Blouse grise
Ce long moment autour de la Toussaint est maintenant terminé. Un long moment de paix, de pause, de calme. Un temps clément qui nous offre de longs moments de douceur. Et un peu de temps, surtout un peu de temps dans une période décidément trop occupée par le travail. Une famille qui se retrouve, l'envie d'être ensemble aux mêmes moments. Un mariage délicieux dans un cadre enchanteur nous entraîne quelques jours hors de la maison pour mieux y revenir et retrouver les siens assemblés, chacun attentif à l'histoire des autres. Notre blouse blanche en vacance de crèche, notre deuxième blouse blanche en vacance d'hôpital. Et notre blouse grise ! Il manquera notre famille d'expats de l'autres côté de l'océan...(heureusement il y a Internet, et Skype.. et on voit grandir deux petites fées sous le regard d'amour de leurs parents).
Il en avait rêvé de cette "blouse grise", de ces ateliers bruyants, de ces machines de conception, de ces fonderies, de ces étudiants rassemblés dans leur résidence, jouxtant l'école. Il en avait rêvé un an, puis deux, puis trois. Il se serait bien passé de la troisième année mais le sort en avait décidé autrement. Il avait donc repris ses livres. Il travailla encore plus (il pensait pourtant que c'était impossible) et... à l'aube, en plein été, le résultat était tombé. Il sût d'abord qu'il aurait cette école aux multiples établissements, puis il sût que par surcroît de bonheur, ce serait à l'endroit dont il avait rêvé. Douces vacances, trop courtes, mais tellement de bonheur cette fois à retrouver le chemin des salles de cours, des labos et des ateliers.
Il fallut dès le début faire connaissances avec d'étranges traditions qui sembleraient parfois stupides et sans intêrèt si elles n'étaient pas la face émergée de cette énorme amitié qui rassemble en ces endroits plusieurs générations. Dur creuset mais tellement d'humour en échange de quelques nuits trop courtes, quelques repas abrégés, quelques défilés étranges. Et puis cet univers, ces machines, ces fours, ces creusets, ces ordinateurs dont il rêvait et qui semblaient capables de toutes les réalisations de l'homme. L'accession à un univers, celui du travail vécu comme un bonheur, comme un possible. Des parents parfois inquiets d'entendre au téléphone une voix cassée par les chants hurlés en "troupeau". D'autres étranges coutumes qui garderont cette part de mystère aux non-initiés que nous serons toujours (et c'est tant mieux ! ). Des cheveux qui pousseront et une barbe aussi pour compléter une panoplie bien étrange...et cette blouse grise, ces étranges inscriptions.
On serait peut-être inquiet si on ne connaissait pas soi même ces étranges pratiques propres aux écoles et le rire et le souvenir lorsqu'on les évoque quelques années plus tard.
Notre blouse grise qui redécouvre après trois années de cet étrange privation de vie qui s'appelle "classes préparatoires"... qu'elles préparaient vraiment à quelque chose (ce dont il arrive parfois de douter). Un "quelque chose" qui est promesse d'une certaine forme d'intégration dans le monde du travail, de la science, de l'industrie, de l'objet...des "arts" et des "métiers".
C'est le benjamin de la fratrie et chacun tient à ce qu'il raconte à son tour son arrivée à lui dans SON monde, en tous cas celui de la dernière école. On écoute, on se souvient. Chacun ajoute ses propres souvenirs, ses propres expériences. On se plait à les entendre. On découvre et on redécouvre ces tables d'enfants devenus adultes qui savent souvent plus et qui savent souvent mieux que ceux qui les ont engendrés. On pourrait s'en choquer mais on a décidé une bonne fois pour toutes de s'en réjouir et de revivre à travers eux une partie de nos histoires et de construire celle encore longue qu'il nous reste à écrire.
Deux blouses blanches, une blouse grise, une petite maman qui a fait une pause dans sa vie de travail pour aller "aux amériques" et faire grandir deux petites fées. Deux parents attendris. Juste l'envie de l'écrire un matin encore doux où on nous promet pourtant de la pluie mais où le ciel encore bien étoilé semble crier que c'est mensonge.
Je vous souhaite une très bonne journée.