Grandes familles : Mariage en Sologne (1)
Chère Maman, cher Papa,
J'aurais aimé que vous soyez là. Une grande partie de la famille était rassemblée pour le mariage de la petite dernière de votre fils aîné. J'espère que vous me pardonnerez mais il me faudra plusieurs jours pour raconter ce petit épisode de la saga familiale.
On était bien heureux de monter ainsi dans ce "Grand Nord" qu'est la Sologne pour les provençaux que nous sommes devenus. Nous nous faisions une joie de ce long week-end : la joie des retrouvailles, la certitude d'un bon moment, le bonheur de cette belle région un peu sauvage, terre de chasse et d'espace très peu habités.
Nous avions cependant quelques inquiétudes car la neige s'était largement étendue sur nombre de régions que nous allions traverser. Nous avions décidé de faire voiture commune avec un frère accompagné de l'une de ses filles. Et nous prendrions au passage notre fille aînée.
Ainsi au bonheur de l'événement s'ajouterait celui devenu trop rare d'avoir un long moment pour se parler, pour se raconter nos histoires.
Après un déjeuner rapide nous avons quitté notre village. Et c'était parti pour ce long cheminement dans le monde un peu irréel de l'autoroute. C'est toujours un peu étrange que cette impression d'être une sorte d'automate suivant machinalement une sorte de rail invisible. On traverse ainsi parfois de somptueux paysages qui se résument à quelques panneaux indicateurs sur fond de forêts, de champs ou parfois un château ou une église se détache du décor.
Une longue route. À mi-chemin nous retrouvons notre fille qui sortait juste d'un nouveau travail qu'elle a l'air d'aimer beaucoup dans une ville pourtant un peu sinistre, désertée après un riche passé industriel. Puisse l'avenir remplir à nouveau de vie tant de belles maisons désertées par leurs habitants.
Et dans ce long voyage, on se raconte , on s'informe. De nos vies d'abord qu'on connaît assez bien car nous sommes proches, mais là on a un peu plus de temps pource communiquer des nouvelles des uns et des autres.
Vous vouliez une grande famille...vous êtes servis. De vos treize enfants sont nés plus de quatre vingt petits-enfants, et bientôt cent cinquante arrières-petits-enfants.
Il faut avouer que pour deux enfants uniques arrivés à leur mariage c'est assez impressionnant.
Il y a donc beaucoup à raconter sur la vie des uns et des autres. Ceux dont on connaît la vie, ceux dont on sait moins de choses parce qu'ils ont écarté leurs routes. Il y a les naissances. Il y a eu aussi une mort récente. Il y a aussi quelques histoires, quelques soucis, quelques brouilles. On ne tient pas très bien le compte de tout ce monde. Car il faut bien avouer que vous ne fûtes pas de exemples d'organisation ni de méthode.
Il y a aussi dans ce monde difficile, les soucis de travail, les maladies et tout ce qui rend parfois notre passage sur terre moins facile qu'on ne le souhaiterait.
Mais on sait que dans un brouhaha joyeux on aura deux jours pour prendre la mesure du temps.
Ce frère est à peine plus âgé que moi. Nous avions une sœur aîné, malheureusement parti trop tôt. Ce fut le compagnon de mon enfance, mon camarade de jeu, de classe, de punition. Nous avons eu la chance d'épouser deux femmes qui s'entendirent à merveille et parvenus à l'âge d'homme nous avons souvent sympathisé avec les mêmes amis, et suivi des parcours assez proches. Nous sommes deux des "trois grands", ceux qui ont connus le bonheur des premières années de votre famille.
Il marie aujourd'hui la dernière de ses filles, de ses huit enfants. Tous sont déjà mariés à l'exception d'un grand et beau garçon souriant mort en moto et dont le sourire éclaire d'en haut la route de sa famille.
Le temps qui passe, nos familles qui grandissent ne nous laissent pas assez le temps de nous voir. Il est plutôt casanier et nous n'avons pas assez de temps pour monter les voir aussi souvent qu'on aimerait dans cette grande ferme qu'ils habitent au coeur de la forêt.
Mais je reprends mon récit. On conduit à tour de rôle. Parfois l'un d'entre nous s'endort un instant. De temps en temps un arrêt dans ces zones bizarres que sont les stations d'autoroute où on croise parfois des échantillons étranges de notre humanité.
La neige nous surprend assez vite. La nuit aussi. Notre allure ralentit ainsi que l'inquiétude de nous retrouver bloqués sur la route. Ce qui ne se fera pas, Dieu merci !
Seuls les derniers kilomètres seront vraiment menaçants et l'arrivée au domaine qui nous accueille pour ces deux jours aura de vrais allures de patinoire. On changera de conducteur pour quelques centaines de mètres ...et on est arrivés.
....
Mais chers parents, il faut que je vous laisse. Mille choses m'appellent que je me dois de faire...
Je vous embrasse. Je reprendrais plus tard.
