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et pourquoi ne pas le dire ?
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17 octobre 2014

Le temps

Le temps qui passe, le temps qui court, le temps qui laisse sur son chemin des traces de bonheur et des blessures. L'homme avait repris ses levers matinaux et son rythme de travail mais la douleur d'un corps fatigué venait aussi la nuit soustraire du temps au repos et lui donnait le temps de la lecture, de la recherche et de la réflexion.

Deux mondes se croisaient dans sa tête : celui d'une réalité bienfaisante où chacun portait son fardeau et avançait avec sagesse dans un chemin tracé de toute éternité. Dans ce monde on naissait, on grandissait, on était amoureux, on se mariait, des enfants naissaient, on riait, on chantait, on souffrait, on pleurait, on travaillait, on se reposait, on connaissait la joie, la peine, la solitude parfois....bref on vivait. Dans ce monde l'état n'avait d'autre ambition que de mettre un peu d'ordre dans un espace qui se laissait trop vite gagner par les ambitions personnelles, les envies, les peurs, les passions. Et puis cet autre monde que les médias lui renvoyaient lorsqu'il se disait qu'il fallait quand même savoir ce que devenait son frère, son prochain. Dans ce monde quelques hommes, quelques groupes décidaient de ce qu'il devait être. L'état, entité mystérieuse, décidait de tout. Du moment de sa naissance, de celui de sa mort, des maladies justes et de celles condamnables, de la vie même des familles, des livres des enfants. Un monde où sous prétexte de liberté on détruisait sans vergogne un ordre naturel des choses qui semblait être là de toute éternité. La " liberté" érigée en étendard n'était que la grimace de l'anarchie. On avait droit à tout à la condition expresse que cela ne fut pas dans l'ordre naturel du monde. Un monde de folie !

Ce monde avait ses rois, ses princes, ses savants, ses prophètes, qui le dirigeaient comme ces rondes folles de bouffons qu'on voyait autrefois dans les moments les plus fous des histoires de l'homme et des histoires des hommes : une danse macabre.

Il aurait pu sans souci s'extraire de ce monde. Il lui suffisait par exemple de regarder l'hamonie des choses, le vieux mur qui suit l'escalier où les vieilles chaux patinées par le temps, s'émiettent. Il hésitait à les refaire encore. Il lui faudrait attendre l'été prochain, ou plutôt juste avant l'été quand les maisons sont réchauffées mais que la chaux trouve encore le temps de sécher mais pas trop vite, le temps qu'elle trouve sa place. Le chat qui ronronnait et demandait qu'on lui ouvre la porte était signe aussi de cet apaisement.

Il s'était levé. Il avait pris sa place sur le vieux fauteuil qu'il avait refait de ses mains pour lui donner une autre vie, un autre espoir. Il avait lu. il avait fait le tour du monde par quelques mouvements rapides de ses mains sur une plaque de verre. Il s'était dit une fois de plus que l'esprit de l'homme était grand qui permettait de telles prouesses. Il avait vu mille images, entendus plusieurs langues, revu les visages familiers de ces amis, de ceux qu'il aime. Il avait même pu échanger quelques phrases avec un fils à l'autre bout du monde qui se couchait quand lui se levait.

Mais il avait lu ce texte ou plutôt écouté cet homme, ce petit homme en gris, qui disait sans vergogne que "Demain" était à eux. Un "Demain" où les femmes, pour de sombres considérations de carrière, au lieu de laisser faire la nature attendraient de n'être plus fécondes pour prendre afin le temps d'avoir un enfant, et si elles n'étaient plus fécondes elles loueraient alors le ventre d'une pauvre femme contrainte pour quelque argent de porter l'enfant d'autrui ....ou de vendre le sien. Et ce "droit" à la folie serait donné ainsi également à des couples de femmes, à des couples d'hommes...et tout autre produit de l'imagination la plus folle. Ce petit homme en gris, plein de son argent, de son assurance et du pouvoir qu'on lui avait donné annonçait avec morgue et peut-être avec raison que c'était pour demain.

