Monsieur le président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps.
Monsieur le président,
J’ai bien reçu votre lettre. Je la lis et relis sans bien en comprendre le sens.
Vous aviez pourtant bien joué la première partie. Jeune et inexpérimenté vous avez réussi en quelques mois à vous emparer du pouvoir. Et pas n’importe quoi : une place de président, un conseil des ministres où pas un ne viendra vous faire de l’ombre tant ils vous doivent une place inespérée. Une chambre des députés remplie pour beaucoup par des nouveaux venus, mais aussi par quelques vieux retors habiles en changement de partis.
La cinquième république est telle que vous n’avez aucune opposition. Depuis trente ans l’extrême droite est muselée et, depuis les dernières élections, c’est la « droite traditionnelle » elle-même qui a du plomb dans l’aile. La gauche, qui depuis longtemps n’a plus de gauche que le nom, s’est en partie ralliée à vous, sauf une frange extrême que vous savez gérer depuis toujours en la comblant de petits avantages et de savants désistements derrière une apparente rébellion.
Vous avez donc vraiment TOUT le pouvoir.
Et là depuis dix semaines quelques uns se rebellent. Ils s’habillent de jaune et occupent les rond-point. Ils manifestent juste un grand sentiment d’impuissance et de difficulté à vivre leur quotidien. Je les plains. J’ai du mal à voir dans leur démarche les germes d’une solutions et je déplore ce temps perdu, ces destructions et ce désordre.
Vous avez, sans succès, mais pas sans dégâts, tenté la répression.
Et là, pour vous sortir d’affaire, vous ressortez un vieux machin...la consultation populaire.
La ficelle est un un peu grosse à l’heure où les instituts de sondages savent tout de chacun et sont capables de vous dire exactement ce que désirent vos compatriotes. Encore faut-il vouloir le faire et penser que c’est bon, possible et raisonnable.
A moins que ce ne soit pas du tout votre souhait. Sûr de votre stratégie et pensant qu’ils ne sont qu’un des «moyens » de votre politique et que leur bien être est , finalement, secondaire.
Chacun sait que vous sortirez ce que vous voulez de ce forum.
Vous avez choisi les questions. Il ne vous reste plus qu’à choisir les réponses.
Mais je m’inquiète cependant pour vous.
Vous avez le pouvoir. Vous avez chassé de votre entourage ceux qui s’opposaient à vous ou contestaient vos décisions : quelques ministres, le chef des armées... et pourtant vous ne semblez pas maîtriser ce mouvement. Vous avez d’abord joué la force et la répression. Sans succès...D’ailleurs ça ne marche jamais.
Vous jouez maintenant le dialogue mais qui peut vous croire ?
Notre peuple est léger et versatile et c’est pour cela aussi qu’il vous a élu. Vous n’êtes, pas plus que vos prédécesseurs, responsable d’une politique qui échappe à chacun et qui se fait ailleurs.... depuis que les hommes ont accepté que l’économie prime sur tout.
Il faut dire à leur décharge qu’aux dernières élections j’avais misé sur un homme qui me semblait honnête et qui se révéla de la même trempe que ses pairs. Sa duplicité fut votre tremplin. Ça peut hélas arriver à tous les niveaux de la politique.
Mais je pense toujours qu’un peuple vaut plus que la somme des valeurs morales que chacun de ses citoyens. Mais faut-il encore pour cela qu’existe une norme morale. Je crains qu’aujourd’hui nous ne soyons que la somme de nos errements.
Rassurez-vous, je suis presque sûr que si vous « remettiez votre titre en jeu » vous seriez réélu. C’est dire la pénurie en face de vous et le jeu bien organisé de la conservation du pouvoir. D’ailleurs un autre serait peut-être encore pire.
En attendant, pardonnez-moi de regarder la suite en simple spectateur.
Je vous souhaite bien du courage. J’espère juste que mon pays s’en sortira sans trop de nouvelles cicatrices.
Sentiments respectueux.
