Monsieur S et sa fleur (2)
(suite du petit texte du 16 mai)
La rose qu'il avait mis dans un coin de son jardin est devenue pour monsieur S une précieuse amie. Il lui parle tous les jours dans sa région maintenant désertée. Elle lui a redonné goût à la vie. Une étrange partage entre le culte de ceux qu'il a perdu et qui ont toujours leur place dans sa vie et l'envie d'exister sans trahir.
Ce rosier lui donne des fleurs admirables et monsieur S a fait savoir autour de lui qu'il possédait de belles roses, fruit de sa peine et de l'amour des siens. Chaque jour Monsieur S cueille quelques roses et va les déposer aux endroits où il sait la peine ou aux endroits dont il devine qu'ils hébergent des bonheurs si grands qu'il faut les honorer.
Ses fleurs, outre leur beauté, possédent l'étrange pouvoir de refaire naître le sourire ou parfois simplement le désir de ne pas mourir.
Monsieur S. dépose sa fleur et s'en va sans se faire connaître, en toute humilité. Peu à peu ses étranges apparitions de roses ont attiré l'attention. On s'est posé des questions. Chacun les a normalement attribuées à celui ou à celle qui, dans son entourage, aurait pu être l'auteur d'une pareille délicatesse.
On en a trouvé sur des fauteuils de malades, auprès de nouveaux-nés, dans des chambres d'hôpitaux. On en a même trouvé un jour à la Bourse de ce pays qui souffrait trop fort de cette "crise" dont chacun parle en oubliant qu'elle est le fruit amer des aveuglements collectifs.
Monsieur S. a fait des émules. Des boutures de ce rosier ont permis la repousse et la multiplication de ces gestes. Les jardins de sa ville et des villes alentours se sont remplis de fleurs, de beauté et d'odeurs délicieuses.
On en a trouvé sur des tombes auprès de ces grands qui firent l'honneur des hommes. Il paraît qu'en gascogne on en a même planté sur la tombe d'un nommé Cyrano de Bergerac.
Grâce à monsieur S. Le monde est devenu plus beau. Et Dieu qui voit ça de très haut regarde avec un sourire un monde qu'il a envie à nouveau d'aimer.
Petite histoire insomniaque avant la pause d'un doux week-end d'automne.