Grandes familles : mariage en Sologne (3)
Chère Maman, cher Papa,
Je reprends le cours de mon petit récit pour vous parler du mariage lui-même.
Une jolie petite mariée que la benjamine de cette grande et belle famille !
Une robe toute sage, un petit haut bordé de fourrure recouvre ses épaules. Ce petit haut enlevé lors de la soirée permettra de découvrir la jolie jeune femme qu'est devenue celle dont on se souvient comme petite enfant. Un voile de tulle recouvre son visage qu'on lèvera symboliquement après les consentements.
L'église est remplie de monde. De tous âges mais beaucoup d'enfants. Les enfants d'honneur sont simplement vêtus. Les petits garçons portent une casquette qui leur donnent des allures de gavroche. Rien n'est ostentatoire. Tout est élégant.
Le père de la mariée rentre le dernier avec à ses bras le dernier de ses trésors à confier à un autre.
Ils semblent un peu perdus ces deux petits mariés sur leurs fauteuils de velours rouge. Mais ils seront vite rassurés car dans le choeur, les prêtres sont leurs amis, les enfants de choeur leurs cousins et le prêtre qui célébrera la messe est un de leurs cousins à peine plus âgés qu'eux.
Dans le rite "extraordinaire" de notre église, le cérémonial est important. Le mariage précède la messe un peu comme une introduction et l'accueil des mariés est aussi le sermon. Les enfants de choeur sont habillés en noir et blanc comme de petits prêtres ou en noir et rouge comme de petits cardinaux. Tout est empreint de solennité. Certains y voient peut-être trop de pompe mais c'est le cadre ordinaire de ces petits mariés. L'ensemble invite au recueillement et le prêtre dans une belle homélie parlera des mains avec talents : les mains de l'infirmière qui adoucissent les peines, les mains fortes du charpentier qui portent de lourds outils, les mains du prêtre qui consacrent.
Car cette liturgie est hors du temps et hors des modes et porte avec grandeur le poids du grand mystère de l'incarnation.
La messe suit les échanges de consentement. Une belle chorale de tantes , nièces et de cousins ajoute la beauté du chant à la beauté du lieu et de la cérémonie.
Dans une famille si grande le mariage n'est pas quelque chose de rare, c'est un événement qui revient souvent rassembler une partie de la famille. Avec la famille de ce grand-frère nos routes ne se sont jamais écartés. A la fraternité s'est ajouté une grande amitié qui fait que nombre de ses amis sont devenus les nôtres. Ces mariages sont ainsi l'occasion de chaudes retrouvailles.
S'il arrive hélas que dans les familles des brouilles viennent troubler ces équilibres, nombreux sont ceux qui oeuvrent en silence aux retrouvailles et aux rassemblements.
Puis c'est l'heure de la sortie de l'église, des photos, du départ vers le château qui abritera la fête. Beaucoup de monde ça veut dire peu de temps à consacrer à chacun. Heureusement, il y aura encore le dimanche.
On se retrouve à tables entre frères et soeurs, beaux-frères et belles-soeurs. Hélas le temps à fait quelques trous dans les rangs et certains nous manquent durement.
Un repas de mariage ce sont aussi des discours, parfois drôles, parfois maladroits, de tous ceux qui ont leur mot à dire. Celui du père de la mariée fut à la fois, court, drôle et émouvant qui sont finalement les qualités principales d'un tel exercice.
Puis c'est l'heure du dessert, des danses et du moment où les plus âgés laissent leur place.
Voilà chère maman et cher papa le récit d'aujourd'hui. Demain je raconterai ces lendemains de mariage qu'on doit à votre envie de "grande famille" et puis encore peut-être ces retours en auto, rares moments d'échanges.
Mais pourquoi je vous raconte ça ? De l'endroit où vous êtes vous avez dû être mieux placés que moi pour tout voir.
Et bien disons que c'est une sorte d'hommage et de remerciements que je vous adresse. Avec l'envie un peu nostalgique de repenser à vous aujourd'hui avec un peu plus de tendresse.
Et si je le partage avec mes amis et mes lecteurs parfois inconnus c'est un peu pour promouvoir ce mode de vie qui fut et qui est le nôtre et qui, j'espère, résistera aux temps.
Je vous embrasse.
