et pourquoi ne pas le dire ?

22 octobre 2017

Automne, jardin, maisons...surprise

Ce temps qui se maintient au beau, sans une once de pluie, nous fait repousser jusqu'à l'idée d'un possible hiver. La nature est magnifique avec ses couleurs automnales sous ses soleils un peu plus rasants qui les révèlent sous des jeux d'ombres délicats. 

On tarde à mettre à la maison ses habits d'hiver. La piscine tourne encore. Le jardin potager continue de donner quelques légumes d'été. C'était pour moi sa première année : année d'essai et d'initiation où il a produit bien au delà de nos espérances. Pourtant la terre semblait comme épuisée, vidée par des années d'exploitation intensive, parsemée de petits morceaux de plastiques noirs.
Un an de soins intensifs, d'attentes et d'espérances, semble lui avoir redonné ce petit supplément d'âme qui rend les êtres et les choses plus généreux. Tout n'a pas été une réussite et il faudra dans les années qui viennent travailler mieux et plus à temps. Il semble cependant que la nature ait eu envie de récompenser plus des efforts que du talent.
Quelques essais de légumes d'hiver et de printemps, des essais d'amendements de sol, un retour encore plus important a la recherche de l'aide à la nature et l'année prochaine se prépare.
La maison aussi se prépare à des changements d'importance et cette maison que nous avions conduit à deux vivra maintenant un peu plus au rythme des générations montantes. Un projet se dessine d'un bâtiment en ruine à relever qui deviendra une seconde maison destinée davantage aux vacances, aux jeux, aux enfants et petits-enfants, aux amis et au bien-recevoir.
Un rêve déjà ancien qui prend tournure et se donne des allures de possible.
On rêve, on imagine. Pour l'instant la trame se monte. Bientôt peut-être les premiers plans, les demandes de permis, les recherches de prêts. On se retrouve plus loin en arrière quand la famille se construisait son premier nid.
Ainsi le temps passe vite. Les écrits se raréfient un peu d'autant plus que quelques billets s'écrivent aussi en secret. Billet d'une autre expérience qui se fait en secret et que le lecteur pourra lire seulement dans quelques mois. Expérience etrange, découverte amusante de mécanismes et de ressorts cachés en soi dont on teste le fonctionnement. Mais promis, ami lecteur, le moment venu tu partageras cette expérience.
Hier après-midi nous sommes retournés dans cette savonnerie artisanale qui sent bon le travail, les odeurs des plantes de Provence. Puis nous sommes allés retrouver une sympathique petite famille de neveux et nièces. Deux petites blondinettes qui nous ont fait partager leur petit monde et un bébé tout neuf dans la douce béatitude du simple bonheur d'être là. Ils devront partir bientôt, remonter vers ce Paris qui fait un peu peur avec son rythme infernal. Une maison qu'on a vu renaître, grandir et se transformer et qui fut une belle expérience.
Ainsi va la vie, en ce matin si calme, d'un humble pèlerin qui avance à petits pas sur un chemin de vie souvent bien agréable.
Je te souhaite, mon ami, un bon et beau dimanche.

 

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15 octobre 2017

Joseph

Je l'avais rencontré, une fois, lors d'un mariage. Nous étions à la même table, face à face, aux deux extrémités d'une grande table mais je n'avais pas eu l'occasion de parler avec lui. Il m'avait intrigué mais j'étais resté sans réponse.

