25 août 2015
Montagne
C'est l'heure délicieuse du matin où la maison en vacances se réveille doucement. Cette maison nous a plu, comme ça, sans réflexion, tout de suite. Au milieu d'un plateau entourée de montagnes elle est posée au bord d'un chemin qui permettait le commerce entre la France et l'Italie. Le long de ce chemin quelques grosses fermes parsemées comme elle, donnent une impression de tranquille opulence paysanne toujours un peu cachée. On dit qu'avant d'être une ferme ce fut un relais de poste dans lequel colporteurs, marchands et voyageurs de commerce s'arrêtaient pour se reposer et renouveler leurs attelages.
Au cours de siècles les murs, les arbres, les objets se sont organisés et l'homme a trouvé sa place. Il suffit de chercher à mettre ses pas dans les siens pour se sentir bien. Les derniers habitants, famille de voyageurs, lui ont donné la touche finale. Aucun d'entre nous ne connaît la région et nous sommes rassemblés pour passer une dernière semaine en famille avant de retrouver nos routes. Seul manque le dernier, loin, en Afrique, qui construit une usine et nous racontera à son tour sa découverte d'un autre univers.
Le soleil nous a accueilli samedi mais, dès le lundi, une journée d'averses nous a obligé à trouver des stratégies alternatives aux jeux d'extérieur et aux longues marches. Jeux de société, d'enfants et d'adultes pour terminer et on se couche joyeux après de bons éclats de rire.
La maison nous va bien. Je ne me suis pas levé trop tôt car le vieil escalier de bois où les plus grands se cognent la tête grince à chaque marche. Le descendre sans réveiller les deux petites princesses et le petit chevalier est impossible sauf au plus fort de la nuit, quand le sommeil est encore si fort que rien ne peut le briser. Une cuisine minuscule, un grand séjour que domine un salon permet de vivre deux vies, d'activité ou de recul, à la fois, comme en cet instant.
Les derniers prennent encore le petit déjeuners, certains se préparent et votre serviteur depuis le salon qui domine le séjour et permet de l'observer au travers, d'une paroi de verre, écoute en silence la vie de la maison et tente de la décrire.
Les gens qui ont vécu là ont connu une vie riche. Des albums photos la racontent où on les voit dans les moments qu'ils ont eu cœur à conserver, naissances, enfances, baptêmes, mariage, études, vacances . On les voit en voyage, en montagne, en bateau. Il semble qu'il aient même fait un bout de tour du monde.
Beaucoup de livres aussi et ce mélange de charme et peut être un peu d'inconfort qu'on trouve dans les maisons que j'aime. Les portes qui ferment mal, les murs pas très droits, les pièces chacune différentes et ce côté imparfait qui permet à celui qui rêve de se dire :"Si c'était à moi, j'arrangerai ainsi cette pièce, je reprendrai telle autre..." Comme si la maison était devenu pour un moment la sienne.
Ici, les réseaux passent mal et obligent chacun à sortir de ces nouveaux liens invisibles qui nous relient mais sans lien charnel au reste du monde. Aussi je ne sais pas si j'écrirai beaucoup mais je sais que j'oublierai le monde et ses contraintes.
Mais déjà il fait que je termine. Une randonnée se prépare avec le soleil revenu et je dois prendre ma modeste place dans les préparatifs.
Alors je te laisse mon ami. Bonne journée, bonne semaine peut-être.
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