1 novembre 2020
Toussaint
L’un des avantages de se lever bien avant l’aube est que, dans le village silencieux, tout est fait pour l’apaisement et la sérénité. Pourtant dehors est bien menaçant ces derniers jours : notre pays en proie au terrorisme et à la peur qui l’accompagne et à cette maladie qui se développe à grande vitesse, qui a affaibli nombre d’entre nous et qui menace la vie même de certains de nos amis.
Hier, Halloween (une fête de l’ombre et de la tristesse qui n’a rien à faire chez nous) n’a eu pratiquement aucun écho dans les rues du village.
Aujourd’hui c’est la Toussaint. Enfant, je n’y voyais qu’un rappel triste de la mort, aujourd’hui c’est la proximité de ces saints que je ressens bien davantage.
Nos cimetières familiaux sont loin et nous leur sommes très peu fidèles mais j’aime à voir les cimetières de notre village se parer de jolies fleurs. Ce sont parmi les plus beaux endroits du village, plantés de beaux arbres et aux tombes plutôt modestes et sans trop d’ostentation. Le coin que j’y préfère est le « carré des indigents » où les tombes souvent délaissées semblent avoir poussé au milieu des herbes folles dans un désordre bien émouvant.
En avançant dans la vie, la mort s’impose par sa présence, elle devient quelqu’un qu’on croise de plus en plus souvent et la notion même de sainteté devient moins solennelle et beaucoup plus présente. Au cours des ans j’en ai vu partir beaucoup de ces gens humbles et inconnus dont les vies, sans être exemplaires mais émaillées de petites joies et de grandes peines, semblaient être des chemins tout tracé vers le Ciel. D’abord il y a les enfants : je sais y avoir ma dernière petite sœur morte avant même d’être née, puis une petite filleule partie en quelques mois dont je sens souvent la présence bienveillante. D’autres plus nombreux sont là sans que j’ose les nommer pour ne pas nuire à leur humilité. Ce sont ceux que j’appelle mes santons, les petits saints de Provence ou d’ailleurs.
Cette douce présence est pour moi, une source de bonheur en ces temps bien troublés. C’est aussi un moment où je fais défiler dans ma tête tous les vivants que j’aime qui sont au fil des ans de plus en plus nombreux et j’invite alors les saints du Ciel, connus mais surtout les inconnus (beaucoup plus nombreux j’espère) à les prendre sous leur protection et, pour ceux que j’ai aimé et dont j’ignore la place, je prie pour qu’ils arrivent au Ciel très rapidement.
Hier, malgré ce déconfinement, c’était jour de marché dans le village, un marché réduit mais qui gardait quand même ses belles couleurs sous un soleil radieux. Aujourd’hui nous aurons une messe qui risque de précéder plusieurs semaines de privations.
Il y a beaucoup d’incohérences dans la façon dont nos gouvernants gèrent cette crise mais il est certain qu’on n’ y trouve aucune bienveillance pour notre religion. Ce qui est certain c’est que l’intérêt des plus puissants lobbies y semble mieux servi que les plus humbles.
Mais aujourd’hui, je veux me réjouir que nous soyons personnellement « sortis » de cette maladie bien fatigante et je veux à la fois profiter de cette fête pour demander la guérison de nos amis malades et la paix dans notre pays affaibli. Après comme tous les jours de fête, il ne reste qu’à se laisser porter par les mille petits signes de bonheur du quotidien....et c’est tant mieux.
Et toi qui le lit derrière ton écran, tu imagines bien comme tu es présent dans cet aujourd’hui qui va commencer dans quelques heures.
Je t’embrasse.
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