Ce soir il est là, au milieu de nous, des couples plutôt solides, des familles nombreuses, dans une grande et belle maison qui nous reçoit en retrouvailles une fois par mois.
Chacun de nous a sa propre vie, ses propres peines, ses vraies souffrances...et surtout ses grandes joies mais nos vies suivent le plus souvent une trajectoire assez maîtrisée.
Lui, la sienne ne l'est pas. Il est né entre deux pays et entre deux cultures, une famille cassée, l'assistance, les foyers. Un jour sa propre indépendance, l'incapacité de se fixer, de rester dans un travail, dans une famille, dans un endroit. Un mélange de liberté, d'instabilité et de souffrance.
Et puis un jour la rue, la vie de la rue et ses règles que j'ignore. Plusieurs années durant. La rue, son apparente liberté et ses nombreux asservissements. Un jour c'est le gros pépin de santé. Le coma. La souffrance. Une vie qui bascule. L'incroyable mouvement d'amour de ceux qui aident, qui soignent, qui ramassent et qui consolent : les bons samaritains.
Et il se trouve qu'il se réveille. Il sort de ce coma et prend tout à coup conscience qu'il est vraiment aimé. Il est aimé par ses "bons samaritains" qui tissent autour de lui un réseau d'aide et de bienveillance sans l'espérance d'aucune contrepartie. Il est se sent alors aimé d'ailleurs, de plus haut et c'est alors la longue découverte, dans l'écheveau emmêlé de ses souvenirs , des traces de cet amour dans cette vie passée.
C'est ce qu'on appelle une conversion. Une direction qui s'impose à vous et la seule chose qui compte est d'y aller.
L'homme est là qui nous raconte son histoire. Et j'écoute, attentif. Je crois qu'il n'attend rien de nous. Il donne en partage quelque chose qui lui semble trop grand pour lui seul. Un partage de manteau avec celui qui a froid.
Il dine avec nous et repart avec les amis qui l'ont accompagné vers une petite maison dans la montagne, sorte de petit ermitage qui ne dit pas son nom d'où il ne sort que pour tenter de recoller quelques morceaux brisés de son histoire.
Je prie pour cet homme. Je ne suis pas de ces "bons samaritains". Je crois que je suis de ceux qu'on appelle "tièdes" dans l'Evangile. Je me crois incapable d'autre chose que les petits gestes du quotidien, et encore.
J'ai peut-être rencontré cet homme dans la rue à l'endroit où il se réfugiait. Dans notre belle ville papale ils sont assez nombreux à vivre dans la rue. Nos trajectoires se croisent sans nous voir.
Je te mentirai, ami lecteur, si je te disais que je suis rongé de remords. Ce serait faux. Ce serait essayer de raconter cette belle histoire à mon avantage.
Mais je me réjouis de cette religion qui inventa peut-être le pardon gratuit, qui en tous cas, l'illustra bien souvent. Je me réjouis de savoir que, bien qu' insignifiant, il y a , bien au-dessous de moi, un Être qui me regarde avec la bienveillance d'un Père.

Je relirai, je crois, ces jours-ci tous ces récits de pardon difficiles, de dernière minute, douloureux, exceptionnels sans autre justification que la volonté de pardonner et d'aimer.
Et je vais retourner à ma "petite" vie qui me donne tant de joies que je me sens parfois porteur d'une très lourde dette.
Mon cher Joseph, vous ne lirez probablement pas ce billet. Mais qu'importe car vous saurez un jour ou l'autre dans cette vie ou plus tard que j'ai pensé à vous, que je prie pour vous en cet instant. Si vous restez dans la région, un jour nous serons peut-être amis.

Je prie aussi pour ceux qui sont, sans le savoir peut-être, vos "bons samaritains". Certains savent pourquoi ils aiment et ils aident et d'autre le font simplement parce qu'au fond de leur être ils sentent que c'est bon.
Un jour j'aurai l'explication de tout cela mais, en attendant je veux déjà m'en réjouir.
Et toi, ami lecteur, en ce dimanche matin qui sera sous le soleil je te souhaite tout le bien que tu espères.
Bon dimanche.

 

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14 octobre 2017

Soleil

Je veux ce matin, mon ami, un samedi qu'on annonce gris,... te parler de soleil. 

