20 août 2021
« Il faut absolument parler aux hommes. »
Je viens de trouver (peut-être de retrouver) cette phrase de Saint-Exupéry au détour d’une publication relayée par une amie.
Hier matin mourait un de ces hommes qui ont passé une grande partie de leur vie à parler aux hommes à tenter de faire survivre une civilisation qu’ils aimaient.
« Une grande partie de leur vie » car il avait commencé par combattre sur de vrais champs de bataille, par supporter l’enfer des camps de concentration, par aller se battre dans des pays lointains pour quitter assez tôt l’armée pour un combat qui lui semblait bien plus important : étudier et former. Avec quelques amis apprendre avec patience, explorer les trésors de notre civilisation, pour relayer et mettre en garde contre les risques qui la menaçait.
Cet homme était le père d’amis mais très vite, lui et son épouse devinrent pour nous des amis à part entière et nous accordèrent quelques agréables morceaux d’intimité.
Lorsqu’on démarre dans la vie, souvent loin de ses parents, il est bon de trouver quelques solides points d’appuis pour se fabriquer, construire sa famille et essayer à son tour de transmettre.
Cet homme avait presque cent ans. Il est mort d’une maladie nouvelle et moderne qui pourrit notre monde et rend les hommes fous.
Cet homme est mort et je suis triste. Triste pour sa femme et toute sa famille à qui il va manquer. Certainement pas pour lui qui part pour une destination à laquelle il s’était préparé depuis longtemps.
Il part pour l’Endroit où sont les réponses à toutes les questions qu’on se pose et où l’inquiétude même disparaît.
Il sera enterré dans la petite église d’un délicieux village de crèche où un prêtre qui le connaissait bien l’accompagnera suivant un rite qu’il aima et qu’il contribua à maintenir vivant.
Il partira d’un monde qui ne l’a certainement pas assez écouté et qui a certainement eu tort, qui ne l’a pas assez remercié et qui a certainement eu raison car il ne recherchait pas la gloire.
Ce matin, avec quelques neveux courageux nous désherbions une parcelle d’un terrain. Fatigue physique peut-être inutile mais certainement nécessaire à s’élever un peu en esprit.
La famille, le travail des mains, le sens des choses et la foi dans un Créateur nécessaire pour tout cela. C’était un peu un hommage, à ma modeste manière.
J’écris ceci dans une maison en vacances remplie d’une famille nombreuse, dans une Provence encore très chaude, qui se remet d’incendies violents et qui renaîtra de ses cendres. Une atmosphère qui lui aurait certainement plu.
Et toi, ami lecteur, je te partage cet ami comme on partage un trésor.
Bonne fin de vacances !
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