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Mon petit jardin était l’atelier d’un charron. Nous en avions rêvé longtemps de ce jardin...quinze ans. Nous l’espérions depuis notre installation et les propriétaires se refusaient à le vendre. Abandonné depuis très longtemps, il était devenu un capharnaüm d’arbres qui poussaient au travers de charrettes vermoulues et de vieilles machines agricoles. 

Et puis nous l’avons eu. Au prix d’un gros travail le débarras est devenu jardin. Beaucoup d’efforts s’y sont mêlés. Un « petit » frère, des neveux, des ouvriers...et nos bras, petits et grands. Nous avons gardé le grand hangar du fond. Tourné vers l’Est, il accueille le soleil du matin. Mais pas encore en cette saison.

Et c’est de là que ce matin je vous écris ces quelques lignes.

Le hangar en hiver prend des allures de débarras, mais, le printemps venu il retrouve ses couleurs et devient salon, salle à manger, salle de sieste, salle de jeux. Et c’est le cas depuis hier.

Je regarde les nombreuses tulipes, jonquilles et narcisses qui parsèment nos petites pelouses.

Icare est à mes pieds. Icare est mon ami. C’est un gentil chien avec de gros sourcils et une grosse moustache. Il a des allures de colonel de l’armée coloniale anglaise. Ses maîtres nous l’ont confié pour le week-end.

Je pense à mes petits enfants. S’ils étaient là ils seraient contents d’avoir un tel ami. C’est lui qui m’a demandé de sortir du salon et de venir prendre l’air.

Au printemps le jardin se remplit d’oiseaux. Il y a en ce moment un couple de tourterelles comme celles que j’avais dans ma chambre lorsque j’étais enfant.

Aujourd’hui le hangar connaîtra son premier déjeuner de la saison : des frères et sœurs. On ne se voit pas assez. Est-ce parce qu’on est si nombreux ? Est-ce simplement l’usure du temps ?

J’ai devant les yeux la cabane et la tour où les enfants ont plaisir à jouer. Il faut que je les repeigne.

Je songe à mes travaux. Quelques inquiétudes sur les premiers sondages du sol qui coûtent beaucoup plus que prévu et sur les équipements qu’ils risquent d’engendrer. Mais les inquiétudes ne sont que des petits obstacles à résoudre.

Plus alarmantes les nouvelles de mon pays qui s’enfonce depuis quelques mois dans une crise de malaise, de violence et d’autorité. Il semble que plus personne n’arrive à gouverner notre pays depuis quelques décennies. Ni droite, ni gauche, ni centre...le monde politique a déclaré forfait. Le malaise grandit d’un pays qui s’enfonce dans une crise morale et une crise d’identité. 

Je n’aime pas cet état de fait. Des gilets jaunes désorganisés et incontrôlés s’opposent à des policiers peu ou mal dirigés par un gouvernement qui navigue entre fermeté, voire violence...et indécision. 

Plus triste encore. A la mairie une famille s’est trouvée endeuillée de façon brutale. Un père qui disparaît brutalement laissant derrière lui sa femme et deux adolescents. Une tristesse partagée par tous. Le travail, la proximité sont peut-être les dernières manifestations d’une vie sociale qui disparaît ailleurs. Ces peines et ces joies  au travail sont une des dernières manifestation de partages de vie. Et je m’aperçois combien en cinq ans je me suis attaché à tout les personnels de la mairie de mon village.

Hier, j’ai passé une grosse matinée aux jardins familiaux à commencer la réalisation de nos parcelles pédagogiques. Un bon moyen de contrer la morosité ambiante que d’essayer d’entreprendre et de rassembler quelques énergies autour d’un projet...même modeste. Une bonne grosse fatigue. Une longue nuit. De repos. Un dimanche qui démarre sous un ciel d’azur.

Et si le remède à nos crises ne consistait pas tout simplement à admirer ce qui nous entoure.

Il est peut être là le secret. Regarder et admirer. Bonne semaine, ami lecteur.