C'est vrai qu'il semble souvent nous préférer à d'autres régions plus sombres. C'est vrai que ,cet été, il a tellement chauffé nos terres qu'il est parfois allé jusqu'à les étouffer de chaleur, ou à les enflammer.
Aujourd'hui il sera présent là-bas, au loin, au pays des grands moulins et des canaux. Le dernier de nos fils va rejoindre notre petite tribu d'expats pour découvrir à son tour ce pays nouveau. Un long week-end en perspective, le bonheur des retrouvailles, le bonheur du partage de toutes ces choses nouvelles.
Une de nos petites princesses retrouve son parrain. Les autres savent qu'ils mettront ses trois jours à profit pour partager avec lui jusqu'à leurs jeux.
J'imagine sans peine le flot impétueux des paroles des trois plus grands.
"Oncle Clém, tu sais, à l'école..."
"Oncle Clém, à la gym, j'ai une nouvelle amie...."
"Oncle Clém, on va à la plage..."
"Oncle Clém, tu as vu mon nouveau vélo..."
Jusqu'au babillage bavard du petit dernier, qui tarde à marcher....mais pas à parler.
La grande et belle ville s'annonce ensoleillée. Les grandes avenues bordées de beaux arbres et semées d'îlots de verdure, laisseront passer ce soleil un peu filtré qui donne ces belles couleurs que les peintres flamands ont si bien su restituer.
Et le soir, lorsque les enfants auront rejoint leurs chambres les grands parleront de leurs nouvelles vies, du chantier qu'on prépare ici, des activités qui se montent, du travail qu'"Oncle Clém" cherche à changer.
Ils parleront longtemps de ceux qu'ils partagent et qu'ils aiment.
Les autres, nous, les "non-rassemblés" en ce jour partageront par le jeu des réseaux sociaux un peu de leurs journées. Ainsi leur bonheur sera aussi le notre.
Ils parieront aussi de deux projets de maisons qu'ils partagent, de la moto qu'on répare dans un appartement, du frère parti au bout du monde, de cette grande sœur qui cherche une maison plus proche de son nouveau travail.
On partage tous un Dieu qui nous a dit un jour : "Quand vous serez plusieurs assemblés en Mon Nom, Je serai au milieu de vous..."
Et bien il est en ainsi aussi, quand plusieurs sont rassemblés au nom d'une famille, d'une amitié, que sais-je?, chacun de ceux qui "en sont" sont au milieu de ce rassemblement.
Alors ce week-end un peu gris, où que vous soyez, famille, amis, du bout du monde ou juste d'à côté, si vous êtes rassemblés nous serons là, aussi, au milieu de vous, par la pensée, par le rêve, par la prière ou par le coeur.
Nous partagerons sans le savoir...mais en le voulant, vos rires, vos joies, vos émotions et vos bonheurs.
Et ce soleil qui émane de ces rassemblements nous en ressentirons aussi les rayons les plus chauds, les plus doux.
Mais, je parle, je parle ...et le temps passe. Vite, bouger un peu. Il y a tant de belles choses à faire dans ce monde qui a besoin de la tâche et du courage de chacun d'entre-nous.
Alors, ami, je te laisse. Passe un bon week-end !

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12 octobre 2017

Perdu...jusqu'au plus loin de la terre.

J'avoue : je suis un peu perdu entre deux mondes. Je viens de lire, sur ma tablette, les journaux qui me donnent des échos d'un monde bruyant, agité et souvent douloureux. J'ai du mal à le suivre et je me demande bien souvent à quoi sert toute cette excutation.

Mon univers est petit ....mais complexe. D'un côté ma maison, mon village, mon jardin, ma famille, mes amis. Un univers bordé et doux mais que l'amour distend à l'infini par le jeu compliqué "des amis de mes amis", de la prière et du rêve.
Et il y a aussi les endroits de ceux que j'aime. Ils sont partout dans le monde et parfois même dans un autre endroit que je ne connais pas encore...mais où j'espère aboutir un jour.
Et même sur cette terre ils sont parfois si loin que je ne sais plus vraiment s'ils s'agit encore de la même planète.
Dans quelques heures seulement mon fils aîné partira d'un de ces endroits les plus loin de notre pays sur le globe, pour aller plus loin encore plus au sud dans un autre pays plus inconnu encore, de là il rejoindra le sud du sud, le sud le plus profond sur un grand bateau mais si petit face à la mer. Il affrontera des mers glaciales, des terres encore plus froides, des endroits si inconnus que seules les images de la lune en donnent une petite idée.
Il partira avec quelques hommes et femmes qui seront ses compagnons et deviendront ses amis. En quelques mois de mers ils partageront avec lui plus d'intimité que ses plus anciens compagnons. Il connaîtra des paysages de glaces et de vents que seuls quelques milliers de personnes peut être ont arpenté dans ce monde où chacun croit connaitre tout.
Il sera loin de nous sur la carte et pourtant chaque jour il sera là,comme chacun de ceux qu'on aime, présent dans nos cœurs et nos pensées. Et c'est là que cette étrange alchimie se met en marche qui rassemble ceux qui s'aiment bien au delà du temps et des frontières.
Il passera Noël ailleurs mais sera aussi au milieu de nous dans cet autre pays un peu moins étranger qui nous rassemblera alors.
Le temps qui passe prend un malin plaisir à nous écarter de ceux que l'on aime. Il nous donne aussi d'en rencontrer d'autres à aimer.
Il faut vraiment Quelqu'un de bien puissant pour nous aider à maintenir un peu d'ordre dans notre coeur et dans notre âme pour tout ce monde.
Alors, mon Dieu, qui êtes le seul à comprendre tout cela, protégez-le et donnez-lui, s'il Vous plaît, une bonne mer et de bons compagnons et qu'il nous reviennes plus riche de toutes ces aventures.
Je le demande aussi à vous, Bonne Mère des marins qui veillez sur lui lorsqu'il est à Marseille, son port d'attache.
Et toi, ami qui me lit, tu peux aussi lui faire une place dans tes pensées et tes prières, puisqu'il est aussi l'ami de ton ami.
Bonne journée.

