, par être remplacés.
Je t'ai raconté l'histoire de ceux qui, comme mon père, ou d'autres dont je t'ai déjà parlé ont su entrer en résistance. Je pense que c'est maintenant notre tour.
Notre ennemi est intérieur et comme notre guerre est civile et nous devons être à la fois habiles, prudents non-violents et respectueux de ces autres qui vivent à côté de nous. Mais je te raconterai maintenant , lettre après lettre , comment on redresse un pays.
....Si tu as la patience de me lire.
Voilà ,mon cher Philippe , les nouvelles que tu me demandais. Tu me pardonneras d'avoir été long. Je te promets à l'avenir d'essayer d'être plus succinct.
Je te charge d'embrasser ta femme et te félicites de cette nouvelle vie qui se développe en son sein. J'espère que ton prochain passage en Provence nous donneras l'occasion de te revoir.
Avec toute son amitié,
" le petit homme en rose"
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