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Une petite pluie fine et mesquine n'a pas arrêté de tomber ce jour. Or la Provence est faite pour des pluies torrentielles capables en un jour d'inonder la campagne mais pas pour ces petites pluies sans éclat.

Le village avait l'air endormi. Le marché déserté était même un peu triste. Un haut parleur y diffusait sans conviction une musique de supermarché. Pas question d'aller au jardin. Une sorte de langueur s'était installée en moi que même la sieste ne parvint pas à dissiper. J'eus bien vite épuisé le bonheur d'un livre, parcouru sans entrain quelques revues. 

Le feu brûlait dans la cheminée et Elle, a côté de moi, tricotait d'étranges mitaines en forme d'animal pour un petit garçon. J'aimerais savoir tricoter et partager ce mode de travail manuel qui laisse l'esprit vagabonder sans se faire le reproche de perdre son temps. J'ai tenté sans succès de m'y essayer autrefois.
Alors j'ai parcouru les derniers échanges et les dernières photos reçus du pays des moulins à vent. Cette semaine avait été celle de mardi-gras, de carnaval. Et trois petits enfants espiègles s'y déguisèrent pour l'occasion. L'aînée fut une charmante coccinelle, la seconde un manchot Adélie bien drôle, le troisième qui rêve en ce moment d'être un chien était un dalmatien aux oreilles pendantes. Le dernier n'était pas déguisé , juste le témoin admiratif des plus grands. Le lapin était déguisé...en lapin. L'imagination et les doigts d'une maman habile avaient en un (ou plusieurs) tours de mains métamorphosé son petit monde pour le bonheur de ce jour qui précède le carême.
Je regardais ces photos. L'une d'entre elles retint mon attention encore plus que les autres. De dos, la petite coccinelle, sans avoir renoncé à son costume, faisait ses exercices de piano. Bien droite, attentive à suivre sa partition, appliquée car elle l'est en toutes choses. Je l'entendais. Je devinais les airs entendus autrefois quand la génération d'avant s'entraînait aux mêmes exercices. J'étais parti là-bas. J'imaginais le bruit, l'agitation, le soir qui s'avance, les bains qu'on va prendre, l'attente d'un papa qui rentre assez tôt pour les voir. J'attendais comme eux le repas. Je les voyais dessiner sur la grande table. J'entendais leurs discussions.
Dans cette petite famille, le travail manuel est une seconde nature. Tout passe par les mains, les crayons, les ciseaux, le papier et la colle. Ainsi la vie s'écoule vite et riche de créations, de rêves qui se matérialisent.
Et viendra l'heure du repas, de la prière, des histoires racontées et des petits visages attentifs. Ensuite ce sera le coucher. Le baiser dans le lit. La question de ce qu'on fera demain.
Tiens. Il ne pleut plus. Je n'ai pas vu le temps passer. Merci à vous petites images.

Je vous aime très fort.