Calendrier de l'Avent (8): Petits bruits
Il s'était réveillé le coeur léger. Le dimanche avait été une de ces journées paisibles comme il les aimait. Il s'était dit qu'il devait faire une pause dans sa "petite" écriture de tous les jours s'il ne voulait pas se mettre à écrire juste pour "remplir des cases". Il s'était levé tôt, avait passé beaucoup de temps avec un nouveau livre, léger, charmant. Puis ils étaient restés dans le village : la messe, quelques amis croisés, une invitation à dîner en semaine et dans le village (il adorait !), une petite promenade, un arrêt devant une de ces roues qui autrefois faisaient vivre son village, aujourd'hui restaurée et brassant l'eau, comme ça, pour rien, uniquement pour le plaisir de l'oeil et du clapotis de l'eau et le souvenir. Un petit apéritif, un déjeuner paisible, une sieste qui vous surprend mais qu'on ne chasse pas (c'est dimanche, non ?). Au réveil il se change et s'en va au jardin, dans ce petit jardin qui a pris ses quartiers d'hivers. On répare une porte qui attendait cela depuis toujours. On rêve de travaux, d'extensions pour accueillir une famille qui va grandir encore. On se dit qu'on aurait du le faire depuis longtemps tant cela est pratique. Personne ne le verra, mais il est si doux de soigner ces améliorations égoïstes. Le soir, un cinéma, un film léger et attendrissant, l'histoire d'un couple et de la vie ordinaire : deux personnages qu'il prendra peut-être pour placer dans ses santons.
Et ce matin la valse des "clics" et des "clacs". Le "clic" discret, pour ne pas la réveiller de l'interrupteur de la table de nuit. Juste lire l'heure et découvrir avec bonheur qu'on aura le temps de lire, le temps d'écrire, le temps de prier et même le temps de rêver. La robe de chambre qu'on enfile et qui sent encore le feu de bois. L'escalier qu'on descend dans le noir. non, plutôt dans la faible lumière du ciel de l'aube : assez pour distinguer mais pas assez pour voir. Le "clic" de l'escalier "du bas" qu'on éclaire à son tour puis celui des lampes du salon et de la crèche. Le "clac" un peu plus fort des volets du salon. L'effleurement froufroutant du chat qui sort. On ne le laissera pas rentrer de peur qu'il ne se cache et prenne ses marques seul dans la maison toute la journée. Le léger bruit de la petite lampe de la cuisine, celle discrète qu'on laisse allumée dès que le premier est debout jusqu'à la dernière se couche. Le "clac" double du volet de la cuisine qu'on ouvre et qu'on rabat tant il est lourd. Le "clic" des lumières du cellier et le "clac" à son tour des volets. On en reste là. aujourd'hui la maison sera vide. Le chien demande à sortir d'un petit gémissement. Juste un petit passage dehors et vite on rentre au chaud paresser jusqu'au départ de ses "maîtres", un mot d'ailleurs bien inadapté à la douce flanerie quotidienne de "l'animal" qui fait vraiment ce qu'il veut.
Il y aura le bruit de l'eau qui chauffe dans la bouilloire, quelques bruits étouffés de bols et de cuillères. Régulièrement il entendra à travers les vitres les cloches religieuses de l'église et les cloches laïques du beffroi qui sonnent à 5 minutes d'intervalle parce qu'on n'a jamais pu s'entendre à ce sujet dans son village.
Vous allez lui dire :"Et Noël ?il n'en parle pas?". Mais bien sûr qu'il en parle. Depuis le début de ce texte. Noël est là partout, dans la crèche, dans les bruits qu'on étouffe, dans l'amour du foyer, dans les appels de l'église, dans le quotidien de la vie de travail des hommes. Il aime à se dire qu'il fait comme Joseph lorsqu'il travaille dans les maisons des autres. Noël est là partout, dans la vie, dans les rêves, dans la douceur, dans la prière, dans les soucis même d'un quotidien qui parfois lui échappe. Noël est là dans ses pensées aussi, dans ses rêves, dans le souci de trouver à écrire.
Et puis Noël est là dans la douce sollicitude de ceux qui le lisent et de ceux qui lui écrivent, et qu'il salue avant de partir se préparer à sa journée de travail.