-« Oh tu as vu sa tête ! »  dit l’écran au clavier.

-« Pas brillant, en effet ! Le cheveu était rare. Maintenant il est en plus terne et tout ébouriffé par une sieste trop longue. L’œil est vitreux. Le teint olivâtre. Des cernes profonds entourent les yeux. »

-«  Tu crois qu’il est malade ? »

-« En tous cas pas brillant. »

-« Regarde. Il ne s’intéresse même pas à nous, ni même à ses amis les mots qui d’habitude arrivent à le tirer de toutes les torpeurs. »

L’homme entendait ses mots. Il n’était pas trop fier. Ce matin il était parti, fier comme Artaban : on allait voir ce qu'on allait voir. Il allait mettre à bas, ce virus maudit qui lui menait la vie dure depuis une semaine. Il l’avait suivi pendant les fêtes : à Noël , au jour de l’An, au dernier mariage de 2012 et au premier de 2013. Il lui avait peut-être évité des excès mais il lui avait surtout pourri la vie.

Etre à la hauteur. Essayer de rester digne. Mais quand même profiter de cet état de malade pour se faire plaindre et choyer un peu : qui ne le ferait pas ? Quand vous avez autour de vous une famille aimante et que ce statut vous donne une place spéciale, comment ne pas abuser un peu de sa bonté.

Puis ce matin revient le temps du travail.

-« Cesse de te plaindre ! Repars au travail » lui disait sa conscience comme elle aurait dit au soldat de retourner au combat.

Il se lève tôt. Il se dit que c’est bon signe. Un peu chancelant.

-« Mais ce sera, pense-t-il , quelques miasmes restant qui se dissipera aux premiers mouvements du corps. »

Maladroit, il écrit fièrement sur son blog un billet sur le thème …et maintenant il le regrette.

Il se prépare. La fatigue le gagne déjà. Il rassemble ses outils et charge la voiture. Il part. Il arrive devant la belle maison qui semble endormie. Pourtant la voiture est là qui trahit la présence de ses occupants. Il sonne une première fois. La sonnette est une de ces anciennes clochettes qu'on actionne par un jeu de renvois et de poulies qui convenait mieux quand ,autrefois, les maisons avaient derrière chaque porte un domestique qui attendait ce bruit pour se manifester. La clochette est restée mais nul portier pour l’entendre. Seuls les occupants, éloignés de la source. Il sonne à nouveau. Rien ne se passe.

Il sait que l’homme est en voyage et dans la maison seule une gentille jeune femme et trois charmants enfants.

-« Je ne vais pas m’acharner. » se dit-il . « Je vais attendre qu'il se réveillent naturellement.

Et il retourne à se voiture. Le mistral souffle très fort  et s’infiltre partout. Toujours rien qui bouge. Il se souvient que son chantier est le changement d’une fenêtre. En plein nord. Au fond d’une sombre buanderie.

- « Je vais me geler les... » (Suit un mot qu'on a du mal à entendre et qui doit désigner ,en argot ,ses oreilles, ou ses doigts, ou ses orteils peut-être) . Se prend-il à penser en claquant des dents.

Peu à peu, avec le temps qui passe l’énergie fait place à une certaine résignation.

- « Ils doivent dormir. Laissons les profiter de cette dernière journée de vacances. Je reviendrai lundi, plus vaillant ».

Il rédige un message sur son téléphone en espérant secrètement et lâchement que cela ne réveille personne. C’est ce qui se passe. Il s’en retourne. Il range à nouveaux ses outils. Ce sera une journée de repos.

« Une journée de paresse ! » Lui souffle sa conscience scrupuleuse. 

Et depuis ce matin. L’homme erre comme une âme en peine, espérant le retour d’un mieux qui tarde à venir et se dit que s’il confie sa paresse à ses amis du blog, au moins eux (en tous cas les plus compatissants) l’absoudront.

Voila la triste histoire d’un fanfaron qui se croyait plus fort qu’un virus et qui renonça.

Ami qui lit cela. Garde-toi de suivre son exemple. Si tu te sens pas bien, reste modeste et file voir ton médecin et prends soin de ne pas te vanter avant la fin.

Et toi , ami lecteur, oublie le premier message et ne retient que celui-ci.

Bonne fin de journée !