Et le soir...
...le corps est fatigué, l'esprit aussi. De quel droit le travail prend-il les plus belles heures du jour ? Les plus beaux jours de la vie ? Alors on rentre. On s'assied. On prend le temps de prendre le temps. On laisse les pensées trop sombres se déposer. On secoue la tête. On agite le beau, le bon, le doux.
Ils étaient deux. Un petit couple de merles. Monsieur Merle et Madame Merlette. Ils regardaient cet être étrange qui appuyait de tout son corps sur un outil bizarre et l'enfonçait en terre. Puis il relevait l'outil chargé de terre et d'herbe et recommençait. A chaque pelletée, c'était un trésor de vers et de larves qui se présentait à leurs yeux émerveillés. Ils en parlaient entre eux dans un langage que l'être ne comprenait pas encore (il faut un peu de temps et beaucoup d'amitié pour comprendre le langage des autres espèces animales). De temps en temps l'homme, car c'en était un, s'arrêtait de bêcher, se servait un grand verre d'eau, se donnait un peu de repos avant de reprendre. Pendant ce temps, les deux petits merles s'en donnaient à coeur joie et c'était un va et vient incessant entre un nid invisible et cette terre en mouvement. Puis la nuit vint. L'homme prit son repos. Puis à nouveau le jour. L'homme avait changé d'outil et maintenant émiettait la terre et chaque motte livrait à son tour son trésor caché de vers et d'insectes. Décidément un week-end de folie et de ripailles pour la famille Merle.
L'image revenait et se mettait en place et ce qui, il a quelques minutes encore, n'était que travail, redevenait plaisir, utilité. Vite ! Repasser à une autre idée, à une autre douce image. Un coup de fil. on parle avec leur maman de deux petites princesses aux Amériques. La plus grande qui se démène entre trois langues, qui compte en anglais, parle à se petite soeur en espagnol et ne veut que le français avec ses parents. La plus grande qui demande des nouvelles de son ami l'écurueil à un écrivain en panne d'inspiration(mais qui promet qu'il rattrapera le retard !). La plus petite qui ne dit rien, qui n'est qu'yeux bleus, que sourire. Et puis un fils, très grand, peut-être presque trop, qui raconte à son tour un week-end de régates, de cousins, de mer, de Bretagne. Un échange entre hommes. Encore un concours à préparer pour les jours qui viennent. Puis des histoires de thèse, de chiffres, de tableaux, de travail. Encore un bon moment. Le bonheur qui s'organise.
Il faudra encore un livre, et le repos, et le silence et la paix de la maison aux murs plusieurs fois centenaires. Et ce sera la paix.
Et je vous lirai sûrement. Et vous me lirez peut-être. Et je vous souhaiterai une bonne nuit et une bonne journée...demain.