Lorsque le mistral souffle et que le froid règne au jardin, lorsqu'il est difficile de sortir du canapé pour aller dehors, lorsque le temps de lire, d'étudier et d'écrire est terminé, il arrive parfois qu'un petit homme vienne s'asseoir à côté de moi.

C'est un petit homme-enfant maladroit, gaucher et myope (mais il ne le sait pas encore), agaçant jusqu'à être insupportable, à vouloir retenir l'attention des autres, un peu trop gros, qui maîtrise mal ses émotions.
Il a déjà peur de ne pas trouver sa place dans un monde où il se dit qu'on aura pas besoin de lui. Il s'endort déjà à table. Il se lève avant le jour. Il passe des heures en rêveries et il est sujet à l'ennui. Il ne sait pas de quoi sera fait son monde de demain.
Il vit dans une très grande famille, trop grande pour lui, où chacun sait mieux que lui trouver sa place. Comme tous les enfants du monde, il ne sait pas très bien sentir à quel point on l'aime. Il se cogne partout.
Il est là, à côté de moi, silencieux. Je ne sais pas s'il m'entend. J'ai envie pourtant de lui dire que la vie lui réserve plein de bonnes surprises, qu'il connaitra l'amour des autres et que, parmi les femmes qu'il aimera et qui l'aimeront, une deviendra sa compagne pour longtemps. Il ignore qu'à force de travail et de patience,et un gros coup de pouce de la Providence, il lui arrivera d'être fier de ce qu'il fait, des rares choses qu'il terminera. Et cette mère si douce et ce père, qu'il craint tout en l'admirant sans pourtant le comprendre, il ne sait pas qu'un jour il lui manqueront tellement et qu'il bénira ce Ciel (qu'ils lui ont appris à connaitre ) de savoir qu'un jour peut-être ils se retrouveront. Et ce "peut-être", un jour, suffira à son attente.
Il a peur de tout, du portail au fond du jardin quand il faut le fermer le soir, de sa maladresse au vèlo. On le choisit dernier au foot. Il a peur de la rue, du petit chien du bout de la rue qui l'a mordu quand il voulait le caresser. Il a même peur de cette peur.
Il a peur du devoir oublié quand il s'était acharné à le soigner, du trou de mémoire quand on le dit doué pour retenir. Il a peur de cette faute de trop qui fait qu'on ne lira pas sa prose. Il ne court pas assez vite pour rattraper les autres.
Ne crois pas, petit homme, que c'est plus facile pour les autres. Tu trouveras tes bonheurs là où tu ne t'y attends pas. Tu comprendras que, même tout petit, tu es aimé, par nombre d'êtres, bien plus que tu ne crois. Ta place est définie. N'essaie pas de te frayer un chemin à coup de coude. Sois patient. Prends le temps de voir comme on t'aime. Et puis là-haut tu as un Dieu qui te connaît par ton nom. Tu te rends compte ! Tu es aussi important pour lui que le plus grand des grands aussi précieux que le plus petit des petits.
Ta maison sera peut-être petite mais si tu y mets ton coeur aucun palais ne sauras la remplacer. Trois sous seront ta fortune. Comme moi tu te demanderas chaque jour par quelle étrange injustice chaque jour t'apporte ce dont tu as besoin.
Alors petit homme-enfant, regarde maintenant ce monde un peu flou au travers de tes larmes. Et viens avec moi, lève toi, on va le découvrir ensemble. Il suffit d'aller faire quelques pas dehors...et tout suivra.
Tout le reste, oublie-le. Ne retiens qu'une chose : aime autant que tu es aimé...plus,  tu n'y arriveras pas.

Et toi, ami lecteur, bonne journée.