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11 octobre 2017

Matinal

Si l'homme est matinal c'est peut-être juste qu'il n'aime pas trop les ombres des réveils un peu plus tardifs. Comme si la nuit voulait se venger d'un sommeil un peu plus long que d'habitude qu'elle aurait accordé comme par mégarde.

Elles sont vite si insistantes, ces ombres, qu'elles peuvent polluer une journée complète. Alors l'homme se lève et vite il passe à autre chose, au jour qui démarre doucement, à la contemplation de ce qui l'entoure, à l'inventaire de tous ces biens, surtout immatériels, qui lui ont été donnés en grand nombre et qui composent son quotidien.
L'ombre ce matin là était celle d'une grande sœur partie trop tôt. Une grande sœur méconnue, longtemps lointaine, pour mille raisons dont aucune n'est bonne. Cette ombre s'était imposée après avoir, la veille, parcouru des milliers de photos pour mettre un peu d'ordre dans cet amoncellement de souvenirs. C'était une photo de ses derniers jours, quand le corps ne correspond plus tout à fait à l'âme et que les deux veulent divorcer.
Il faut alors impérativement retrouver les rires de l'enfance, le temps passé, les jeux, les désobéissances, les punitions, les retrouvailles, les pardons donnés et ceux reçus souvent sans être dits.
On se dit qu'on a perdu du temps. Mais après tout qu'est ce que le temps quand un seul moment peut sauver une vie et lui donner toute sa lumière ?
Il se passe alors un phénomène etrange, une prière non dite, juste pensée, juste suggérée par l'évocation de l'autre.
Et un sourire se dessine sur le visage, de ces sourires gratuits de la solitude, de ces sourires dont seul le Ciel est témoin ....d'ailleurs c'est à lui qu'il s'adresse.
Les liens ne se sont jamais vraiment noués ou renoués avec sa famille, ses enfants probablement dans l'incompréhension de cette longue séparation et de ses longs silences. On n'y peut pas grand-chose. On ne construit pas sa vie avec les absents. C'est déjà compliqué avec les présents.
Il reste la prière et parfois même seulement l'idée de la prière. L'évocation d'un nom, d'un visage que l'on offre certain que c'est bon...on ne sait jamais comment.
Les réseaux sociaux maintiennent un lien ténu avec l'une d'entre eux...mais c'est si peu de chose.
Et puis l'enchaînement des actes, des pauses, des rencontres...et des écrits aussi donné à sa journée ses vraies couleurs. Je crois qu'on appelle ça...la vie.
Et c'est cette même vie qui m'appelle maintenant à l'ouvrage.
Bonne journée, ami lecteur.
Et pardonne à ce billet d'être un peu trop gris. Je te promets qu'il sera corrigé par d'autres ...plus lumineux.

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09 octobre 2017

Vaison la Romaine

Déjà le dimanche matin avait tenu ses promesses. A l'abbaye on fêtait l'anniversaire de la création de l'église. Une cérémonie toute particulière avec sa propre musique. Peu de monde, c'est la saison où seuls se retrouvent ici les "habitués" et parfois quelques randonneurs rentrés là par hasard. Je me souviens de cette très longue cérémonie qui dura une matinée entière. C'était un jour de grande fête qui concrétisait le long aboutissement de ces œuvres de moines construites avec et pour l'éternité.

