14 janvier 2015
Le petit homme en rose - Fable : Un pigeon innocent
Mon cher ami,
Tu me demandes de te raconter ce que mon pays a vécu ces derniers jours. Je n'ai pas vraiment le cœur à le faire alors je vais te raconter une petite fable.
"C'était un pigeon parisien, un peu voyou, un peu mendiant, très paresseux. Il vivait de rien : un peu de pain donné par des passants charitables, un peu de chapardage et surtout le contenu des poubelles mal fermées. Il avait été longtemps pourchassé par les hommes car il souillait de ses excréments les beaux monuments de la capitale. Heureusement pour lui, depuis quelques années, les hommes ne gouvernaient plus cette ville. On ne respectait plus les vénérables monuments. On leur préférait des objets qu'autrefois on refusait même dans les décharges. Au nom d'une prétendue écologie on ne chassait plus les pigeons. Comme tous les oisifs, cet animal était a l'affût des moindres bruits, des racontars, et sa position volante lui permettait d'être présent sur les lieux de tous les drames.
Il avait donc entendu parler de cet attentat : des hommes armés étaient entrés dans un journal et avaient tiré sur des hommes desarmés au nom d'un dieu ( qui lui semblait bien sanguinaire de vouloir ainsi venger ses affronts). Un autre homme armé, presque au même instant, avait tiré dans un magasin, tuant sans distinction hommes, femmes et enfants, au nom d'une même vengeance.
Heureusement, la police veillait qui bientôt mît fin dans le sang à ces pratiques barbares.
Le pays fut meurtri : C'était une véritable déclaration de guerre et on sentait bien qu'elle dépassait la seule volonté de quelques hommes. Les habitants de ce pays eurent besoin de se sentir solidaires et de se rejoindre pour montrer qu'ils pouvaient faire front. Ils décidèrent de se rassembler et de marcher ensemble pour se prouver à eux-memes et pour prouver au monde qu'ils étaient unis.
Le pigeon décida d'aller lui aussi à cette manifestation. Il y avait du monde, beaucoup de monde, un peu moins cependant qu'il y a quelques temps lorsque c'étaient des foules colorées et joyeuses qui marchaient contre une loi (qui n'aurait jamais pu se faire au royaume des pigeons où c'est la nature qui dicte ses lois).
Il fut impressionné du recueillement qui dominait. Il fut pourtant surpris de voir que tous se revendiquaient d'un journal qu'ils ne lisaient jamais,( ce qu'il comprenait bien d'ailleurs, car ce journal passait son temps à se moquer d'eux, à les ridiculiser, à traîner dans la boue leurs croyances, leurs religions avec des dessins si grossiers qu'il craignait toujours qu'un de ses petits pigeonneaux ne le lise en cachette).
Il trouvait en outre que c'était bien imprudent en ce temps de guerre puisque ces hommes en armes disaient avoir frappé si fort pour réparer un affront à leur dieu commis par ce même journal.
Au milieu de la foule s'agitaient des petits hommes en bleu. Ceux-là même qui avaient été incapables d'empêcher de tels actes par des sanctions appropriées au moment où c'était encore possible. Ils voyaient là seulement une opportunité de se placer, de profiter de la tristesse des hommes pour venir glaner quelques points de popularité. Ils se poussaient du coude. Il fallait être là. Tartarins de pacotille, bien à l'abri derrière leurs gardes du corps, flanqués de leurs conseillers en communication, ils cherchaient le bon mot, la bonne posture, la bonne caméra.
Cette attitude misérable donna au brave pigeon envie de vomir mais il ne voulait surtout pas toucher un innocent. Il continua doncson vol.
Quand, tout à coup, il sentit passer à côté de lui, un projectile, un de ces beaux "cacas" de volatile. Il se dit que d'aucuns avaient eu moins de retenue que lui.
En bas on s'affolait. Un des petits hommes en bleu, celui qui semblait être le chef, essayait sans succès de nettoyer sa veste. Le pigeon se dit que décidément il ne lui suffisait pas d'être incapable, il fallait qu'en plus... il eut la poisse.
Il se retourna pour voir qui avait agi ainsi. A sa surprise ce n'était pas un pigeon ordinaire .....mais une belle colombe blanche, un rameau d'Olivier dans le bec qui n'avait pas supporté l'affront de cette récupération. "
J'ai fini mon histoire. Quand je te dirai qu'aujourd'hui, dans ce même pays, des petits juges indignes, à la solde de ces petits hommes en bleu, punissent à la fois un général, jugé coupable d'un bien malheureux accident et un gendarme accusé d'avoir simplement fait son devoir, tu comprendras qu'il m'arrive parfois envie de faire comme cette blanche colombe.
Je te laisse. Je dois retourner au travail.
Et toi ami lecteur, merci de ton attention.
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