13 juillet 2021
Enfance…
Il y avait deux pièces au fond d’uncouloir. Deux pièces dans lesquelles on ne fit jamais rien. Je rêvais de les avoir à moi, d’y aménager ma chambre, une de ces chambres de rêve qu’on imagine lorsqu’on est adolescent. J’ai passé mon enfance dans des maisons de location où on ne faisait pas de travaux. Je crevais d’envie d’en faire et c’est pour ça que j’ai tout de suite rêvé de posséder « ma » maison. Je ne savais pas comment elle serait. Je n’avais aucune idée précise d’elle. Je savais simplement qu’elle serait la mienne et que je l’aimerais.
Il ne nous fallu pas longtemps pour dénicher celle que nous habitons encore aujourd’hui. Il fallait juste ….qu’elle ne soit pas chère du tout.
Ce fut le cas. La maman d’une amie nous la trouva où plus exactement la sœur de cette maman. Nous lui gardons une tendre reconnaissance.
C’était une petite maison. Tout était à refaire. Nous n’avions guère d’argent. Il suffisait juste d’y mettre tout notre amour et toute notre peine.
Petite maison de village avec deux cours minuscules. Nous y vécûmes dans l’inconfort et dans le froid. Puis peu à peu nous y bâtîmes un nid.
Nous espérions l’achat du terrain vague voisin. Un jour il fut le nôtre et il changea de statut et il devint notre jardin…..Le « jardindacoté »
Au dessus de ce jardin, une terrasse nous surplombait, menace permanent d’un voisin indiscret ou indélicat…ce ne fut jamais le cas mais un jour cette « maison-menace » devint « maison-rêve » puis « maison-possible » puis NOTRE maison.
Il fallu changer les toits, briser des années de mauvaises restaurations. Et maintenant nous sommes en train de faire de ces deux maisons et de ce jardin un petit hameau au cœur du village, un espace clos et chaud, planté de rares arbres et cerné de grands murs.
Ce nid, puisque c’est de cela qu’il s’agit, s’anime dès qu’un être aimé passe sa porte.
Pour transformer ce « nid » en quelque chose d’un peu plus « nous », nous sommes en train de le percer de portes, d’ouvrir chaque espace sur un autre pour y faire circuler ce qui compose l’essence même de ceux qui l’habitent et de ceux qui l’habiteront….même quelques heures.
Chaque pierre, chaque mètre carré est un petit peu de nos rêves.
C’est pour cela qu’à l’heure où je vous écris ceci, les pièces où nous vivons d’ordinaire nous sont interdites par des travaux. Ce petit mot, je l’écrit sur une table de cuisine, un verre de whisky à la main pendant que notre petit chat fait des allers-retours entre moi et la chambre. Comme pour me dire : « mais qu’attends-tu ? Rejoins-la, ELLE dort peut-être déjà. » Cet éloignement l’agace visiblement.
Mais je viens une fois de plus de faire le tour des premières « ouvertures » et j’imagine les scènes qui s’y vivront. Curieusement, pour faire partie de ces scènes, il suffit juste de dépasser le temps. Vivants et morts s’y côtoient et d’autres qui ne sont pas encore nés. Tous ceux que j’aime s’y mêlent dans une joyeuse pagaille.
Qui sait ? Tu y es peut-être ami lecteur puisque pour être là il suffit d’être bienveillant.
Cette maison, toute de guingois, est un peu à l’image de ma vie. Rien n’y est droit, tout est de travers, mais mes anges gardiens font que tout cela fonctionne.
Parmi ces anges gardiens deux me regardent avec tendresse en ce moment : une petite filleule toute douce qui effleura à peine le monde et une grande sœur qui s’usat les ailes dans une vie trop difficiles. Elles étaient toutes les deux nées un 12 juillet. Et c’est les yeux humides que j’écris ces quelques lignes. Humides d’émotion plus que de peine.
Il m’arrive tellement souvent de m’inquiéter quand il faudra rendre des comptes de tous les bonheurs qu’on reçoit. Je crois heureusement beaucoup en la bonté de mon juge.
C’est l’heure. Je vais me coucher. Je les sens toutes les deux bienveillantes chacune à sa manière par dessus mon épaule.
Ce soir nous n’avons pas pris le temps d’une prière, alors que ce billet la remplace et que ces ombres bienfaisantes protègent tous ceux pour qui d’ordinaire nous prions.
Bonne nuit, mon ami. Je t’embrasse.
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