Il faisait si beau hier et le Ventoux était si dégagé, sur fond de ciel azur, que nous eûmes envie de l'approcher, de le contourner et le hasard des routes nous amena à Vaison la Romaine. Une belle ville où beaucoup de monuments rappellent que l'homme a toujours aimé cet endroit et où des plaques sur les murs rappellent qu'il a parfois payé cher cet amour là.
C'était il y a 25 ans. Le ciel était devenu fou et déversa en quelques heures presque l'eau d'une année. Toute la région se trouva sous l'orage et partout c'étaient les grandes eaux. Je me souviens surtout des images de Vaison et de Bédarrides. D'un côté un torrent qui emporte tout sur son passage et où l'eau jaillit des fenêtres des maisons, en bas un flot qui se répand et noie toute une ville.
Je me souviens. J'étais en déplacement. J'ignorais tout du drame et de l'aéroport à la maison je fus surpris de toutes ces branches sur les chemins. Ce n'est qu'arrivé chez moi que j'apprenais la catastrophe. Je me souviens que les volets de bois gonflés par la grosse pluie d'orage refusaient de s'ouvrir.
Ma femme me raconta. Le samedi suivant j'allais avec un ami aider aux déblayages et j'ai le souvenir de cette maison gorgée d'eau dont on ouvrit les portes et qui vomit de torrents de boues mêlés aux objets du quotidien aux pieds d'une famille en larmes.
Hier, c'était tout autre chose. Le château qui domine la ville et qui marque le pouvoir et l'ambition des hommes s'oppose à l'opulence tranquille de la ville romaine plus basse. Il y a encore beaucoup de touristes et les terrasses sont bruyantes au soleil.
Un de ces repas simples de dimanche, à une terrasse, au bord de la grand-place. Et puis la longue montée au château par les rues escarpées de la vieille ville qui donne ce supplément de rêve de ces villes fortifiées puis désertées par l'homme.
Il ne restait plus qu'à rentrer par la plaine aux mille vins, cet "océan de vignes" dont parle si bien Raspail où les noms des villages font rêver à ces vignobles que j'aime, simples mais raffinés, à l'élégance discrète des beaux endroits, des bonnes gens.
La semaine qui commence sera marquée par l'embarquement d'un fils déjà au bout du monde, vers un bout du monde encore plus loin, prés de l'endroit appelé "pôle sud", qui fut longtemps pour moi juste l'axe de ma mappemonde. Aujourd'hui ces endroits prennent pour moi des couleurs , des odeurs et des sons et se remplissent de l'histoire de ces hommes qui veulent aller plus loin, plus haut, plus profond...dont je ne suis pas ( autrement que dans ma tête )
Ma terre à moi est plate et infinie et j'ai encore du mal à imaginer qu'elle puisse être ronde. Alors cette dimension là la fascine et m'impressionne.
J'y pense beaucoup en ce moment. Il faudra être patient : de cet endroit peu de nouvelles parviennent et attendre au retour les récits, les images, les impressions.
Mais dans mon monde plat et pas si grand que ça, il y a place pour ceux qui bougent et pour ceux qui demeurent là. Tout ce monde peuple avec harmonie ma tête et mon coeur.
C'est maintenant le moment de l'ouvrage. Il faut laisser là ma plume et te souhaiter, ami lecteur, une belle journée.

 

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08 octobre 2017

Jardin...d'automne

L'été fut une vraie découverte : nombre de légumes sur la table venaient de mon jardin, de cet endroit un peu magique où tu plantes une graine et où sortent des melons, des courges, des tomates...que sais-je encore ? L'impression rassurante que quelque part dans le ciel un Dieu bienveillant veille à notre quotidien. 

