Reprise
Le temps avait repris ses droits, le temps de la vie ordinaire. La pause avait été courte mais le repos avait remis le corps en place. Déjà les premiers chantiers rappelaient que le travail pouvait être dur. La vie reprenait son cours : remettre les choses , trouver l'endoit, organiser le temps. Oublier la douceur de la longue visite de deux petites princesses et préparer la prochaine rencontre.
Il fallait aussi remettre de l'ordre dans l'atelier delaissé, retrouver les outils à leur place, remettre les objets en situation. L'été, continuait à dispenser un soleil généreux, et faisait oublier que les jours devenaient plus courts. Tout autour les écoles s'étaient remplies. On croisait à nouveau le matin des grappes d'enfants, parfois joyeux, parfois encore silencieux du sommeil de la nuit. Les mots ,tout occupés qu'ils étaient à remplir ces petites têtes, venaient plus difficilement sous ses doigts, sur le clavier.
C'était un temps de reprise. Il fallait gérer les heures, dissiper les inquiétudes, laisser sa part au rêve et sa part au travail. Il le savait : les deux retrouveraient leurs places.
Il avait repris un long travail attendu depuis longtemps : retrouver un ordre à des milliers de photos de famille jaunies. Aller chercher un sens, un ordre. Retrouver des noms, d'endroits, de personnes, de moments. Il fallait s'atteler à cette tâche qu'il s'était promis de faire : de ce magma informe et désorganisé, faire l'histoire de cette famille : expliquer pour soi-même et pour les siens, ce qu'était cette histoire et la coucher sur le papier. Il savait que ça allait lui consommer du temps, de son temps, du temps de l'écriture aussi. Mais il savait que le temps , plus il se donne, plus on en trouve. Il ne savait pas trop par quel bout commencer, ou plutôt il savait que seul le travail et la régularité de la mise en œuvre finiraient par dessiner l'ouvrage. Mais qui sont donc ces ombres passées avant nous sur la terre ? Quelles sont ces histoires devenues nos origines : un sentiment presque inquiétant que d'être celui qui allait dire l'histoire et qui savait qu'il est peu probable qu'il y en eut d'autres.
Curieuse histoire que celle de cette famille : deux enfants uniques à l'origine d'une tribu de plusieurs centaines de personnes en seulement quatre générations. Et tout cela si proche et si loin à la fois.
Et ce rythme immuable, ce cycle de l'année qui fait de septembre le mois de la mélancolie. On se repose des questions. On se reprend des résolutions comme au temps de l'école. L'année, la vraie, qui redémarre.
Et ces blogs aussi qui reviennent à la vie en douceur, comme encore engourdis de la chaleur de l'été. On y raconte des rentrées. On y retrouve des émotions parfois un peu anciennes et oubliés. On y retrouve aussi les caractères, les joyeux, les actifs, les mélancoliques. On y retrouve les mêmes interrogations : vais-je continuer ? Cela a-t-il un sens ? Et certains qui s'enfuient et d'autre qui renaissent.
Vite réagir au blues du lundi matin : prendre sa plume et rédiger un petit mot à une petite princesse qui va avoir trois ans dans un pays lointain où on ne parle pas la même langue et qui ce matin semble si loin.
Mais rassurez vous, amis des blogs : il me tarde déjà de reprendre avec vous les conversations d'avant les vacances, une fois la rentrée passée, quand tout se met en place.
En attendant, je veux juste vous souhaiter une très bonne journée, une très bonne semaine. Et puis parce que, jour après jour, vous me devenez plus chers, je vous embrasse.