28 mai 2015
Une des mille raisons d'aimer les femmes....
"Maman je m'ennuie...."
" et si tu écrivais à Mamie....?"
Je me suis réveillé en entendant ce bruit, en voyant ces images. Déjà l'image est presque effacée. Il ne me reste plus a l'oreille que le doux son de la voix de ma mère. La tête un peu penchée, le sourire bienveillant et ce je-ne-sais-quoi de douceur particulière qu'on a pour un enfant. Je cherche le papier, le crayon. C'est un peu difficile car la maison est en désordre. Je sors la page avec des rayures qui guidera mes lignes au travers de la page blanche.je l'introduis en dessous de la première page. Je suis gaucher. Je n'écris pas très bien. Il faudra des pages de brouillon jetées avant d'arriver à la lettre qui partira quand même avec quelques ratures.
" Ma chère mamie, je t'embrasse bien fort et j'espère que tu es en bonne santé...". Chère maman, c'est toujours à ta belle-mère que tu nous faisais écrire en premier.... Grâce des femmes qui pensent d'abord au bonheur des autres.
Et déjà ma plume s'arrête. "Et puis....". "Raconte-lui ta vie, ton école, tes amis, tes jeux...." Mais quand on est un petit garçon un peu gauche et timide sa propre vie semble bien creuse. L'école est sans intérêt dans les petites classes. Tout est facile. On n'apprend pas grand chose. Il n'est pas nécessaire de travailler pour être pas trop mauvais élève. Et puis il y a cette écriture faite pour les droitiers et le gaucher maladroit que je suis à les mains pleines d'encre de ces pleins et déliés que sa main touche toujours quand l'encre n'est pas encore sèche. Et le petit garçon un peu balourd n'est pas très à l'aise dans les jeux de la cour. Il lui faudra un peu plus de temps que les autres à trouver sa place. A la maison. C'est plus facile. On est assez nombreux pour être toujours le partenaire d'un jeu. On se chamaille. On se réconcilie.
" Tu rêves ?" La voix de maman me rappelle à ma copie. Tout le reste du texte tient sur la première partie d'une première page.
" C'est assez ? " je l'ignore encore mais peu importent les mots et la longueur du texte. Si tout est rassemblé pour l'envoi : l'enveloppe, le timbre, la boîte postale....( car il arrive parfois que la lettre demeure un certain temps à l'état de projet d'envoi) alors au cœur de sa maison une Mamie aura un peu de bonheur et répondra de sa belle écriture.
En ce matin de printemps sans mistral où tout semble en paix, je pense à vous, les femmes de ma famille. Bientôt ce sera la fête des mères. Je préfèrerais que ce soit la fête des femmes car j'aimerais mille fois plus qu'on vous honore toutes. Vous êtes tellement plus que votre seule maternité.
Je ne crois pas un seul instant à l'égalité des êtres. J'aime à savoir que tous sont différents. J'aime que les femmes semblent un peu fragiles et que les hommes soient faits pour les défendre, les protéger, les servir et les aimer. J'aime qu'elles soient douces et qu'elles portent au tréfonds de leur cœur cet art d'aimer, de donner, d'enseigner. Dans quelques jours ce sera la fête des mères. Je pense à vous que j'ai connu : maman, mémé, mamie, mère. Je pense à toi aussi Ma mie, à mes filles chéries, à mes petites filles, à mes sœurs, à toutes les femmes que je connais. Vous êtes nombreuses et si parées de qualités qu'il faut sans cesse choisir la manière de vous aimer.
Vous n'irez dans aucun Panthéon mais dans ces temples que sont ma mémoire et mon cœur, vous aurez toute votre place.
Et dans ce monde où tout devient gris, où l'on tente même de confondre les sexes en un brouet insipide, j'aime à vous savoir toutes différentes.
Je vais maintenant m'attacher à des tâches d'hommes : la maison, le jardin, les brouettes qu'on déplace et les charges qu'on transporte. Elles seront difficiles car le corps de l'homme, l'âge aidant, se charge de douleurs nouvelles. Mes mains sont rugueuses et fortes et permettent encore de bien tenir l'outil. Ce travail, mesdames, je vous l'offre, à vous toutes qui me lisez...ou pas, au travers du monde...ou plutôt de mon petit monde. Vivantes ou absentes vous demeurerez avec moi tout au long de ces heures.
Je vous embrasse.
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