Il est vrai qu'au départ la terre avait l'air fatigueé, dépourvue de toute vie animale et gorgée de petits morceaux de plastique noir. Aujourd'hui la terre n'est plus vue par les hommes comme l'abri de nombreuses vies qui se complètent et s'activent à produire du fruit mais comme une sorte de substrat dans lequel tour à tour on ajoute, engrais, eau, accélérateurs de vie biologique et freins de vie animale pour donner d'admirables rendements. Comment reprocher à l'homme cette course au progrès et aux rendements qui a libérée (presque) tous les hommes de la faim ?
On sent bien cependant quelque chose de barbare à cette consommation effrénée de la planète. Il est pourtant bien difficile aujourd'hui de distinguer le vrai du faux dans les nombreux discours de théoriciens de l'équilibre naturel.
Mais dans ce petit arpent de terre un homme découvre sur le tard la magie de la nature et déguste avec bonheur des produits dont il se dit qu'ils sont un don de Dieu et un peu de chance. Il est vrai que ces légumes ne sont pas tous très beaux, ni très grands, ni très gros, ni de la bonne couleur mais ils ont une saveur incomparable, celle du don. C'est assez rassurant pour l'homme (médiocre) qui les fait pousser de se dire que ces légumes, qui probablement n'auraient été retenus par aucun sélectionneur, possèdent aussi plein de richesses. A cela s'ajoutent l'effort, les ampoules aux mains, les retrouvailles avec des outils anciens, une sorte de camaraderie de voisinage où le conseil est gratuit et le don généreux.
Il reste qu'aujourd'hui, à l'heure où je vous écris, ce jardin produit encore du fruit et je tente mes premiers légumes d'hiver.
En Provence l'automne s'oublie souvent qui a des allures de printemps surpris par l'hiver. Malgré une sécheresse qui n'a jamais été aussi longue l'herbe reverdit avec les jours qui s'écourtent.
Hier nous avons découvert un autre parcours cycliste qui suit, lui aussi, une ancienne voie de chemin de fer. Un itinéraire entre les vignes, les maraîchers et les vergers entre Ventoux et dentelles. Un peu de fatigue pour nos corps déshabitués de cet exercice, une vraie satisfaction de paysages.
L'année scolaire qui marque notre rythme de vie a repris mais nos activités qui suivent ce mouvement tardent un peu à démarrer à leur tour. Nos semaines sont donc plutot sédentaires et, si les longues soirées sont encore sans feux de cheminée, l'idée d'une morte saison s'installe. Déjà nos petits bataves nous envoient les premières photos avec imperméables et pull-overs.
Aujourd'hui c'est dimanche, ce jour particulier où le village semble endormi alors qu'hier encore le marché l'agitait de mille mouvement et faisait entendre ses bruits joyeux.
J'ai rencontré mes "vieilles amies" avec qui j'ai échangé quelques nouvelles, quelques voisins, le marchand de moules, la marchande de miel. Car en Provence tout prend vite des allures de décor de crèche.
Pour rendre le village à la vie, il a été décidé de mettre la rue principale en sens unique. Cela a pris des allures de révolution tant les habitudes sont ancrées chez les hommes. Mais aujourd'hui la rue principale est bien plus paisible et les piétons y circulent à nouveau sans danger. Quelques commerces tentent à nouveau d'y prendre place...puisse cette initiative perdurer et retrouver l'animation de ces autrefois où les hommes marchaient à pied, parlaient à leurs voisins et connaissaient le nom de leurs enfants et de leur chien.
Mais c'est l'heure de me préparer à la messe. Nous irons certainement chez nos amis les moines à qui nous avons fait souvent défaut ces derniers temps. L'abbaye au pied du Ventoux me manque, la légèreté du plain-chant grégorien, le silence de l'endroit...et ces nombreux amis qu'on y retrouve chaque fois avec bonheur.
Bonne journée ami lecteur. Merci de ta patience et de partager mes petits "riens".

 

 

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06 octobre 2017

Parfois la plume est paresseuse.

Les mots restent nichés dans le confort douillet des livres. Pas un ne veut sortir et s'exposer ainsi aux vues des hommes. Il arrive aussi que l'inspiration se rebelle et boude, qu'elle ne manifeste plus. Et puis il y a la paresse qui rend difficile même les choses qu'on aime.

Alors on se dit qu'on a pas le temps, qu'on s'y mettra plus tard, qu'il faudrait faire auparavant mille affaires plus utiles.
Et le blog reste muet.
Mais un jour, et ce jour vient toujours, le mistral qui semble plus fort semble dire :"Allez ! Vas-y ! N'écoute personne. Écris !"
Et c'est un jour comme aujourd'hui où on reprend sa plume un peu délaissée...au profit de quoi d'ailleurs ? Car à ce petit jeu tout le monde est perdant.
Vais-je parler de ce potager qui se transforme pour l'hiver ? Quelques rares légumes continuent d'en sortir mais presque avec un peu de gêne que cet été ici ne semble pas laisser la place à l'automne. Il reste encore quelques rares tomates, quelques poivrons tardifs, et des aubergines discrètes. Celui qu'on cueille semble toujours être le dernier mais la cagette de bois se remplit chaque jour.
Ce sera pour moi son premier hiver actif, Apres un été généreux. Celui de la terre qu'on amende, des carrés de bois où l'on projette de nouvelles cultures, des choux, des épinards, des salades et des dernières betteraves. Mon rendez-vous y est maintenant plutot matinal.
Vais-je parler de mes enfants ? Peut-être, mais en leur laissant le bénéfice de leurs propres vies et de leur belles aventures. Vais-je parler de celle qui travaille aujourd'hui quand je reste ici avec ce temps qui m'est offert ?
Et mon village qui continue sa vie paisible tout en se transformant un peu. En ce moment il change de couleur et semble rajeunir mais il faut aussi qu'il change un peu d'état d'esprit et qu'à nouveau il s'imagine un avenir joyeux.
Tu vois, ami lecteur, la plume qui était si discrète devrait normalement me redonner des raisons d'écrire...et de te retrouver.
Bonne journée, à très bientôt.

