21 avril 2016
La Prière
Il est étrange ce moment d'apparente solitude et de retrait du monde. L'homme est seul, assis et silencieux. Parfois il prend un livre, en lit quelques passages et semble d'un seul coup se repaître du silence du matin et du jour qui commence à se lever. D'autres fois on le surprend à chercher sur sa tablette un texte, un site, une idée et de la même manière s'abandonner dans le silence.
C'est un moment d'abandon où pourtant la distraction à sa place. L'esprit a toujours eu du mal à se soumettre à une seule idée, à un seul axe de pensée. Sans cesse, il faut se reprendre.
"Tu dois, se dit alors l'homme, te concentrer sur ces trois seuls mouvements : louer, remercier, demander."
Louer, c'est difficile. Il faut se pénétrer de la dimension qu'on arrive pas à saisir, dire à Dieu qu'Il est grand sans pouvoir imaginer sa taille, qu'Il est fort sans savoir ressentir cette force, qu'Il est bon sans comprendre souvent comment cette bonté s'exerce.
Remercier est plus facile. Il y a mille façon de sentir, non pas Le Bien mais tous ses petits messages, tous ses clins d'œils : Un dimanche de fête autour de la communion d'un enfant. Une famille qui se remet tout doucement en place après la perte d'un père, d'un des deux piliers qui la fondèrent. La porte d'un confessionnal qui s'ouvre juste au moment où c'était nécessaire. Le travail qui prend ce temps qu'on aurait pu perdre. Le temps qui s'organise. Le long coup de fil d'un ami éloigné. Le pardon. Le quotidien. Les allers-retours d'une famille de merles autour du mur que l'on répare.
Demander c'est plus facile. Il y a d'abord tous ceux qu'on aime, de près ou de loin, et qui mènent leur farandole joyeuse dans l'esprit qui s'éveille. Il y a aussi ceux qui souffrent. Ce matin, l'image d'un petit bébé, entre-deux, en vie mais qui plonge sa famille dans une attente cruelle et difficile, un petit corps et une petite âme qu'il va falloir connaitre et aimer très vite. On ne dira jamais assez les grâces qui proviennent de ces petits et l'homme qui vous en parle le sait, lui qui possède au Ciel, une de ces petites âmes, une petite Camille, filleule enlevée trop tôt, dont il ressent souvent les grâces envoyées. Aujourd'hui c'est une autre petite fille, une petite Zélie, qui vit ainsi sa vie, précipitant grâces et sacrements dans une douloureuse attente. Demander le pouvoir d'accepter, sinon de comprendre. Demander la force pour ceux qui sont au cœur de ce mystère. Demander aussi plus simplement de combler les besoins du jour, le pain quotidien et la force de rendre son temps le moins inefficace possible.
Ainsi posé dans ce temps que, pour certains il peut sembler perdre, l'homme s'en remet à une dimension tellement supérieure qu'il est trop dur de la comprendre. Cent fois il faut reprendre l'esprit qui s'égare, l'imagination qui s'affole et la ramener à son sujet. Parce qu'autour de ces belles pensées beaucoup d'images s'agitent qui tient et qui souvent parviennent à mettre un peu de confusion dans la tête.
Et toi, ami qui me lit, si tu es touché par ce même besoin de se retirer un instant d'un monde pour plonger dans un autre, tu comprendras ce texte. Et si tu ne connais pas cette grâce, je t'invite un matin à tenter, comme un exercice, de te retirer un instant, de prendre un peu de temps autour de ces trois verbes : louer, remercie, demander.
Tu comprendras alors peut-être, plus qu'aucune phrase maladroite ne saurait le dire, ce trésor partagé.
Je pars avancer un peu mon ouvrage et je te souhaite une très bonne journée.
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