"Folie" se dit l'homme, partagé entre effroi et colère. Il avait bien conscience que les  faibles moyens de ceux qui luttaient contre cette folie ne suffiraient pas. Il priait mais il savait que Dieu pour exaucer les hommes veut que leurs prières soient fortes et peu croyaient encore en lui. Il sentait bien dans tous ceux qu'ils rencontrait chaque jour que ce "modèle" n'était pas désiré... mais l'homme est ainsi fait qu'il préfère ignorer ce qui se trame autour de lui tant qu'il n'est pas directement menacé...et il ne réagissait que lorsque le mal était à sa porte...et c'était alors trop tard.

"Résistance" était le mot qui s'imposait à lui. Mais pourquoi ? mais comment ? C'était aussi la raison qu'il avait de chercher dans l'histoire comment au cours des âges les hommes avaient su, avaient pu, avaient osé se dégager de tels menaces.

Et ses riches journées, les mains dans le plâtre, la chaux et le ciment lui donnaient le temps de penser à tout cela. Et puis il y avait le baume bienfaisant, du temps qui aujourd'hui serait beau, de la pause au pied du mûrier de chine encore garni de ses feuilles, du repas pris en vitesse, de ce moment d'échange avec ceux qu'il aime. Ces images douces qui passaient où le temps n'avait pas sa place de bonheurs éparpillés où morts et vivants trouvaient leur bienfaisante place, où deux petites princesses et un petit chevalier annonçaient une visiste autour de Noël. Et pendant quelques jours un fils, homme déjà, viendrait passer un peu de temps avec eux et partager sa vie.

C'est l'heure de préparer le sac et de prendre la route. Je te laisse mon ami partager avec moi le bonheur de ce jour qui sera grand....les inquiétudes aussi car c'est le propre de l'ami de partager le bien et le souci.

Bonne journée !

