1 juin 2016
Anniversaire de mariage.
Il est midi et demi. Un samedi de printemps en Provence. Le ciel est clément. Il paraît pourtant que dimanche il y aura des orages. Devant la belle maison rénovée avec goût, un jardin dégagé, une grande pelouse, des massifs de fleurs entretenus avec soin font exploser leurs couleurs. Les propriétaires avec discrétion et gentillesse ont prêté ce bel endroit pour la fête.
La maison, sa terrasse et sa treille, et de l'autre côté d'une grande cour gravillonnée. Deux tentes sont dressées sur la grande pelouse. On est invité à déjeuner pour fêter soixante ans de mariage de deux amis.
Sur chaque buffet une photo de ce mariage. Lui est un jeune officier, elle une toute jeune fille. Ils sont beaux tous les deux. De cette beauté que le bonheur de ce jour particulier illumine. Une voûte d'acier est dressée au dessus de leurs têtes. C'était un temps de paix mais depuis peu de temps. Il y avait encore des morts dans nos terres lointaines. Choisir alors d'être militaire (ou d'en épouser un) un était , et d'ailleurs est encore, un bel engagement.
Ils sont encore beaux aujourd'hui de cette beauté sereine d'avoir bien vieilli ensemble, simplement, sans fard, naturellement.
Et le temps est passé. Le temps, les enfants, les petits-enfants, peut-être même les arrières-petits-enfants. Et ils sont là, tous deux, émus d'une émotion pleine de tendresse. J'ignore ce qui peut se passer dans leurs têtes. Une belle carrière, des affectations prestigieuses. Le choix un peu particulier de la Légion Étrangère : une autre famille qui se greffe à la première, une rencontre avec des hommes courageux aux destins souvent insolites ou étranges. Une vie de militaire, de garnisons lointaines, d'inquiétude souvent et de déménagements fréquents.
Autour d'eux aujourd'hui c'est le temps des amis. Le temps de la famille viendra un peu plus tard dans un autre endroit plus propice à recevoir une famille nombreuse. Et les amis sont là.
Il est des atmosphères un peu particulières. Vous connaissez certaines des personnes présentes ; pas toutes mais le fait même d'être ensemble ce jour-là vous donne l'impression de les connaitre tous, depuis toujours, comme ces cousins, oncles ou tantes que l'on retrouve dans les fêtes de famille et dont on sait juste le nom et l'existence. Il y a dans ces assemblées une certaine complicité, une connivence qui crée ainsi le lien.
L'apéritif permet d'attendre un peu quelques retardataires. Et puis le curé de l'endroit est là qui bénit cette table. Quelques rapides discours, des remerciements et quelques rappels de l'histoire d'une vie. On se souvient de quelques absents, certains juste ce jour, d'autres pour plus longtemps jusqu'en ce moment lointain où beaucoup ici partagent la croyance de se retrouver en un autre temps, en un autre endroit.
Et le temps passe, agréable. On s'aperçoit qu'il est tard et qu'on devrait rentrer. Mais on se souvient qu'on a promis d'aider à démonter les tentes. Et là encore, dans un joyeux brouhaha qui cache une organisation parfaite, les convives sont devenus les acteurs de ce rangement. Finalement, on restera pour diner. On se quittera plus tard. Un petit cercle est là pour ces dernières minutes. Du temps volé au temps.
Et finalement on retourne chez soi avec l'espoir bien ancré en soi d'avoir un jour la joie de partager soi même dans encore assez longtemps une telle journée.
Merci chers amis d'avoir partagé avec nous ce doux moment.
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