11 août 2021
Chaud….
Il fait chaud, très chaud. On parle même de canicule. Je ne regarde pas trop ce qui se passe ailleurs mais je crois que nous, Provençaux, restons des privilégiés.
La maison se prépare au sommeil mais je dois a une longue sieste le besoin de rester encore éveillé.
Je suis dans notre hangar. J’entends au loin le bruit d’un train. Chez nous c’est signe de chaleur, de ces vents chauds du sud qui ramènent parfois une pluie chargée de sable.
Depuis avant hier notre fille aînée nous a rejoint pour quelques jours et demain nous recevrons à nouveau des neveux.
Il y a dans ces passages de vacances quelque chose de vraiment délicieux. C’est certainement pour ça que nous bougeons très peu en été.
Nous travaillons très dur depuis quelques jours. ELLE, pour remettre en état la maison et aménager dans notre chantier une sorte de bivouac car nous serons bientôt nombreux. Et moi pour avancer les travaux dans notre vieille maison qui, en plus de son charme ancestral, à la particularité de n’avoir rien de droit ni de prévisible et les moindres travaux sont souvent compliqués. C’est d’ailleurs aussi pour ça qu’on l’aime 😉.
Nous avançons à notre rythme.Nous ne travaillons pas vraiment pour nous mais plutôt pour un devenir que nous ignorons encore. Que serons ces lieux dans dix ans, dans cent, dans deux cents ? Qui vivra là ? Cette maison sera-t-elle encore dans la famille ? Des questions que nous ne nous posons pas mais qui rendent chaque geste plus élaboré, plus établi dans le temps.
Nous ne sommes pas de ceux qui bâtissons à partir de rien mais nous avons plutôt la volonté de mettre nos pas dans ceux de nos anciens. Nous n’ignorons pas le talent de ces architectes qui un jour partirent de rien pour bâtir des merveilles…mais disons que ce n’est pas notre lot. Nous sommes plutôt « des nains juchés sur les épaules de géants »(*) et nous reconstruisons sur les murs des autres, ajoutant nos pierres à l’édifice.
Ce soir je suis dans un fauteuil de rotin et si la maison dort, mille fantômes amis sont assis autour de moi. Fantômes d’amis ou amis, ils me parlent. J’ai du temps pour chacun. Je peux les voir, les toucher, les écouter, les regarder, les sentir.
Chacun d’eux a sa place. Ils sont très nombreux mais ça n’est pas un problème. L’amitié comme le temps n’a aucune contingence. Ils sont là, juste à côté de moi. Certains se taisent qui me font juste l’honneur de leur présence. Je suis heureux d’être avec ceux que j’aime et cette interpénétration de la maison des « présents » qui dorment et de ces « absents » qui sont autour de moi.
Dans ces moments ma mémoire est infaillible et je me souviens de tout ce qui fait leur charme, leurs défauts, leurs qualités, leurs forces et leurs faiblesses tout ça m’est très cher.
Le temps avance. Tout à l’heure notre fille feuilletait nos vieux albums photos et faisait revivre notre famille d’hier. Mais ici avec tous ceux qui m’entourent en ce moment, tous ce temps passé n’a plus de sens, il n’y a qu’un présent.
Ce sera peut-être cela l’éternité… un « présent » perpétuel.
Alors ce soir je suis un peu dans cette éternité. Toute se vit bien et sans passion et même les (rares) femmes dont je fus amoureux se côtoient sans aucun problème. Il en est de même des amis qui se fâchèrent depuis, des couples qui se brisèrent, ou de ceux qui partirent trop tôt.
Cet endroit est doux ce soir.
Et toi ami lecteur tu es là aussi. Et j’arrive même à nommer ceux dont j’ignore même le visage.
Alors tu comprends bien que je n’ai pas envie d’aller dormir…mais plutôt de prolonger ce moment.
Le « vrai » monde fait trop de bruit. Il passe son temps à relayer des bruits dont il ignore l’origine et qu’il n’a parfois même pas lu lui-même. Il RÉSONNE quand je voudrais qu’il RAISONNE.
Alors, ami lecteur, si tu veux rejoins moi. Nous parlerons de tout autre chose, juste heureux d’être ensemble. Tu es le bienvenu. Et dans ce monde sans masque ni geste barrière. Je t’embrasse…
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