26 septembre 2015
Harkis
Il y a peu de monde au monument aux morts ce matin du 25 septembre. C'est la première fois que je viens à cette cérémonie. On honore les harkis. Il a fallu plus de quarante ans pour qu'on leur attribue cette journée. Des années de honte et d'hypocrisie.
Petite cérémonie très digne pour notre petite ville. Parmi les anciens combattants un seul peut être vient de ce pays. Quelques uns seulement y ont servi car l'histoire passe trop vite. Mais déjà cette guerre est loin.
J'étais enfant lorsque ce passa le drame de l'Algérie. Il me reste les souvenirs de la méfiance qui régnait en région parisienne dans la crainte des attentats et des contrôles de police. Il me reste aussi le souvenir de cet ami de mon père, un de ses amis de résistance,comme lui ancien militaire qu'on revit chez nous bien plus tard, après un long séjour en prison parce qu'il avait poussé trop loin le sens de la parole donnée.
Harkis : Ce peuple abandonné fait partie des pages noires de notre histoire. Quant un pays oublie sa parole et son honneur. Mon père me racontait son départ à la guerre. Jeune officier il avait été affecté dans un RANA, un régiment d'artillerie nord-africaine, une unité hippomobile où des attelages de chevaux tiraient les canons. Il me racontait ces cavaliers venus d'Algérie, étonnants d'adresse et durs à la tâche. Ils furent les premiers hommes qu'il vit mourir pour son pays. Puis je connus par ma femme et sa famille le quotidien des pieds noirs dont près de cinquante d'histoire déformée ont tellement terni l'image. J'appris ainsi à connaître les liens qui unissaient entre eux ces peuples que des politiciens avides de pouvoir voulurent à tout point opposer.
Je ne connais pas l'Algérie. On dit que c'est un beau pays. Mais j'ai appris à connaître son histoire. J'ai aimé cette période. J'ai dévoré les ouvrages qui la racontaient. J'ai rencontré de nombreux acteurs de ces pages d'histoire rejetée : beaucoup d'anciens militaires, ce chef algérien prestigieux retiré en Camargue, cet officier écrivain aux yeux clairs, ce prêtre d'Alger qui fournissait dans les Alpes un asile aux enfants de ces harkis....et tous ceux plus modestes dont l'histoire s'arrêtait à la vie quotidienne. Sur les bancs de mon école préparatoire se côtoyaient les enfants de ces acteurs. Certains de leurs parents avaient choisi le camp des vainqueurs, d'autres celui des perdants. Ce fut l'occasion de nombreux débats sur le sens de l'honneur, la notion de patrie, le sens de l'histoire.
Un discours du préfet parle d'intégration, de volonté de reconnaissance, près de 60 ans après cette guerre. Pas un mot de regret, pas une demande de pardon, juste la volonté de récupérer des voix à quelques jours des élections.
Mais tous ceux qui sont là, dignes et respectueux, partagent avec moi un peu de cette histoire. On honore le drapeau, les morts. Le maire salue avec respect chacun des anciens combattants. Je suis content d'être là.
Ce matin l'automne annonce la couleur. Il fait plus frais. Le jour se lève plus tard. On a déjà oublié les grosses chaleurs de cet été. On prépare les maisons à l'hiver. Hier soir, en allant dîner on a croisé deux charmants petits chevreuils. J'aurais aimé les montrer à nos petites princesses et au petit chevalier.
Merci ami lecteur d'avoir partagé avec moi, ces souvenirs un peu confus, souvent émus. Je te souhaite une bonne journée.
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