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21 septembre 2017

La grande allée


...borde un grand pré qui aujourd'hui servira de parking.
On a quitté, émus, l'église du village qui en avait pourtant déjà vu des mariages dans cette famille. Une belle église, solidement campée au milieu du village dont le plafond à des allures de vaisseau retourné. Une belle cérémonie, de beaux chants, une assemblée recueillie, deux beaux mariés sérieux et sages. Le ciel s'était parfois suffisamment couvert de nuages pour faire craindre que tout soit bousculé. Mais non pas de pluie. On attendra le soir comme si le ciel décidait du moment où ca dérangerait le moins.
On pénètre sous le grand porche surmonté d'un étage qui marque l'entrée avec majesté. Plusieurs maisons nous attendent. Elles furent maisons de maître, fermes, étables, écuries ou granges. Elles abritent aujourd'hui diverses familles regroupées là par la volonté de rester proches, autour d'un père, là où la famille est née.
Juste devant une des maisons, sous la protection d'un séquoia centenaire, une grande tente a été dressée. C'est là qu'aura lieu le repas. Les invités sont nombreux. Ils viennent d'un peu partout mais tout ce monde s'assemble dans une harmonie joyeuse.
Nombreux comme nous viennent de la Provence rejoindre leurs amis qui marient leur fille et qui sont le trait d'union entre ces deux régions, celle d'où ils viennent et celle où ils vivent depuis plus de vingt ans.
On ne se connaît pas, pourtant on se sent proche et on se retrouve.
Un long cocktail délie les langues puis vient le repas que le prêtre introduit d'un solide bénédicité de chasseurs. Car ici aussi on chasse de nombreuses manières et c'est même ...important.
Les familles se regroupent autour des plus anciens, tous trop contents, de se retrouver en ce jour. C'est court un mariage et on a tant de choses à se dire que les discours se font parfois dans un joyeux et indiscipliné brouhaha.
La table des mariés est bien sûr la plus importante. Une grande table par famille, et la table des provençaux.
Les discours se succèdent. Les parents d'abord. Deux beaux discours émus, attendris et bienveillants. Suivront les discours des frères et soeurs, des témoins, drôles, taquins, bienveillants. Il n'est jamais aisé de distinguer dans ces moments, parmi les sous-entendus, les rappels de souvenirs et les moments partagés par certains seulement ce qui nous concerne vraiment. Mais c'est le jeu et on s'y prête volontiers.
Tout le monde est attentif, ceux qui sont là, ceux vivants auxquels on pense et qui n'ont pas pu venir pour diverses raisons. Il y a ceux aussi qui ne seront plus jamais là mais qui du haut du ciel regardent avec bonté et tendresse tout ce monde qu'ils ont aimé.
Deux sont particulièrement présents en ce jour : un grand frère parti beaucoup trop tôt, et une maman emportée aussi quand on avait encore trop besoin d'elle. Absences importantes même si le Ciel a su de tout cela recomposer une famille solide et aimante.
Le repas se déroule vite et bien. On retrouve vite la bonne humeur la simplicité et les rires des grandes familles. C'est bientôt le temps de la danse. La pluie s'est mise à tomber et les fumeurs se regroupent autour de braseros allumés dans le soir pour vaincre le froid et l'humidité.
Et c'est l'heure de rentrer de retrouver très tard ...mais trop tôt un sympathique hôtel.
Déjà dimanche matin, la pluie n'a pas cessée. La messe est belle aussi dans la grande cathédrale qui domine la ville ceinte de solides remparts qui domine la Sarthe.
On revient au domaine. Un dernier repas partagé. La visite de la maison de nos amis, qui comme la maison principale rassemble autour d'elle plusieurs autres bâtiments. La famille a essaimé et a construit sa propre ruche.
La visite finie, il faut s'en aller...pour un autre endroit...mais c'est une autre histoire que je raconterai plus tard.
Merci ami d'avoir pris le temps de me lire.
Bonne journée.

