9 janvier 2016
René (*)..ou comment ne pas laisser la morosité prendre le dessus.
J'arrive dans la salle. C'est un des premiers que je croise et que je salue. Mais il y a beaucoup de monde. Il y a d'abord le discours du maire et puis l'apéritif et c'est au moment de passer à table que je l'aperçois à nouveau. Il est assis au bout, avec sa femme. Tout le monde les aime bien mais il faut bien avouer que peu recherchent sa compagnie. Il me fait un signe, amical. Il sont deux à cette table à avoir récemment pris leur retraite et il y a aussi un autre.... plus ancien.
Je m'approche. René est un homme petit et un petit homme. Il est dans le village depuis toujours. Il est de ceux dont, enfant, les autres se moquent à l'école et adulte souvent...ça continue. Car, il y a toujours eu dans le monde quantité de moqueurs, pas toujours méchants mais souvent sots.
Mais cette moquerie, René, ça fait partie de sa vie, de son histoire. C'est peut être sa raison d'être.
Je décide de dîner avec eux. Ce n'est pas un effort. Je les aime bien tous les deux.
" Alors, René, cette retraite ? "
C'est elle, Jeanette, sa femme qui commence à répondre à sa place. Il la regarde. Le regard pesant de ceux qu'on ne laisse pas souvent s'exprimer. Elle se tait, gentiment, pour lui laisser la place.
" Ca va bien." Me répond-il, avec ce bel accent, qui met du soleil dans les jours un peu gris comme aujourd'hui. Cet accent qu'il a vous ne l'entendrez jamais au cinéma, ni à la télévision. Pour l'entendre cet accent sans ostentation ni forfanterie il faut le cueillir sur place, là où il prend naissance.
Puis il se tait. Je lui demande : " Pas trop difficile de trouver un nouveau rythme ?"
Il semble presque étonné que sa vie puisse avoir un intérêt pour quelqu'un d'autre que son cercle habituel de proches.
" Pas difficile. Non. Pas difficile. Le matin. Je me lève. Un peu tard . Il n'y a rien à faire en ce moment au jardin. C'est l'hiver. Je descends à la boîte et je prends le journal. Et puis je prends mon chien. Vous le connaissez mon chien . Je pars dans le village. Je croise les amis. Je reviens il est passé onze heures. J'aide à préparer le repas.
On déjeune.
Un petit bout de sieste et je pars aux "amis réunis" ou bien aux boules. Et c'est bientôt le soir.
Je rentre. Je soupe. Je regarde un peu la télé puis je reprends le journal avant d'aller me coucher."
Et c'est ainsi. Un jour succède à l'autre dans toute la pudeur d'un récit qui ne dit pas les secrets du cœur, les voyages de l'esprit.
L'été est different. Le jardin qu'il mène pour lui ou pour les autres donnent un autre rythme à ses phrases.
Le silence est revenu. Il a assez parlé de lui. Il faudra d'autres questions. Maintenant il a repris son rôle. Il écoute les autres. Il ne parlera jamais de la maison qu'il a construite, du puis qu'il a creusé de ses mains, si profond qu'il avait peur qu'il ne l'engloutisse.
Le repas est delà fini. Ma soirée a été riche.
Demain on fêtera les rois avec de la famille.
Bon week-end, les amis.
(*)... Bien sûr qu'il ne s'appelle pas René ...
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