...que celui qui se profile. Il était encore tôt hier soir quand la fatigue avait eu raison de lui. Une vraie journée difficile. Un plafond à réparer. Lorsque les anciens le firent, ce plafond, ils s'étaient contentés de poser les grosses poutres, puis de placer ces kess, ces bois fendus dans le sens de la longueur, puis ils avaient placé par dessous de grosses planches, remplis les espace d'un mélange de terre, de tessons d'argile, de plâtre et de chaux. Enfin ils avaient posé par dessus le carrelage des étages supérieurs. Mais le temps a fait son travail de sape, l'ensemble est fissuré et s'écroule. Cent ans, peut-être deux cents, il l'ignore. Il a fallu faire tomber tout ce qui menaçait ruine, un gros travail, de gros efforts, beaucoup de poussière centenaire. Il tousse. il est poudré comme un Pierrot, clown triste du travail, mais personne n'est là pour le faire rire.

Maintenant il faut replâtrer tout ça, en passant par dessous, en accrochant le plâtre au plafond. Celui qui n'a jamais tenté de faire adhérer du plâtre à un plafond ne peut imaginer combien c'est difficile. Il faut trouver le mélange parfait, le hisser à bout de bras, le déposer tout en prenant garde qu'il ne retombe pas. C'est lourd. C'est exigeant. C'est difficile. Le corps , amolli par le repos forcé de la semaine de froid, renâcle à ce nouvel effort. Les épaules sont dures, comme nouées par l'effort. La nuit ne leur rend même pas la souplesse et c'est la douleur des muscles fatigués qui l'ont réveillé avant même que le clocher n'annonce ses quatre heures de sa jolie voix de basse dans la nuit. Il a tenté sans succès de retrouver le sommeil et le repos puis est redescendu se réfugier auprès de l'âtre qu'il n'a pas encore eu le courage de ranimer.

Peu à peu la tête se vide des rêves de la nuit. Il était si endormi qu'il ne se souvient d'aucun. Les soucis et les préoccupations n'ont pas encore rempli l'espace. Dans la maison une belle jeune femme est venu rejoindre son petit frère.. et ses parents, et la famille est en partie reconstituée. Il va falloir renouveler le bois, s'occuper du jardin et mettre un peu d'ordre dans ses outils. Un dîner d'ami, une nuit encore et ce sera dimanche, un jour encore de repos. Entre tous ces moments les milles choses de l'instant, peut-être un  peu de sommeil volé après le repas, assis confortablement, trop peut-être, dans ce grand canapé. Ce moments de bonheur où l'on s'endort au milieu des paroles de ceux qu'on aime, sans presque s'en apercevoir. Les mots deviennent comme feutrés, puis disparaissent. C'est le corps mal installé pour le sommeil qui vous réveille alors dans une pièce devenue vide. Peut-être aussi le marché du matin que le redoux aura à nouveau rempli et où peut-être apparaîtront les premiers signes du printemps : quelques plantes pour les jardins, quelques fleurs précoces, et les sourires de ce beau temps qui revient doucement. On parle fort. Le village s'anime de cette vraie vie des jours de repos. Et puis aussi ces soirs qui se prolongent, ce jour qui tarde à disparaître. une saison succède à l'autre et dans cette Provence qui prend toujours un peu d'avance sur le temps, il ne faut pas grand chose pour croire au printemps.

Et puis il faut aussi qu'il trouve le temps d'écrire pour deux petites princesses qui lui ont demandé l'histoire plus complète de la cane patineuse et de son ami l'écureuil. En échange de quelques sourires aperçus sur un écran et peut-être d'un de ces beaux dessins qui viendront à leur tour par le retour très lent de ce courrier qui traverse les mers et le temps. Il trouvera aussi peut-être le temps de lire et d'écrire et même de placer quelques mots ça et là en ami.

En attendant que le jour vienne et donne le signal du départ à mille activités, il lui reste aussi une chose importante à faire : vous souhaiter un bon week-end.