22 mars 2020
La nuit....
Je me suis levé au milieu de la nuit. A l’heure où mes amis les moines se mettent en prière à tour de rôle dans leurs monastères pour qu’il y ait toujours sur la terre quelqu’un qui prie. Je me suis levé dans la paix et je suis sorti regarder les étoiles. Il y en avait peu. Le ciel doit être couvert. Il y avait en revanche une qualité de silence comme je crois que je n’en ai jamais « entendu » de pareil.
C’est dimanche, un dimanche sans messe. C’est assez rare pour le catholique pratiquant que je suis (désolé pour ceux que cela parfois agace....mais sur ce blog j’essaie de dire toujours la vérité ). Attention, j’ai dit « catholique pratiquant » je n’ai pas dit « saint ». Ceux qui me connaissent savent qu’il ne faut pas faire l’amalgame 😉.
J’aime ce silence. Mais dans ce monde qui se tait sous la contrainte imposée de mesures nécessaires, ce silence n’est pour l’instant qu’absence de bruit. Il n’a pas encore cette plénitude qui peut le transformer en silence fécond de sagesse, de réflexion, et de grâces.
Donc un dimanche sans messe, ou plutôt avec une messe « virtuelle » qui n’est qu’un succédané bien insuffisant.
C’est un peu personnel ce qui suit mais j’ai été, pour un certain nombre de raisons, privé de messe pendant plusieurs années. Et lorsque dans ma famille c’est redevenu une habitude hebdomadaire ma vie a pris un autre rythme et j’en ai ressenti un grand bien.
Cette crise que nous vivons nous prive de nombreuses choses : le contact de ceux que nous aimons (et nous découvrons que le contact avec ceux que nous n’aimons pas nous est, aussi, nécessaire). Nous sommes en quelque sorte en vacances chez nous mais nous vivons cela comme une privation de liberté.
La notion de temps nous échappe. Plus rien ne semble urgent et je traîne à faire les quelques choses que je pourrais faire... comme si rien n’avait plus d’importance.
Nous attendons inquiets chaque jour les chiffres d’avancée d’une maladie capable de retirer les hommes de la face de la terre, comme disparurent les mammouths ou lés dinosaures. Nous essayons de prier, d’atteindre nos proches par les ondes . Nos amis les livres sont là mais ils ont du mal à retenir notre attention.
Les sages réfléchissent. Les comploteurs complotent. Les charlatans présentent leurs solutions « miracle ». Chacun y va de sa blague, de son remède, de sa prière, de son admiration : Les caractères ne changent pas en temps de crise. Les hommes deviennent juste les caricatures d’eux mêmes. Il en est ainsi de ces blogueurs qui écrivent de plus en plus.😉
Je n’ai jamais de ma vie vécu un tel bouleversement. Que sera demain ? On peut l’imaginer difficile, à reconstruire un système à la place de celui ébranlé par ce cataclysme. Il faudra être courageux.
A l’autre bout du monde, on est touché aussi. Ainsi mes enfants d’Auckland ont reçu chez eux des français qui ne pouvaient rentrer chez eux et mon fils en Australie voit les plages qui se ferment pour éviter cette promiscuité coupable de la transmission.
Ce que toutes les armes les plus cyniques inventées par les hommes n’ont pas réussi à faire, un virus microscopique y est parvenu en quelques mois.
Aujourd’hui dimanche je vais essayer de réduire mon temps sur ma tablette.
Alors, ami lecteur, sache que je pense à toi aussi, que je prie pour toi aussi et pour tous ces malades et ceux qui se dévouent pour nous, connus ou inconnus.
D’ordinaire le dimanche est une sorte de pause en ces périodes de carême. Je vais essayer de lui conserver son caractère joyeux. Il est peut-être temps de dire « je t’aime» à ce monde que nous avons tant critiqué et de nous réconcilier avec lui avant qu’il ne disparaisse.
Je t’embrasse du fond de mon exil.
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