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et pourquoi ne pas le dire ?
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15 décembre 2012

Calendrier de l'Avent (7) : La vieille dame (suite du 10/12/12)

Il était encore plus tôt que d'habitude lorsqu'il avait descendu l'escalier et qu'il avait rejoint le petit bureau. C'était le début d'un long week-end et il savait qu'il serait paisible et il voulait qu'il soit aussi doux. Il avait connu une semaine riche, très riche, presque trop. Il avait connu de très grandes douceurs, des vertiges, des joies d'écriture, les joies aussi des cadeaux qu'on prépare, des bonheurs qu'on anticipe. Il avait aussi connu la réconciliation, celle qui revient après la guerre ou la dispute, ou les deux, après la sottise en tous cas. Il avait connu le découragement, de ne pas savoir, de ne pas réussir mais il avait aussi connu le bonheur de l'aide qu'on demande et qui vient et du savoir qu'à deux souvent on peut réussir là où on craignait devoir renoncer seul. Il avait aussi connu la colère, la sombre et imbécile colère qui vous vient au moment où vous ne l'attendez pas et qui fait de vous le contraire de ce que vous aimez être, un sot presque un barbare.

Mais il n'était pas là pour parler de lui mais pour continuer une histoire qu'il avait commencé pendant ce doux temps de l'Avent et qui l'attendait. Il allait reparler de la vieille dame en gris qu'il avait surpris et que le bruit du monde lui avait enlevé. Il était souvent reparti dans cette colline, dans ce sous-bois, dans cette clairière. Le plus souvent il était seul. Il arrivait parfois qu'il croisa quelqu'un, un de ces croisement furtifs qu'on fait quand on ne se connait pas et qu'on se croise dans un endroit imprévu : on a tellement le temps d'observer l'autre avant qu'on ne le croise, qu'on a presque l'impression d'être indiscret et c'est presque gêné qu'on se salue comme si chacun des deux avait un peu violé l'intimité de l'autre et le recueillement de l'endroit.

Il lui semblait parfois entendre à nouveau ce chant qu'il savait venir d'elle et l'espoir de la rencontrer à nouveau s'installait dans sa tête. Mais il était tellement obsedé de l'idée de cette rencontre qu'il pensait qu'il devait s'agir de quelque chose comme un des ces mirages que rencontrent les explorateurs qui traversent de chauds déserts. Cet espoir, cependant, remplissait son coeur. Il avait ajouté cette douce attente à la douce attente de Noël. Maintenant l'espoir n'était plus le même : il ne croyait plus vraiment la voir... mais l'envie était telle qu'elle remplissait son coeur.

Un matin donc, très tôt. Il était parti lorsqu'il faisait encore nuit et le jour maintenant se levait à peine. Un peu comme ce matin où j'écris. Il avançait en découvrant à la lumière chaque arbre, chaque haie. Il devinait les animaux aux bruits que faisaient les buissons. Il arriva à la clairière. Tout à sa pensée, il s'appuya contre un arbre. Dans ces sous bois de Provence, il n'y pas comme dans ces grands bois du Nord, d'arbre qui soient tombés et qui vous fournissent des sièges moussus. Le bois est plus petit, plus rare, plus sec.

Et là, à nouveau, il entendit le chant. Et le chant était merveilleux. On aurait dit une de ces anciennes berceuses. Un chant qui apaise au point d'endormir les enfants mais qui laissent aux plus grands que nous sommes une grande douceur, une grande langueur comme seules les mères savent en apporter aux enfants que nous sommes et que nous restons. Il ne la voyait pas. Il ne savait d'où venait le chant.

Il n'osait bouger. Le chant se rapprocha. Puis il sentit une odeur, un parfum. Il avait du mal à distinguer : des senteurs d'enfance, d'eau de Cologne, de lavande aussi, peut-être, mais également des odeurs plus familières de savon et de lait. De ces odeurs qu'on ne sait vraiment définir, mélange de féminité et d'intimité familiale. Ouïe et odorat : deux de ses sens étaient touchés. Il espérait que la vue fut sollicitée à son  tour et ce fut le cas : il la vit à nouveau. Il s'aperçut qu'elle avait en bandoulière un tout petit sac à main. Un de ces petits sacs à mailles d'argents qu'avaient autrefois les dames pour contenir leurs carnets de bals et mettre de l'ordre dans leurs prétendants. Dans la main un petit panier, fermé par une corolle de tissu provençal.

Elle se tût. Elle lui sourit. Elle le regarda. Elle posa sur sa bouche un doigt comme pour lui dire :"Surtout, Monsieur, ne me posez pas de question.". Elle déposa dans sa main dans un de ces papiers paraffinés qu'il connaissait dans son enfance, un petit morceau de pâtes de coings. D'un autre signe elle lui indiqua de manger. C'était délicieux. Le goût maintenant et le toucher, ces deux sens de la réalité déclenchaient en lui des sensations étranges. Le sentiment d'approcher de la connaissance. 

Tout se mêlait en lui : le goût exquis de cette friandise, la proximité de cette apparition, les odeurs perçues, les chants entendus. Et tout à coup, il s'endormit. Il ne sut pourquoi. Lorsqu'il se réveilla, il était de nouveau seul.

Ainsi, ami lecteur, ce n'est pas encore aujourd'hui que nous saurons la fin de l'histoire. Il te faudra, il me faudra, patienter encore et peut-être ne jamais savoir. Si c'est le cas je t'en demande à l'avance pardon. Mais cette histoire, je ne la maîtrise pas. Elle vient, nuit après nuit, rêve après rêve, prendre sa place. En attendant je veux te souhaiter un bon et doux week-end.

 

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Commentaires
P
bon dimanche cher Jacques , et Nainette vous donne le bonjour elle va passer un doux hiver chez nous ! chouette on va bien rigoler !
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B
De vraies et belles histoires en attendant Noël, des mots que l'on savoure et qui parlent au coeur, réveillant en chacun la profondeur de l' existence d'une source inépuisable d'amour donné. Vos mots sont un Don, ils nous sont donnés et reçus . <br /> <br /> Vos billets comme les réponses de ceux et celles qui ont une plume éveillée sont en eux-même un partage et un bonheur exquis en ces jours d'Avent. Tout simplement, Merci à vous.
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C
Moi aussi...
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H
j'espère qu'elle continuera indéfiniment !
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et pourquoi ne pas le dire ?
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