 

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13 septembre 2017

Hôtel des XII apôtres et de la clé des champs

La vie n'est pas avare de ses clins d'œils malicieux qui rendent les ciels plus bleus et les âmes plus légères.

Vendredi dernier. Nous quittons notre fille en début d'après-midi. Son déménagement est arrivé la veille et si beaucoup de choses ont déjà pris leurs places. On resterait bien quelques jours de plus avec elle pour l'aider à terminer tout ca. Mais on a des "Obligations". On doit être de retour le samedi en fin d'après-midi.
On part donc et quelques kilomètres après le départ une pluie diluvienne se met à tomber qui nous accompagnera jusqu'au soir. Une pluie battante et le flot incessant de ceux qui descendent vers le sud: Les vacances sont terminées. Allez savoir pourquoi tout ce monde est en route !
La route est très longue et on traverse ainsi les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique. On entre en France et lorsque la fatigue devient trop évidente on décide de s'arrêter.
Les Vosges, certainement une belle région,....qu'on ne connaît pas du tout. On repère le nom d'une ville, on interroge nos tablettes qui nous donnent une liste d'hôtels.
Très vite le nom de l'un d'entre eux L'interpelle, Elle me murmure "Ecoute ce nom étrange : "Hôtel des douze apôtres". Et puis suit une liste d'autre noms, universels, de ces noms d'hôtels uniformes qui bordent les autoroutes.
On s'écarte donc de ce long cordon gris et linéaire où les beautés les plus merveilleuses se résument le plus souvent à un grand panneau marron qui dit "Aven de x..,  Cathédrale de y..,Château de z.." et où ,barbares, nous passons, sans détourner notre route,  à côté de trésors magnifiques.
On arrive dans la petite ville d'eau. Là, sur la place principale l'hôtel nous attend. Il s'appelle en réalité "Hôtel des douze apôtres et de la clé des champs".
On entre demander s'il leur reste des chambres et s'il est encore possible de diner. On nous répond que "oui" et un petit homme vêtu de blanc et noir et cravaté comme les serveurs d'autrefois m'indique une place de parking et aussitôt disparaît.
Une façade quelconque, démodée, cachée par une de ces avancées en aluminium qui déparent les plus belles bâtisses. On entre. A l'intérieur des dizaines de représentations de la Cène, en tableaux, en sculptures, en miniatures et de nombreux statues de saints décorent l'entrée de l'hôtel.
On apprendra qu'à l'origine il abrita un vrai linteau de la cène, ainsi préservé de calamités, et restitué plus tard, la plus paix retrouvée.
Il est tard. On pose nos valises dans l'entrée. On dîne rapidement, servi par un homme lui, tout en noir et d'une maigreur étonnante. Quelques convives terminent leur diner quand nous commençons le notre. Un très bon repas, servi comme autrefois, une argenterie usée, de lourdes nappes empesées recouverte d'une vitre, un décor que certains qualifieraient de "kitsch", d'autre plus snobs de "vintage" mais qui est juste d'un charme un peu désuet.
On découvre notre chambre. Elle, me fait remarquer qu'on se croirait dans une vieille série télévisée du commissaire Maigret. Il y a là, en effet, tous les ingrédients d'un bon Simenon. La douche au rideau fleuri, les portes qui grincent et les parquets qui craquent, le lit très haut "recouvert d'une courtepointe de pilou"'aurait dit ce bon Simenon. Un mobilier en bambou, un papier peint d'un autre âge, mais tout ça entretenu avec soin, propre et en excellent état.
Un changement d'époque, tout simplement.
Le petit déjeuner copieux, un autre garçon de café avec cette "obséquiosité légère" de ce métier qui autrefois donnait au "monsieur tout le monde" que nous sommes l'impression d'être des gens importants.
De nouveau le patron, tenue immaculée, cravate nouvelle.
Au moment de payer il nous demande le prix qu'on nous avait communiqué, nous fait cadeau de nos consommations et nous serre la main avec chaleur, comme un ami de toujours.
Et c'est émus, et contents de notre pause, que nous repartons le matin pour la suite de notre voyage.
Qui pourrait dire, ami lecteur, que notre petit monde est sans joies.
Bonne journée.

Posté par nic153 à 08:28 - Commentaires [2] - Permalien [#]