1 mai 2015
Monsieur François Michelin.
C'était un jour de novembre. Il faisait froid et gris sur Clermont-Ferrand. Tout s'était passé si vite. Une première lettre, une première rencontre, et , quelques jours après, une journée retenue : Une série de rendez-vous qui allaient se succéder sans répit toute la journée.
On était en 2001. Déjà dans l'entreprise on parlait de succession. Comme à l'ordinaire, rien n'avait été laissé au hasard. On savait qui dirigerait, un triumvirat avec au coeur un fils.
Une bonne partie des entretiens était déjà passée, lorsque j'aperçus cet homme traversant la cour, un homme grand, déjà âgé mais au pas encore énergique et décidé. l'homme qui m'interrogeait le vit et me dit qui c'était avec du respect dans la voix.
J'avais pour cet homme une grande admiration mêlée, je dois le dire, d'un peu d'agacement. J'aimais cette entreprise sans trop savoir pourquoi. Je n'aimais ni le culte du secret, ni le côté "secret de province" , ni l'enfermement qui semblait régner dans la "maison" ....mais j'étais né à Clermont. Ma grand mère vivait à Montferrand. Je l'aimais et je l'admirais. Elle avait travaillé toute sa vie pour la "maison Michelin". Elle était partie de rien, un peu après la guerre de 14-18,. C'était en plus une femme seule, ce qui était rare à l'époque. D'infirmière, elle était devenue responsable du service social de la "Maison", à une époque où le social dépendait essentiellement du bon vouloir des patrons d'entreprise. Elle les avait approché, appréciés, aimés. Elle portait à cette famille une telle admiration que j'avais voulu en savoir un peu plus. Elle m'avait raconté. J'avais un peu creusé les très rares ouvrages qui existaient sur le sujet. Plus tard j'avais lu le seul livre qu' avait écrit cet homme et entendu un des très rares commentaires qu'il avait accordé à un journaliste de radio.
Le soir même de cet entretien à Clermont , on me confirma la bonne nouvelle. J'étais retenu. Je ferai partie de "la Maison". J'avais obtenu un niveau de poste et de salaire inespérés dans une période ou mon activité de consultant devenait difficile. Un sentiment de parfaite adéquation. Un clin d'œil de la Providence.
Quelques mois plus tard je commençais ma période de formation. Heureux et content de retrouver mes racines je cherchais le premier soir une messe pour remercier le Bon Dieu de cette aubaine et lui demander les qualités nécessaires pour tenir le poste. C'était en avril. Le printemps éclatait. Il faisait beau. J'aime beaucoup ,à Clermont, l'église Notre Dame du Port. J'y entrai. Il y avait peu de monde auquel je ne prêtai guère d'attention, mais, au retour de la communion, mon regard fut attiré par un couple qui remontait l'allée. C'était cet homme et son épouse, le soir, en semaine, à l'abri de tous regards que je retrouvai là. Je n'aurai jamais espéré , dans aucune société , un tel sentiment de partager si fort à la fois la même vision de l'entreprise toute tournée vers le respect des hommes qui la composent et une même foi.
Hélas ! Mon passage dans cette fameuse maison dura trop peu de temps sans que je comprenne d'ailleurs très bien pourquoi. Plus tard cet homme perdit son fils, devenu le patron de cette entreprise, puis quelques années plus tard sa belle fille. Du peu que j'en savais il opposait à cela une espérance chrétienne admirable. Le grand bateau qu'est cette "maison Michelin"continuait sa route et cet homme, humble et puissant a la fois, son chemin.
Malgré ma propre déconvenue professionnelle je n'ai jamais pu me départir de cet immense admiration pour cet homme et pour cette façon de gérer une entreprise comme j'aimerai que l'on gérât mon pays.
....mais ça c'est une autre histoire.
Alors cher monsieur, maintenant que vous savez le "pourquoi" des choses, sachez que je vous ai beaucoup admiré. Je prierai pour vous, médiocrement, à ma mesure et je compte que demain, à votre tour, vous me rendiez la pareille.
Avec tout mon profond respect.
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