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L’automne est éphémère en Provence. On déjeune dehors ...et c’est encore l’été. On ne déjeune plus dehors....et c’est déjà l’hiver. Le feu qui brûle le soir dans la cheminée est un autre indice. 
Alors Aujourd’hui c’est l’hiver, le temps du froid, des noix des marrons et des soupes de courges.  On amende les sols des jardins. On essaie de tenir propre les extérieurs. On plante encore un peu pour le printemps...quelques engrais verts. On se serre les uns contre les autres et...on attend le chaud.
Réflexions d’enfant gâté ! Qui connaît tant de jours d’ensoleillement que notre belle Provence ? Il suffit de quelques jours de pluie, que la Sorgue monte un peu trop et entrave nos travaux de restauration du « coeurdeville » pour que règne une ambiance par trop maussade.
Ce week-end sera « bio » ou ne sera pas. En effet c’est la fête de la biodiversité dans mon village, qui met un peu d’animation dans ce week-end gris.
Une conférence vendredi soir qui traite « de l’évolution du chasseur-cueilleur au paysan » ou un conférencier bien sympathique nous parle de nos très grands anciens comme s’ils étaient présents. 
Une salle des fêtes consacrée au « tout bio », des semences, aux arbres, aux étoffes tissées à la main, ou aux paniers de vannerie. Un samedi matin aux jardins familiaux pour apprendre à mieux a amender son terrain.
Nous sommes un peu, Elle et moi, comme notre époque, qui redécouvre la nature trop souvent oubliée et ses bienfaits cachés sous souvent de progrès.
J’ai détesté et je déteste encore lorsque l’amour de la nature sert de prétexte parmi d’autres à démonter une société ancestrale où, une génération après une autre, on tente de construire ce qu’on appelle une civilisation. J’ai détesté ces « escroqueries culturelles » qui consistaient à faire croire à des déçus du progrès que la nature était une sorte d’eldorado où tout était donné sans travail ni contrepartie. 
Mais comment ne pas s’inquiéter de ce monde où ces beaux fruits et ces beaux légumes des étals nécessitent tant d’énergie et tant de traitements chimiques au détriment de la nature.
Alors il y a quelque temps que, sans renoncer au progrès ni aux efforts des hommes pour améliorer le monde..(. qui continuent de me fasciner) on tente à notre petite échelle de revenir à plus de sagesse. 
Trier ? Nous le faisons depuis plus de vingt ans. 
Composter ? Depuis que nous avons un jardinet qui récupère nos légumes. Cultiver ? C’est la quatrième année que sur une petite parcelle des jardins familiaux, un potager débutant récompense , ou pas ;-), mes efforts pour retrouver les gestes de mes arrières grands-parents (et oui ça commence à faire longtemps...presque un siècle). Elle, de son côté, fabrique ou transforme nombre de produits pour revenir à plus d’authenticité . 
Le reste ? on ne l’avait pas perdu : le goût du bon pain, des repas qu’on prépare, des vins qu’on savoure. Le « on ne jette pas de la nourriture. C’est du gaspillage! » que nous serinaient nos anciens.
Pour achever la panoplie complète on possède même depuis bientôt deux ans, une voiture électrique (malgré les contradicteurs...encore nombreux) et les vélos ont repris leur usage.
C’est vrai qu’il faut bien se faire pardonner par la nature tous les kilomètres qu’on a pu faire en auto dans notre vie plus « active », nos allers-retours en avion  au bout du monde pour voir ceux qu’on aime si fort. Et on n’a pas vraiment l’intention de renoncer à tout ça !
La récupération ? On connaît ça depuis longtemps. L’impécuniosité chronique, le goût de ce que d’autres appellent des « vieilleries » et peut-être (pour moi) un héritage « auvergnat » encore très présent. L’amour de se servir de ses mains fait le reste.
Bref, le virage bobo ou bio-bio est bien engagé pour nous même si on reste fasciné de voir sur un écran nos enfants du bout du monde, de parcourir la terre en quelques heures, d’avoir des outils magiques qui décuplent notre forcée et notre adresse, de se soigner lorsqu’on est malade avec les outils magique et des produits merveilleux.
On ne fait pas partie de ceux qui pensent que le monde est trop peuplé, ni que les plus fragiles d’entre nous n’y ont pas (ou plus) leur place. Tant pis on se serrera. On fera un peu de place à l’enfant qu’on dit « de trop » ou « débile » ou « handicapé », au vieillard qui tarde à mourir (et qui coute...qu’elle horreur!), du pauvre qui n’a pas trouvé sa place dans la société. On ne croit pas non plus qu’il faille tout expérimenter quand il s’agit de l’Homme. On pense que suivre la nature pour la vie et l’organisation de la société c’est, aussi, rester sage.
On aime trop ce progrès qui permet d’être plus nombreux à partager...
A l’heure où je vous dis ça le soleil se lève à peine. Le feu de cheminée n’est pas encore allumé. Nous irons à la messe dans un petit village de crèche au pied du Luberon. Nous n’avons pas encore décidé de l’après. Ni du repas, ni de l’après midi. Une longue marche peut-être avec pour récompense un thé fumant, un peu de jardinage ? Ou, tiens ? Mettre un peu d’ordre dans l’atelier.
Tiens un petit mot de nos petits enfants éclairé mon écran. Un apéritif chez des amis qui viennent à leur tour d’emménager. Et oui, ça sert à ça aussi le progrès. A se réjouir de choses simples, dans des endroits lointains, pour des gens qu’on aime qui vivent loin mais aussi simplement.
Bon dimanche ami lecteur.