Alcools...
Amis réunionnais dont j’ai oublié même les noms...
Allez savoir pourquoi j’ai pensé à vous tout à l’heure...
Vous étiez une quinzaine. Vous veniez de cette belle île de la Réunion.
Vous étiez arrivé au plus profond de l’hiver dans ce régiment de chasseurs alpins, à Briançon.
Il faisait un froid de gueux.
Vous aviez quitté votre belle île; celle que je viens de découvrir que j’ai donc récemment appris à aimer.
C’était chez vous le plein été. C’était chez nous le grand hiver.
Vous veniez d’une île au dessus de trente degrés. Vous arriviez dans un hiver à moins 15 degrés.
Il était perceptible que vous n’aviez pas le moral et nombre d’entre vous étaient tombés malades. Ceux qui ne l’étaient pas étaient proche du désespoir.
Mais il restait chez vous un fond de joie et d’espérance et une solide constitution qui vous avaient permis de tenir.
Je me posais la question du pourquoi quand l’un d’entre vous me fit goûter à ce rhum solide que vous aviez apporté avec vous pour affronter l’épreuve.
J’ai alors découvert le rhum, remarquable pour soigner les coups de moral. Et votre courage aussi. Votre capacité à affronter la montagne.
Qui aurait pu dire que, si longtemps après, je ferai à mon tour cette même expérience. Partir de l’été pour affronter l’hiver. Perdre en une nuit d’avion près de 30 degrés. Attraper un de ces coups de froid, grippe peut-être, et depuis quelques jours se traîner en tremblant d’une pièce à l’autre de la maison. Grelottant, migraineux, nauséeux...
J’ai donc utilisé mes remèdes habituels pour combattre ce genre de fléau : J’ai commencé par aller marcher dans les rues de mon village. J’ai aspiré ces odeurs aimées malgré un mistral à 100 km à l’l’heure. J’ai fait le tour des pierres et des chemins que j’aime. Je suis allé renifler les odeurs de mon jardin potager où il ne se passe pas grand chose pour l’instant. Ça n’a pas suffit.
Alors je me suis souvenu de votre expérience et du rhum. Mais je ne voulais pas ouvrir si tôt les bouteilles rapportés de notre séjour récent.
Je suis allé fouiller au fond de mon armoire magique, celle de mon cellier, qui contient mes alcools divers et variés. J’y ai trouvé un rhum ...cubain, laissé là par un de mes fils.
Je me suis dit que vous ne m’en voudriez pas d’essayer, venu d’ailleurs, un produit que vous m’aviez appris à connaître.
Un grand verre plus tard je retrouvai en moi une certaine forme d’entrain. Je dis « une certaine forme » car tout n’y était pas bien net. Les contours étaient ... un peu flous. Mais vite je sentis monter en moi une chaleur bienfaisante.
Un grand verre de rhum, une poignée de cacahuètes, une promenade sur les chemins de mon village, le souvenirs des temps passés, passer en revue les quinze derniers jours de vacances dans ce pays merveilleux, aller lire sur internet quelques passages écrits par ceux qu’on aime. Puis prendre un bon livre et écouter une belle musique face à un feu de bois qui crépite dans la cheminée.Y a t-il meilleure médecine ? Je ne crois pas.
J’écrivais ces lignes hier soir, ami lecteur. Je les reprends ce matin. Un peu guéri ...et un peu moins euphorique.
A consommer avec modération ;-)
Bon dimanche. Je t’embrasse.
