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Il s'était levé tôt, trop tôt. Il était encore fatigué d'une semaine ou il avait le sentiment que plus rien n'avançait en ordre. Il était fatigué, irascible, impatient,maladroit. Dehors le mistral soufflait très fort. Depuis trois jours il n'arrêtait pas. Est-ce lui qui brouillait l'esprit, qui mettait la pagaille ? On dit de lui qu'il est facteur de désordre, de discorde. Peut-être ces photos qu'il manipulait depuis quelques jours ? Toute une histoire qui passait entre ses mains. Déjà l'ordinateur en avait avalé la plus grande partie. Il commençait à connaître ou reconnaître des lieux, des visages, à en deviner d'autres. Des histoires anciennes lui revenaient en mémoire. Ce qui le paralysait le plus c'était les inconnus qui revenaient trop souvent sur les photos pour avoir toujours été des étrangers : qui pouvaient-ils être ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il lui fallait retrouver de l'aide, des repères. Mais toutes les générations précédentes avaient disparu. Il devrait retrouver la plupart des choses par ses propres moyens, le reste avec l'aide de ses frères et sœurs. Peut-être aussi retrouver quelques archives. Heureusement il y avait la mémoire, cette outil magnifique qu'il fallait vite exploiter avec qu'elle ne parte à son tour.
Il avait traversé la maison silencieuse. Sans déranger. En limitant le bruit. Les animaux eux-mêmes étaient restés endormis à leur place. Il n'y avait pas encore de feu dans la cheminée : le temps , malgré le vent, restait bien doux. Et le mistral était promesse de soleil et de ciel bleu. Mais aujourd'hui, de toute façon, il n'y avait pas place pour les états d'âme. Une jolie petite filleule se fiançait. Ils y seraient, bien sûr, et la joie le bonheur seraient au rendez-vous. Un aller-retour dans la journée, un peu loin en échange de ces bons moments.
Il se mit donc à sa table de travail. Il toucha le clavier. Il le trouva chaud et agréable. Déjà la paix commençait à s'installer. Il ne commencerait pas par les blogs. Juste le courrier en attente. Et puis la place à l'écriture.
Les mots toujours présents, s'éveillaient chacun à leur tour. D'abord les mots courants, les mots d'usage, les plus usés, ceux du courrier ordinaire. Une fois celui-ci terminé, les autres mots commencèrent à s'agiter. Ils voulaient se raconter. Certains semblaient devenus tout neufs. " pourquoi ces nouveaux costumes, ces belles tenues et ces belles mises ?" demande l'homme, étonné. " Tu sais, répondirent-ils tous ensemble et en désordre, tout excités, l'école à commencé. Il nous fallait passer dans ces petites têtes, ces petites bouches et ces cervelles en attente de nous apprendre. Il nous fallait être beaux et élégants pour faciliter le travail des maîtres. Bien sûr, ils nous écorchent un peu parfois, mais il est si doux de sentir que nous allons devenir leurs meilleurs amis."
Puis ils dirent à l'homme : " Tu nous délaisses un peu, ces temps-ci." Il leur répondit :" si vous saviez pourtant comme vous vous agitez dans ma tête, le jour, la nuit. Vous êtes le support de mes rêves et mon imagination ne me laisse pas l'esprit en paix. Seulement, au matin, le sommeil est un peu lourd et le temps me manque pour écrire. " Ils reprirent alors :" Mais nous sommes tes amis, et de cela tu ne peux douter. Et tu sais bien que plus tu as recours à nous, plus ton cœur s'apaise, et si le résultat ne te convient jamais tout à fait, nous sommes quand même le moyen le plus sûr pour toi de te faire de nouveaux amis et d'entretenir les anciens." " Que vous dites ! Lorsque je regarde les chiffres de mon blog, l'audience n'augmente guère. Les anciens sont fidèles et je tisse avec eux des relations de plus en plus solides....mais de nouveaux, guère !". " Comment veux-tu augmenter ton audience. Tes pages restent en noir et blanc. Tu ne mets jamais ni photo, ni aucune autre forme d'illustration. Tu ne réponds pas aux commentaires. Finalement, tu sembles être un ingrat. Tu n'as même pas sur ton blog la liste de tes amis alors qu'eux le font pour toi.Et lorsque tu écris sur d'autres pages, tu ne prends même plus la peine de signer. Avoue que tu ne nous donnes pas beaucoup d'occasions d'être vus."
" C'est vrai. Pensa l'homme. Ils ont raison. Peut-être devrais-je sortir, faire le beau, pavaner. Je croyais que les mots, seuls, écrits sur la page, suffiraient à eux mêmes à se faire connaître. Que les amis diraient à leurs amis, à leurs proches : "Allez voir ces pages, peut-être vous les aimerez." et puis il se reprit. Il se dit qu'importe peu le nombre quand la qualité des amis était au rendez-vous, quand leur fidélité était indéfectible. Il se dit qu'il continuerait ainsi et que ses amis , les mots, aussi y trouveraient leur compte. Il racontera simplement des choses ordinaires, comme ce détour, la veille au matin : des travaux sûr la route l'avaient fait passer par des chemins nouveaux. Le soleil éclairait le Ventoux par le côté. Le mistral dissipait quelques restes de nuages. Dans les champs on s'active. On ramasse les pommes et les grosses courges sont retournées une dernière fois pour passer du vert aux plus beaux tons d'orange. Puis elles iront s'entasser dans ces énormes caisses posées au bord des champs. Les coings sont si nombreux qu'ils font crouler leurs arbres sur les haies. Les couleurs de l'automne sont maintenant bien en place. Les arbres s'agitent comme des plumets. Au bout du chemin la maison est la qui l'attend, plus belle que jamais, pour le travail. Elle a été habitée et améliorée par les propriétaires pendant les vacances. Il aime ce jeux de ricochet où une amélioration en appelle une autre. Il travaille à nouveau à faire une salle de bains dans un espace délaissé. Quelques nouveautés, quelques essais.
Et le rêve s'est posé sur le clavier et à rempli la page. Et l'homme apaisé à remis sa tête à l'endroit. Et les mots à nouveaux se reposent. Et le week-end va commencer. Aux fiançailles succéderà dans le village, le premier vide grenier de l'automne : des objets qui réapparaissent. La vie de l'année qui se remet en place.
Dans la maison tout dort encore. Dans quatre autres maisons quatre adultes très cher, leurs enfants, dorment aussi . De l'autre côté de l'océan, un papa, une maman et deux petites princesses savent maintenant que bientôt ils seront cinq : une princesse ? Un chevalier ? On l'ignore. Pour l'instant juste .....un pointillé.
L'homme quitte salue ses lecteurs, quitte sa table et, rassuré,repart dans la vie, l'autre.