11 janvier 2023
Cheval-Blanc
Je ne connaissais pas cette église, ni son étrange fresque murale du chœur qui semble inachevée. J’étais arrivé tôt car je savais qu’il y aurait beaucoup de monde et assis au fond, après une courte prière, je voyais arriver parfois tristes, souvent en bandes plus joyeuses, les membres de cette famille amie dont on allait enterrer, la maman ou la bonne-maman.
Lorsque l’on porte en terre une dame de près de cent ans, qui vit depuis un an et demi privé de son compagnon et qui s’attend à le retrouver, auprès de ceux qu’elle aime, dans un Endroit qu’elle aspire à connaître et qu’on appelle le Ciel, ce n’est pas vraiment triste.
Certes la séparation est toujours difficile mais un enterrement c’est aussi une grande « cousinade » à laquelle se joignent quelques amis. Le prêtre est aussi un ami qui donne à la cérémonie tout son éclat, entouré d’une kyrielle de petits enfants de chœur aux mini soutanes rouges ou noires et aux jolie surplis blancs.
Dans notre monde « nombriliste » où chacun s’intéresse énormément à soi, le destin de ces femmes que furent nos mères et nos grands-mères détonne souvent. Qu’on puisse silencieusement et dans l’ombre animer une famille et chercher son bonheur dans son accomplissement semble un anachronisme.
Pourtant, après la longue messe de funérailles et l’accompagnement au cimetière, la belle maison accroché aux flancs du Luberon accueillait bien une famille joyeuse.
Partout des enfants circulaient en bandes joyeuses et leurs parents, cousins retrouvés en cette occasion, étaient trop contents de chanter ensemble les chants de leur enfance.
Bien sûr que cette famille est un peu « hors-normes » et la personnalité de ces grands-parents maintenant enterrés y est pour beaucoup. Mais que c’était rassurant, dans cette grande maison aux murs plusieurs fois centenaires, de voir ces scènes de vies qui manquent beaucoup à notre monde.
Outre ces amis là, j’en retrouvais beaucoup d’autres tant ceux maintenant disparus eurent un grand rayonnement. Je partis assez rapidement mais loin dans le chemin j’entendais encore les bruits venus de cette maison.
Une génération s’en va, une autre vient qui s’installera à son tour dans cette belle bâtisse pour y écrire sa propre histoire. C’est aussi ça une civilisation : une tradition qui se construit au jour le jour par la présence discrète et permanente des mamans.
Reposez-bien en paix chère madame et que le Bon Dieu vous trouve vite une place auprès de lui.
Je voulais, ami lecteur, partager avec toi ce moment fort. L’hiver dernier a vu disparaître quelques rares survivants de cette génération de nos parents. Ils nous manquent mais maintenant que nous sommes « en première ligne » c’est à nous de passer le flambeau de ces traditions.
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