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Cher Monsieur,

 

Lorsque j’ai lu cette phrase que vous aviez dite sur l’ignorance présumée des femmes qui ont de nombreux enfants, j’ai été d’abord scandalisé. J’ai pensé à la peine que vous aviez pu leur faire. Même la presse qui vous a fabriqué et qui vous protège a préféré en parler le moins possible pour préserver sa créature.

Et puis j’ai pensé à ma Maman. Je me suis demandé comment elle aurait réagi à cette humiliation. Car Maman fut une de ces femmes qui se maria très jeune et eut un enfant, puis deux, puis trois....jusqu’au quatorzième qui ne survécut pas et qui marqua la fin de cette belle série ....avant que le Bon Dieu ne lui envoie une ribambelle de petits-enfants.

Je crois qu’elle aurait été d’abord triste. Puis qu’elle aurait eu ce petit sourire qu’elle avait lorsqu’elle nous disait dans nos chagrins d’enfants provoqués par d’autres : « Laisse les dire....ils seront bien embêtés.. » et cela suffisait à apaiser notre tristesse.

Je crois qu’ensuite elle vous aurait plaint. Dans le monde de Maman à la fin des contes de fées qu’elle entendit d’abord et qu’elle raconta à son tour mille fois par la suite, les rois épousaient des princesses, ou des bergères qui devenaient princesses, et leur plus beau cadeau était d’avoir...beaucoup d’enfants.

Et oui, le nombre ajoutait au bonheur et ma petite maman était chaque fois un peu plus comblée. Ça ne lui rendait pas la vie plus confortable, ni moins fatigante...mais elle était comblée. 

Et elle ne doutait pas que même dans les plus éloignés des continents, ou dans la plus grande précarité, une femme ne puisse être comblée de ce don merveilleux du Ciel qu’est un enfant.

Comme toutes les femmes elle voyait dans les hommes des êtres un peu diminués qui n’avaient pas la chance d’avoir connu la joie de ce petit corps qui vit en vous...et c’est pour ça qu’elle leur pardonnent beaucoup de leurs imperfections.

Je crois qu’elle vous aurait encore plaint davantage si elle connaissait l’exemple que vous représentiez : Sorte de coucou familial installé dans le nid fait par un autre, privé de vraie paternité, et recevant au palais des êtres trop souvent dépravés et lamentables.

Mais si vous l’aviez connue vous auriez été séduit par le charme profond qui de dégageait d’elle et vous auriez instantanément compris votre sottise. Outre la culture qu’elle avait (car il n’y a que les sots pour croire que la culture est seulement un ensemble de connaissances données aux bons élèves), elle savait déchiffrer avec son cœur les pages secrètes  de la culture de la vie et des secrets des cœurs.

Ce que je dis pour elle est vrai pour toutes les femmes, les femmes qui enfantent avec leurs corps et celles qui enfantent avec leur cœur et leur âme quand la vie ne leur a pas donné de maternité charnelle. J’en connais beaucoup qui ont de nombreuses familles bien au delà des chiffres que vous avez cité. Elle ne sont pas toutes aussi exemplaires que Maman...mais elles sont tellement plus que nous...et c’est peut-être pour ça que nous devons les servir et les protéger. Et s’ils elles ont l’élégance de nous laisser croire que c’est nous qui gouvernons, c’est juste parce qu’elle savent gérer notre vanité.

Et comme elle vous aurait pardonné elle aurait peut-être changé votre cœur et vous aurait fait renoncer à ces lois scandaleuses qui permettent à une femme de vendre son bébé et à n’importe qui de décider du sort d’un autre être.

J’espère que vous lirez cette lettre et qu’elle changera votre cœur.

Moi je n’ai pas la douceur de ma mère et c’est sans états d’âmes que je vous chasserai de votre trône à grand coup de pieds dans le c.., si c’était nécessaire.