Provence et froid
La Provence n'aime pas le froid. Les provençaux le craignent. Alors quand il s'installe il le fait durement, presque avec violence. La température baisse doucement et le mistral vient s'ajouter pour écraser toute velléité de resistance.
Comme il n'est pas aimé, messire froid veut d'imposer à toute force, sans ménagement, avant d'être chassé.
Hommes et femmes se terrent dans leurs maisons trop mal chauffées, plus faites pour la chaleur, l'ombre, la sieste.
Dans mon village le froid a frappé par deux fois en quelques jours. Une maison qui brûle à cause d'un feu de cheminée. Un homme qui trouve la mort, le soir de réveillon, dans un cabanon isolé. Même ici la vie n'est pas que douceur et connaît ses drames.
Mais le mistral, pour dominer nos terres, dégage de magnifiques ciels bleus et chasse les nuages.Lorsqu'il se retire il suffit de quelques rayons de soleil pour redonner vie aux terres et c'est déjà presque le printemps.
On le sait bien qu'il est nécessaire, ce froid qui règle les cultures et évite qu'elles ne s'emballent pour être trop fragiles aux dernières gelées ou aux orages de grêle.
Il n'en reste pas moins vrai qu'on le craint.
Et l'homme qui te dit ça, ami lecteur, est recroquevillé dans un canapé du salon, face à la cheminée éteinte et froide qu'il allumera seulement après le déjeuner.
Pour lutter contre ce froid du matin il lui reste l'effort, le travail à l'atelier ou au jardin. Il faudra bouger, beaucoup et vite, accepter les morsures du froid sur les mains, penser avec douceur au plaisir du feu, au bois qu'on a rentré hier, à la courte sieste devant la cheminée.
Car chez nous, il faut le confesser, c'est un pays où on hiberne encore. La lourde chaleur d'été, le rude froid d'hiver, deux occasions pour se retirer de la vie et rester à l'intérieur. C'est peut-être de là que vient cette réputation abusive d'une certaine forme de nonchalance.
Assez parlé. Il faut se mettre en route. Mais brrrr! Le vent fait trembler les branches dénudées du mûrier de Chine. J'en frémis à l'avance.
Alors bon courage aussi à toi qui me lit et qui sous d'autres cieux, plus cléments ou plus redoutables se doit aussi à son labeur.
Bonne journée.