Venez vite me rejoindre derrière l'écran de mon ordinateur. Sortez à tour de rôle en vous montrant sous vos plus beaux appâts. Faites des tours ! Faites des farces ! Venez vite nous sortir de cette torpeur glacée qui paralyse nos corps, nos coeurs et nos cerveaux ! Venez vite au secours de nos imaginations embuées et engluées dans le froid ambiant ! Sortez ceux parmi vous que nous avons oubliés ! Faites qu'ils dansent une grande farandole. Que ceux d'entre vos qui parlent de musique, de lumière, de couleur avancent d'un pas.

Quoi ? Nous ne sommes pas encore réveillés ? Alors allez chercher les mots d'enfants qui vont nous faire sourire, les mots d'amour qui vont nous faire rêver. Décidément ça ne veut pas venir. Qu'on aille cherche l'arrière garde des mots d'espoir !

Encore le silence ! Encore le froid ! Encore le mistral qui souffle sa rigueur !

Un autre remède : ces mots nous allons les rechercher dans les bouches et sous les plumes de ceux que nous aimons. Nous allons les retrouver dans ces vieux grimoires magiques que sont nos milliers de livres. Et au travers des pages trop souvent lues nous allons les imaginer ces écrivains que nous avons connus ou simplement imaginés prononcant les plus beaux d'entre vous. En prose et en vers nous allons relire ces colliers qu'ils tissaient avec vous.

Si déjà le froid ne s'était pas enfui il nous resterait ces poèmes d'enfants qu'on cache au fond des tiroirs entre deux colliers de nouilles et quelques pinces à linge artistement collées en dessous de plats. Ce sont de petits mots mais posés là avec tant d'amour, tant de délicatesse.

Ou encore, placer ces mots dans le souvenir des voix de ceux qu'on aime, ou qu'on a aimé et qui ont disparu, ou qui sont trop loin. La voix de l'un d'entre eux qui s'inquiète de nous au téléphone et encore un peu de chaleur retrouvée. La voix de l'ami lointain ou oublié... ou mort.

Le feu crépite comme pour nous dire : " Et moi vous les entendez les mots que je vous rappelle dans mes flammes dansantes et mes belles braises rouges et blanches." Ce sont les mots de ceux qui avant vous m'ont regardé et qui parlent de cette écran de flamme.

Vite mes amis, venez me rejoindre. vous me manquez. Je me languis de vous. Vous êtes le remède à tous les autres maux. Vous êtes la panacée. Je vous sens là. Pas loin. A portée de doigts. J'ai envie de vous voir, puis de vous toucher, puis de vous caresser. J'ai envie de me servir de vous. J'ai envie que vous vous serviez de mes doigts. J'ai envie de ce partage.

Regardez ce chien à mes pieds qui me regarde de son beau regard doux. Il semble dire : " Nigaud ! tu ne vois pas qu'il sont là. Ils tournent autour de toi et , juste aujourd'hui , tu ne les vois pas !"

Peut-être ai-je l'âme trop dure, le coeur trop corrompu. Peut-être suis-je agressé par ces bruits parasites du monde qui m'empêchent de les voir, de les sentir. Peut-être m'en suis trop servi. Peut-être les ai-je usés.

"Mais non, me dit encore le regard du chien. Un mot c'est comme un corps aimé. il ne reçoit jamais assez de caresses. On ne l'use pas en s'en servant. On le patine.  on l'améliore. On lui redonne des couleurs."

Pendant ce temps. Les mots s'agitent. Je commence à les distinguer. Ils se forment en bandes, en phrases, en compagnies. Ils me suggèrent la trame de l'histoire que je conterai peut-être dans quelques jours. Ça y est . Je les sens. Tout à coup j'oublie le froid, j'oublie la fatigue, j'essaie au passage de leur donner un semblant d'ordre mais ils refusent. Ils ont pris le contrôle de ma vie.

Venez ! dis-je, juste quelques uns avec moi vous poser sur les blogs de mes amis. On va aller faire un tour sur leurs pages. Non ! Pas ce soir ! Ils ne veulent pas. Il me faudra donc attendre quelques heures pour venir les caresser au contact de vos belles phrases.

Vous ne m'en voudrez pas ! Dites ! Vous ne m'en voudrez pas !Je me contenterai donc ce soir de vous lire en attendant que ces capricieux me permettent de venir me poser chez vous.

Je les vois maintenant. Ils sont là. Ils se moquent de moi, de ma faiblesse, de mon incapacité à vivre sans eux. Mais derrière leurs douces moqueries il y a comme un petit sourire qui ne trompe pas et qui veut dire : "Tu sais on se moque de toi...mais on t'aime."

Alors je prends quelques uns d'entre eux autour de moi et je les tisse en une toute petite phrase.

"Bonne nuit à tous ceux que j'aime et qui partagent avec moi l'amour de cette curieuse engeance que sont ces mots taquins."

 Ps : merci à vous, petite gendarmette qui ce matin m'avez taxé de 90 euros et de quelques points. C'est vrai. je n'avais pas encore mis ma ceinture. C'est vrai que vous aviez l'air gentille. C'est vrai que vous m'avez dit que vous habitiez le même village que moi ....et là j'ai cru à votre indulgence. Mais finalement j'ai passé ma journée en colère en remachant des mots, et encore des mots pour lutter contre le fléau de votre rigidité et de votre froideur. Et alors je n'ai plus senti le froid extérieur et comme je n'avais pas envie, contre vous, de me mettre en colére, cet appel des mots m'est venu à l'esprit.

PPS : La prochaine fois épargnez moi , de grâce ! ces sous vont me manquer et on ne peut même plus compter sur la prochaine éléction pour obtenir un quelconque pardon !