Le jardin d'à côté (3)
Rappelez-vous : on avait laissé notre petite famille sur l'annoce de cette mauvaise nouvelle de la préemption par la ville....
Inutile de vous dire que toute la famille était effondrée. L'anniversaire de la maman ressemblait un peu à la Bérézina : larmes, incompréhension, colère, envie de quitter pour toujours ce village. Puis rapidement, les rires et le besoin de consoler cette petite tribu transformèrent le temps qui restait en temps de fête "quand même".
Jacques promit qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver ce jardin de la convoitise de la mairie. Il se renseigna. Un ami avocat lui expliqua que les maires sont ce qu'ils sont mais qu'ils étaient généralement assez combatifs (comme tous les politiques : ils adorent les combats et n'engagent pas leurs propres moyens). Il lui expliqua qu'il était plus sage de chercher l'explication d'autant plus que cette préemption était parfaitement légale et que même un procès ne pourrait retarder les aménagement prévus (le jardin accessible par deux impasses devait relier ces deux impasses devenues rues autour d'une petite place où les autos pourraient se garer).
Il prit donc rendez-vous avec le maire qu'il connaissait à peine. Alors Jacques utilisa plus d'énergie qu'il n'en avait peut-être utiliser pour aucun projet. Il se renseigna, fabriqua un dossier riche de nombreuses photos de projets, de "pourquoi" et de "pourquoi pas" ...pour les projets du maire. Il expliqua que sa petite famille, une des rares à occuper le centre du village, serait obligé de partir (ainsi qu'une entreprise : son activité). Il expliqua que cette place sur laquelle personne n'avait d'accès pourrait devenir le refuge de tous les bandits de la terre et que de sombres trafics pourraient s'y dérouler. Fort de ce dossier, il prit contact avec le vendeur et les deux, de conserve, se rendirent à la mairie.
Le maire les reçut fort gentiment. Il sembla comprendre les arguments que lui exposait Jacques. Le vendeur se taisait. C'était un homme imposant mais plutôt taciturne. Ce n'est qu'à la fin qu'il dit ces quelques mots, avec un accent magnifique et une solennité qui faisaient penser à Raimu jouant du Pagnol. "Monsieur le maire, Ce que le monsieur vous a expliqué c'est important et c'est vrai. Ce qu'il ne vous a pas dit, c'est que cette préemption est pour moi une mauvaise affaire. Et je n'aimerais pas qu'il soit dit que de la faute d'un nouveau maire, le fils d'un ancien maire, fit une mauvaise affaire."
Le ton était magnifique. L'avertissement solennel et Jacques dut modestement reconnaître que c'est probablement ce qui emporta l'accord du maire. Il fallait encore affronter le conseil des adjoints et le conseil municipal. Ce fut facile tant la bienveillance de la seule autorité reconnue l'emportait.
Au conseil municipal, le maire fut ainsi obligé d'annuler une autre préemption, pour être équitable, au grand bonheur d'un autre habitant. Et, à l'opposition qui se manifestait pour l'occasion, il déclara :" On ne peut pas être d'accord avec tout le monde, Monsieur x..., mais il se trouve que j'ai la majorité."
Voilà comment Pagnol, les secrets de village, l'énergie d'un papa et les larmes d'une famille permirent la maison d' une petite famille de passer du statut de maison de village à celui de maison avec jardin.
Et pour continuer ce qui pourrait être en effet un petit feuilleton, je vous décrira plus tard ce qu'était ce jardin.
En attendant, je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire et je vous souhaite une très bonne journée.