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Commentaires
C
Zénondelle, je suppose que ta réponse m'est, au moins en partie, adressée. J'espère que tu ne mets pas en doute mon désir d'entrer en résistance ? <br /> <br /> Je le bats moi aussi a ma façon pour un monde plus juste et plus humain, même si je n'ai pas le secours de dieu pour m'aider. Et je n'ai jamais dit que l'état pitoyable de la politique actuelle et des hommes qui la font était un " détail" Je crois sincèrement que l'éducation civique doit viser à redonner une dignité à la fonction et a la classe politique, et que l'allégeance de cette dernière à la finance ne simplifie pas les choses. <br /> <br /> Le " vivre ensemble" commence par accepter que l'autre soit différent de soi, et qu'il ait malgré tout les mêmes droits. Et sur ce point, il reste du taf!<br /> <br /> Bises et merci à Jacques de nous permettre de nous exprimer en toute liberté.
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Z
Un texte fort et profond, réaliste aussi. Je n'y lis aucune haine, auncun manichéisme, juste une prise de conscience réelle de ce qui se joue aujourd'hui pour demain. Moi non plus je n'ai guère envie de cette société pour mes enfants. Quant aux politiques qui se rient du Bien public et le piétinent au nom d'intérêts personnels, cela me semble être plus qu'un détail, une véritable atteinte au fondement de ce que devrait être le "Vivre Ensemble".<br /> <br /> Pour ceux qui doutent encore de l'urgence à "entrer en résistance", je conseille ce documentaire, qu'on ne trouve plus intégralement sur internet, dommage. Il s'agit de "Un humain trop Humain", de l'émission Infrarouge sur france 2 2011<br /> <br /> http://www.universfreebox.com/article/14367/Documentaire-Infrarouge-Un-homme-presque-parfait<br /> <br /> Bonne journée !
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N
Mr Jacques, Je vous lis chaque fois et j'adore vos billets, vous savez que je me retrouve souvent dans les sentiments et ressentis que vous décrivez, tout en étant athée.<br /> <br /> Je partage tout à fait l'avis de Célestine, j'aurais pu signer son billet.<br /> <br /> C'est tellement bien de pouvoir échanger les points de vue ! Belle journée, bien ensoleillée sur l'agenais.
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B
Merci Célestine, tu sais si bien dire les choses... et tu sais que je pense sensiblement comme toi que chacun a le droit de penser et de vivre à sa façon du moment qu'il n'enlève rien ni n'oblige à quoi que ce soit son voisin et frère. J'ai eu, comme Pénélope, mon ainé à vingt ans mais ça ne me donne aucun droit à juger ceux qui le désire autrement. Bonne journée dominicale à tous, on l'annonce ensoleillée et douce.
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C
Cher Jacques<br /> <br /> Vous savez bien que je ne suis pas d'accord avec vous sur votre conception du monde, et pourtant, je ne suis pas contre vous. Comment ce prodige est-il possible ? Je dirais même que je comprends certaines choses que vous écrivez, si je me mets à votre place. Je pense que vous êtes admirable sur bien des points.<br /> <br /> Mais à vous lire depuis longtemps, je crois que pour vous le monde se partage en deux catégories. Et que c'est très manichéen. <br /> <br /> En réalité, je crois que les choses sont infiniment plus subtiles. Les " bons" et les " méchants" c'est dans les westerns, dans les contes pour enfants. Nous sommes, en tant qu'êtres humains, pétris de tout un tas de sentiments contradictoires, de convictions mais aussi de doutes, de lumière mais d'ombre, de bons sentiments mais aussi de mauvais. Nous sommes toujours le " bon" de quelqu'un et le " mauvais" de quelqu'un d'autre. Nous pouvons admirer quelqu'un pour certains aspects de sa personnalité et le détester pour d'autres. <br /> <br /> Comme vous le savez, sans doute, la compréhension, la tolérance et l'amour de mon prochain me guident, et pourtant je ne suis pas croyante. Mon agnosticisme me pousse à ne pas m'attacher aux apparences, à aller voir le cœur qui bat sous chaque carapace, sous chaque couleur de peau, derrière chaque cri de détresse ou de haine et à essayer de comprendre et d'admettre que l'on puisse avoir des points de vue différents de moi, ou être simplement dans une grande souffrance. Je ne dis pas que j'ai raison ou tort. Je défends mes convictions au quotidien, bien sur, mais je ne cherche pas à les imposer, et j'ai essayé d'élever mes enfants dans l'écoute et le dialogue, et sans haine. Surtout pour les gens qui sont différents, ou moins aidés qu'eux par la vie. <br /> <br /> Je continue à croire qu'un jour les hommes vivront d'amour, qu'il n'y aura plus de misère et que les soldats seront troubadours. Bien sûr nous serons morts. Mais je partirai le cœur léger si je sais que le joyau des valeurs auxquelles je crois a été transmis à mes descendants. Et je pense que la démocratie en fait partie. C'est un joyau précieux et fragile.<br /> <br /> Les hommes qui gouvernent la France depuis longtemps, de quelque "bord" soient-ils, ne sont certes pas parfaits et sont plus préoccupés par leur ambition que par le bien public, je vous le concède. Il n'empêche que pour l'instant, la France est un pays libre et en paix, une démocratie, et qu'il ne faut pas se tromper de combat: le jour où notre liberté sera vraiment menacée, où l'on nous imposera vraiment des choses que nous ne voudrons pas, par des ennemis venus d'on ne sait où, ça s'est vu dans le passé, il sera temps de regretter le temps où nous pouvions vivre tranquillement selon nos convictions, et les exprimer sur cet espace merveilleux de liberté qui s'appelle internet.<br /> <br /> Réjouissons-nous de vivre dans un pays où les droits accordés à certains citoyens n'enlèvent rien aux autres. Il y aura peut être un jour noir où nous n'aurons plus qu'un seul droit: celui de nous taire. <br /> <br /> En attendant, quand le temps me blesse, je me réfugie dans le hors temps, dans la contemplation des merveilles de la nature et du monde tout comme vous, et dans le sourire d'ange d'un bébé, quelle que soit la façon dont il a été conçu, car un bébé, à chaque fois, c'est tout l'espoir du monde que l'on tient dans ses bras. Et que je sache, le bébé né le vingt-cinq décembre n'a pas été conçu de façon très "naturelle" vous en conviendrez! :-)<br /> <br /> Sur ce, je vous embrasse fort.<br /> <br /> Celestine
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